mardi 3 novembre 2009

Claude Levi Strauss vu par un lycéen de terminal


En 2003, je présentais mon travail final de TPE (travail personnel encadré) lors des épreuve du Bac. En nous focalisant sur la sociologie et la philosophie, nous abordions la civilisation aborigène australienne. L'une des références bibliographiques majeure de ce travail était Claude Levi Strauss (décédé aujourd'hui). La lecture de Races et Histoire fut un choc pour l'adolescent que j'étais à l'époque. Cette oeuvre reste l'un des piliers de mes références intelectuelles. Je reproduis ici le texte écrit à l'époque, résumé du livre focalisé sur le peuple aborigène. Il faut le lire en comprenant le contexte et l'âge de l'auteur car il est dénué de l'analyse et de la méthologie universitaire.


Claude Lévi-Strauss, universitaire et anthropologue français a écrit de nombreux ouvrages ayant marqué l'évolution de la pensée en sciences sociales, parmi lesquels: Les structures élémentaires de la parenté (1949), Anthropologie structurale I & II (1958 et 1973), La pensée sauvage (1962), Mythologiques (4 vol.,1964, 1967,1968,1971). Il a plus récemment publié Histoire de Lynx (1991) Regarder, écouter, lire (1993) et Saudades do Brasil (1994).Race et Histoire a été écrit en 1952 à la demande de l’UNESCO qui lui avait demandé de se pencher sur la question du racisme .Il fut accompagné en 1971 de Race et Culture, un second ouvrage sur le même thème. L'auteur y décrit à travers une étude ethnologique et philosophique, l'attitude de l'Homme envers l'étranger tout au long de l'histoire.

La diversité culturelle existe depuis toujours mais elle n'est jamais apparue à l'Homme pour ce qu'elle est : un phénomène naturel .Cette diversité a provoqué une attitude ancestrale qui consiste à se considérer comme la seule race «humaine». Si on sait que ce comportement est courant chez les occidentaux, il faut savoir qu'il ne leur est pas exclusif, et qu'il était assez coutumier des civilisations primitives. Ce n'est que bien plus tard, avec les Lumières, qu'est venu l'idée d'une humanité sans distinction de race ou de civilisation.

L'idée qu'une race est supérieure a été confortée par une thèse scientifique détournée de l'évolutionnisme biologique de Darwin ,l'évolutionnisme social. La sélection naturelle et la loi du plus fort ,qui se sont appliquées très probablement dans le monde animal ,ont été transposées dans le monde humain, pour démontrer la supériorité de la civilisation occidentale vis à vis des civilisations indigènes. Elle les assimilait aux Hommes de Néandertales car ils utilisaient encore des outils taillés dans la pierre et exécutaient toujours des peintures rupestres.

L'occidental aime ainsi retrouver son passé dans les différentes cultures. Certains éléments y sont similaires mais pas tous. Considérer que deux civilisations (l'une actuelle et l'autre disparue) sont identiques, relève du racisme car on trouve l'actuelle arriérée, de plus, cela est démenti par les faits. Lévi-Strauss ajoute à ce sujet qu'« il n'y a pas de peuples enfants tous sont adultes, même ceux qui n'ont pas tenu le journal de leur enfance et de leur adolescence ».

Si l’on retrouve des éléments communs entre deux civilisations, c’est que ces indigènes ont contribué au progrès en occident. Les expéditions ont permis aux occidentaux d’enrichir leur mode de vie et leur culture sous différents aspects. Ils ont ainsi ramené de leurs voyages aux Amériques: la pomme de terre, la tomate, le caoutchouc et la coca ( à l’origine de l’anesthésie). D’autres civilisations ont aussi démontré leurs capacités sur le plan scientifique. Les Inuits et les Bédouins ont montré leurs capacités à vivre dans un milieu hostile. L’Islam a formulé une théorie solidaire sous toutes les formes de la vie humaine qui lui a permis de dominer toute la vie culturelle du Moyen-Age .Le Moyen-Orient eut pendant longtemps une avance considérable en médecine. Quant aux Mayas, ils découvrirent et utilisèrent le 0 (zéro) des mathématiques modernes bien avant les Arabes qui nous ont donné leurs chiffres .

