lundi 28 septembre 2009

Syn-cretinisme

Ce week-end, les hauteurs bourgeoises du nord de Quito recevaient une cérémonie de San Pedro. Un culte syncretique qui reprend des élements spirituels de plusieurs religions.

Le San Pedro est un breuvage d'origine indigène préparé depuis des siècles par le shaman dans toute l'Amérique latine. C'est une distilation d'un cactus qui propose une nouvelle lecture de la vie via des hallucinations. Ses effets mais aussi la cérémonie qui l'accompagne sont similaires à la cérémonie de l'Ayahuasca.

A l'accueil se trouve Sergio, alias Taita, chilien aux cheveux blancs et aux lunettes aux verres progressifs. Il est le chef de cérémonie, celui qui administrera le san pedro aux invités, le leader d'un groupe urbain d'autodécouverte comme les nomme Karina Malpica. Peu à peu ils arrivent ces invités. Ils sont jeunes, quiteños pour la majorité au style vestimentaire post alternatif. Tous n'ont que très peu manger dans la journée comme le recommande tous les shamans.
Quand la nuit tombe se met à jouer le berimbau pour une introduction au son de la capoera brésilienne. Il est doux le son de l'instrument à une corde qui rappelle de bons souvenirs au coin du feu. Les flammes ardentes rendent incandescentes de lourdes pierres dissimulées parmi les buches.
Une introduction rapide puis on fait le tour des invités pour récupérer la "colaboration" qui s'élève à 10$. Vient ensuite le temps du Temascal. Un bain turc reconstitué dans une tente d'à peine 30m2 où vont s'entasser une cinquantaine de personnes assises épaule contre épaule le tout dans une obscurité totale. L'objectif est de pratiquer une toilette physique et spirituel pour se préparer à l'absorption du San Pedro. On se concentre, on chante en l'hommage à la Pachamama et en l'être humain et on encaisse à grosse goutte les différentes vagues de vapeur provoquées par l'eau sur les pierres qui sont restées des heures dans le brasier. Le vocabulaire est étrange, on mélange castillan et quetchua, on fait référence à l'homme, sa destiné, sa force, à la nature, à dieu. On mélange les symboles indigènes, chrétiens, ayurvediques et cheyenne. On répond aux incantation du Taita par des "Aho" sans grande signification qui ont un drôle de goût de "Amen". Difficile de trouver une cohérence culturelle dans tout ça qui plus est quand l'ambiance pesante sous la tente est alterner par quelques calembours du maître de cérémonie.
Il fait très chaud, très humide, les corps sont compactés et le noir est total. On peut craquer facilement pour peu d'avoir des penchants claustrophobes. Après la troisième partie de la cérémonie, une jeune femme sort en pleurs convulsée par les spasmes. Elle part en courant un peu plus loin pour reprendre ses esprits. Une deuxième est prise d'une crise de nerf à la fin. Malaise personnel devant des limites clairement dépassées.
On se sèche et on reprend ses esprits avant de se mettre en cercle pour la cérémonie du San Pedro. Le cercle est entouré de quatre portes, situées aux quatre coins cardinaux, gardées chacune par une personne qui prend soin de son entourage. Le San Pedro est halucinogène, il faut faire attention car on peut partir dans un mauvais rêve avec des conséquences diverses. Par chance Sergio est responsable, lui et ses assistants ce jour là ne prennent pas le breuvage pour pouvoir guider les invités. Il déclame des incantations en l'honneur de divers éléments piochés dans un pot pourri culturel hétérogène.

Tout comme l'Ayahuasca, le San Pedro a un goût horrible qui se rapproche d'une fermentation de tabac, c'est un moindre détail car ce sont les effets psychiques de la "medecina" qui sont recherchés. Chacun réagit en fonction de la résistance de son corps. Très rapidement, les premiers effets se font entendre, ils vomissent dans de petits sacs plastiques qu'on leu a fournit avant. Le San Pedro lave le corps et libère des mauvais esprits, c'est cela que l'on recrache pour pouvoir ensuite "prendre son envol et avoir une vie heureuse". Il peut aussi soigner certains mal, c'est d'ailleurs son usage originel. Parfois il faut prendre double ou tripple ration pour commencer le voyage. Parfois aussi cela ne marche pas, au contraire d'une drogue classique (canabis, extasy, cocaine...) les effets ne dépendent pas de la substance mais aussi de la disposition du sujet à se laisser porter. S'en suit un voyage personnel qui convient à chacun de raconter: hallucinations, visions, rêves...
Toute la nuit, les invités ressentent les effets du San Pedro, quelques uns passeront dans les bras de Morphée. Avant l'apparition du jour, le maître de cérémonie pratique un nouvelle toilette pour évacuer les derniers éléments malins qui seraient rester emprisonner de l'enveloppe corporelle. Le tout se termine avec le partage des "aliments" préparés par les femmes (signe de la fertilité et de la vie mais qui prend parfois l'aspect d'un simple reflexe machiste) lorsque le soleil fait son apparition derrière les volcans de la capitale équatorienne.
Lorsque le cercle est rompu par le Taita, il règne une drole d'ambiance parmi les invités, le rève est fini et chacun revient dificilement sur terre. Certains saisissent les instruments et commencent à danser. un autre danseur se joint à eux, exiter, il court dans tous les sens puis veut absolument voir le soleil depuis le centre du cercle formé par les musiciens. L'exitation le dépasse, il tombe dans les bras de Sergio avant de s'évanouir.
Epuisé par l'expérience, les invités dorment un peu partout sur le campement, une mère venu avec son nourisson marche nue entre les dormeurs et les campeurs qui rangent leur tente. On comprend que si on vient chercher un brin de spiritualité dans ces cérémonies c'est aussi un espace de liberté totale sans préjugés entre personne consentante que ces citoyens urbains revendiquent le temps d'un week-end.

mercredi 23 septembre 2009

Pérégrination andine (3)


Le Tungurahua est l'un des derniers volcans actifs en Equateur. En 2006, il a explosé pour la dernière fois, dévastant les alentours de Guano. Trois ans plus tard, tout n'est pas revenu à la normale, les dégats ont été trop important. Les routes d'évacuations n'ont pas toutes de l'asphalte et de nombreux problèmes restent en suspen d'une impulsion politique qui se distingue ici comme ailleurs par son inertie.

La population de Santa Fé de Galan, un petit village de 400 habitants au pied du volcan se soucient peu des gesticulations politiciennes. Leur problème est un peu plus matériel. Ces agriculteurs avaient l'habitude de pratiquer une agr¡culture diversifée mais la "mama Tungurahua" est plus toxique qu'on ne le pense.
Dans ces jours de colère, le volcan crache un nuage de fumée qui retombe lentement sur le sol. Les poumons et les yeux des habitants du secteur (jusqu'au centre ville de Guano) souffrent. La respiration est coupée et on peine à ouvrir les yeux face aux irritations que cela provoque.
La cendre volcanique n'est pas une simple poussière qui se dépose par kilos (une dizaine en un mois lors de l'erruption de 2006) sur les toits, elle s'infiltre partout et devient un ennemi de l'agriculteur. La pomme de terre d'autrefois ne résiste pas à l'acidité des cendres qui forment aujourd'hui la couche supérieur du sous sol. La solution pour continuer à tirer un subside de la terre vient de la monoculture. Cette pratique anti ecologique et dangeureuse economiquement s'est imposée aux cultivateurs locaux, en l'occurence avec le poireaux, qu'on utilise ici comme oignon.

Parfois, la mère nature sait encore se faire respecter, l'agrochimie ne peut pas tout.

credit photo: perso, le Tungurahua vu de Guano

Panorama souvenir

Nesuito, alias Jan collègue polonais vient de mettre en ligne quelques videos, souvenirs de déambulations sur les hauts plateaux andins. Machu Pichu, Salar de Uyuni et plein de bêbête sont au programme. Pour rappel, d'autres videos sont accessible sur Dailymotion et ici et la les textes qui accompagne ces nouvelles images.

lundi 21 septembre 2009

Deux verres bonjour les dégats

Ce week end, la province du Chimborazo rendait hommage aux Cuvivis, un oiseau rare qui migre des Etats Unis jusqu'au lac de Ozogoche, à la frontière entre Andes et Amazonie pour en finir avec la vie au cours du mois de septembre. Depuis 7 ans, un festival de culture traditionnelle est organisé pour célébrer ce mistère de la nature.