En ce qui concerne la famille et l’harmonisation entre groupes familiaux et sociaux, les Aborigènes ont développé, de façon consciente et réfléchie, un système de règles si complexes que l’on est obligé, pour les comprendre, de faire appel aux formes les plus raffinées des mathématiques modernes. Ils ont découvert que les liens du mariage formaient un canevas et que les autres institutions sociales n’étaient que des broderies. Les relations qui se forment grâce aux inter-mariages peuvent conduire à la formation de larges charnières qui maintiennent et assouplissent l’édifice social. Ils ont inventorié les principales méthodes permettant de les réaliser avec, pour chacune, les avantages et les inconvénients. On peut donc saluer en eux, non seulement, les fondateurs de la sociologie générale mais aussi les précurseurs de la mesure dans les sciences sociales.

En regroupant des éléments de chaque civilisation, l’Homme va de l’avant et progresse. Chaque progrès technique est le résultat d’une coalition de culture. L’unique tare qui puisse affliger un peuple, et l’empêcher de se réaliser pleinement, est d’être seul.

Toutes les cultures ont donc, à un moment ou un autre, apporté quelque chose à une civilisation. Mais chacune n’apporte pas la même chose à deux civilisations distinctes. Cela dépend de ses centres d’intérêts. Autant une civilisation peut apporter beaucoup à une civilisation donnée. Dans ce cas, on parle de culture cumulative : c’est à dire que son développement a un sens pour cette autre civilisation. Elle peut aussi lui sembler stationnaire voire régressive, et donc n’avoir aucun intérêt, si elle ne lui apporte rien qui ne l'intéresse . Cela signifie qu’elle peut se développer mais que sa façon d’évoluer n’a aucun sens pour l’autre.

L’ethnologie aime d’ailleurs voir comment chaque civilisation retient ou exclut les éléments d’une autre civilisation. Elle aime déceler les origines secrètes de chaque option.

Lévi-Strauss pense que la civilisation occidentale est supérieure à toutes les autres car le monde entier lui emprunte ses techniques, son mode de vie, ou ses distractions. Cette adhésion au genre de vie occidentale résulte plus « d’une absence de choix ou une obligation que d’une décision libre comme certains aiment le croire ». Ils ont établi leurs soldats, leurs comptoirs, ou leurs missionnaires. Ils sont intervenus plus ou moins directement dans la vie des indigènes, puis l'ont bouleversée de fond en comble, afin d’instaurer des conditions qui ont engendré l’effondrement des cadres existants sans les remplacer. En l’absence de règles, les peuples se réfugiaient dans les règles occidentales. Cette attitude ne fut pas propre aux occidentaux car toutes les civilisations, depuis la nuit des temps, ont agi de la même façon. Cependant, on peut penser que les occidentaux soient le seul peuple qui ait mis autant d’énergie à s’étendre, ce qui leur a permis de forcer le consentement.

Les institutions internationales ont bien compris que la diversité des cultures, dans un monde menacé par la monotonie, est un phénomène qu’il faut préserver. Il ne suffira pas pour atteindre ce but, de favoriser les traditions locales et d’accorder un répit aux temps révolus. C’est le fait de la diversité qui doit être sauvé, non le contenu historique que chaque époque lui a donné et qu’aucune ne saurait perpétuer au delà d’elle même. Il faut, pour les années à venir, être prêt à accueillir sans surprise, sans répugnance, et sans révolte ce que ces nouvelles formes sociales ne manqueront pas de nous apporter. La tolérance n’est pas une attitude contemplative, mais une attitude dynamique « qui consiste à prévoir, à comprendre, et à promouvoir ce qui veut être ». « La diversité des cultures humaines est derrière nous, autour de nous, et devant nous ». La seule exigence que nous puissions avoir à l’égard de cette diversité est « qu’elle se réalise sous des formes dont [ chaque culture ] soit une contribution à la plus grande générosité des autres ».

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