Ce sont des kilomètres à perte de vue avec parfois, une maison isolée au milieu des paturages marécageux qui bordent les lacs de Ozogoche. Seul rédident les quetchuas qui vivent de l'élevage des moutons et de la pêche de la truite. Les hommes se déplacent à cheval parfois sans selle et cela depuis le plus jeune âge.
Pour le festival en l'honneur du Cuvivis, toutes les communautés autour de Ozogoche s'étaient retrouvés pour un week end qui mettaient à l'honneur les cultures traditionnelles de l'Equateur et des voisins andins (Colombie, Perou, Bolivie). Les touristes, venus en grande majorité de Riobamba, avaient fait le déplacement pour assister à toute une série de spectacles en castillan et en quetchua.

Toutes le générations rient aux éclats devant la pièce de théatre réalisée par les jeunes de la communauté de Ozogoche Alto et éxécuté en quetchua, une partie du public à la peau blanche reste sceptique devant ce dialecte inconnu de leur vocabulaire. Quelques mots rapelle des souvenirs d'une antique leçon de quetchua mais l'emsemble est bien obscur pour celui qui n'est pas autochtone.
La majorité des représentations sont mises en scène par les adolescents des villages, une réapropriation de la culture indigène par les adultes de demain. Il faut dire que les adultes ont d'autres chat à fouetter. En parlant d'adulte, il faut plus particulièrement parler des hommes. Combien sont ils dès 9h du matin et ce toute la journée qui titubent, tenant à peine sur leurs jambes. Ils sillonnent parmi les visiteurs, heurtant par moment ceux qui croisent sa route. Un collègue pas plus frais leur sert de guide quand ce n'est pas les femmes de la famille qui le rapatrie dans un endroit un peu plus calme pour qu'il décuve. Ils grimpent sur leur canasson et se laissent guider selon les envie de la bête qui ne comprend pas bien ce qui lui arrive et alerne galop éfrener et rond sur lui même.
Ils ingurgietnt vin de pêche, de pomme, bière et quelques liqueurs à la saveur artificielle citronné sans discontinuer. Leurs propos sont incompréhensibles et le dimanche après midi ils sont quelques uns à ne plus supporter et à s'éffondrer sur un talus en esperant que cela passe.
La police et la croix rouge encadrent la manifestation et les représentants de la loi font preuve une nouvelle fois de leur incompétence. Un homme titube une fois de trop et tombe violemment sur la tête. Les yeux ouvert, il reste inconscient et ne réagit plus. Les passants appellent les secours et demande à la bidasse de service de le prendre en charge en attendant la civière. "Il a rien, il faut juste qu'il cuve!" S'esclaffe t-il. Son supérieur s'approche de l'homme inanimée et lui remue la tête comme un bilboquet: aucun n'a jamais reçu un seul cours de secourisme et ils agissent tous comme de simples crétins. Les infirmiers de la Croix Rouge Equatorienne viendront mettre un terme à ce massacre.

Le problème de l'alcoolisme est récurent en Equateur en général et en particulier chez les peuples indigènes. La cuite pourrait devenir un sport national si le résultat n'était pas aussi sordide jusqu'a en devenir morbide tellement l'état dans lequel se mettent ces personnes se rapproche de la mort. Une conscientisation est en marche pourtant, les spectacles présentés ce week end évoquaient pour certains les dégats physiques et sociaux de l'alcoolisme. On essaye de sensibiliser le public mais cela n'empèche personne de faire ami ami avec la bouteille. Les organisateurs s'efforcent de rendre leurs fête libre d'alcool avec des campagnes de prévention. La réussite reste mitigée.


credit photo: artenativo.org
Prochainement La Otra Esquina mettra en ligne un résumé video de ce week end.

lundi 14 septembre 2009

Déménagement sur la côte équatorienne

Reprise d'un article du Grand Soir en prise avec l'actualité équatorienne et sud américaine. Le débat fait rage quant à l'implantation d'une base militaire américaine en Colombie, cete dernière accueille une nouvelle base voulue par les américains en remplacement de celle de Manta dont le gouvernement de Rafael Correa a exigé la fermeture suite aux nouvelles dispositions constitutionnelles. Texte de Ana Maria Acosta

En 1999, un étrange visiteur a débarqué chez Mme Manta avec des avions, des radars et des militaires. Il voulait louer un endroit où installer une base pour contrôler les narcotrafiquants terroristes des pays latino-américains. Mme Manta n’avait jamais vu un terroriste et n’y connaissait rien en stupéfiants, mais comme elle est plutôt sympa, elle accueillit l’étranger chez elle. Le problème, c’est que le propriétaire du lotissement, Jamil Mahuad, ami intime du visiteur, signa une convention sans rien demander à personne, qui permit à l’étranger d’occuper la maison de Mme Manta… Dix ans plus tard, le locataire a été expulsé de la maison de Mme Manta. En quel état a-t-il laissé la maison ? Quelles relations a-t-il eu avec ses voisins ? Qu’a-t-il fait pendant dix ans ? Ce sont les questions que se pose Manta ?

Antécédents

En 1999, peu de voix se s’élevèrent pour mettre en garde la population à propos de l’installation de la base militaire étasunienne en territoire équatorien. Très peu nombreux étaient ceux qui disaient que cette présence impliquait une perte de souveraineté et une complicité de l’Équateur avec le Plan Colombie. Ce Plan Colombie que les États-Unis commençaient à mettre en place dans la région pour contrôler le trafic de drogue et désarticuler les mouvements subversifs colombiens.

Personne en Équateur ne fut informé des conditions figurant dans la convention, pas même les représentants du Congrès ; l’ensemble reposait sur la servilité totale du gouvernement de Jamil Mahuad. Le néolibéralisme était en plein essor dans le pays, les partis de droite occupaient tous les espaces du pouvoir. Le gouvernement s’efforçait de sauver les banquiers, conduisant l’Équateur vers la plus grave crise économique de son histoire. C’est dans ce contexte que le 12 novembre 1999, le gouvernement chancelant de Mahuad, à la recherche d’appui auprès de l’ambassade étasunienne, signait la convention permettant aux États-Unis d’installer un Poste avancé d’opérations (en anglais Forward Operating Location, FOL) sur la base aérienne Eloy Alfaro de Manta. Au gré d’un jargon diplomatique bien rodé, on parlerait désormais officiellement du FOL, acronyme permettant d’éviter de prononcer les mots « base militaire ».

Le nouveau Miami

« Ici à Manta, ils nous ont promis un nouveau Miami. Cela a enthousiasmé les élites de la ville qui ont formé le Groupe pro Manta. Les gouvernements de l’époque ne faisaient rien pour les Régions, c’est pourquoi ces élites ont de suite été très intéressées par l’opportunité qui se présentait à elles. Le dollar est devenu roi, nous nous sommes convertis en véritables occidentaux, même s’il y a eu des résistances dans la région sud de Manabí », déclare Miguel Morán à la Commission des questions Internationales et de la sécurité publique de l’Assemblée nationale, qui s’intéresse maintenant à ce qu’ont fait les gringos à Manta.

Miguel Morán, avocat, syndicaliste et professeur de droit, est un des dirigeants du Mouvement anti-impérialiste Thoallí. Il est un des rares à avoir pris la parole dès 1999 pour s’opposer à l’installation de la base, à une époque où la majorité de la population voyait s’ouvrir, avec son arrivée, des perspectives de croissance économique. Il raconte que des mythes se sont construits autour de l’installation de la base. « Les médias et les autorités locales, aux mains de la droite social-chrétienne, annonçaient l’arrivée du rêve américain à Manta. « Les gringos vont amener des dollars, disaient-ils ».

Mais au fil des ans, le rêve américain a présenté un autre visage à Manta. Des bars, des discothèques et des cabarets se sont construits ou agrandis. Les emplois créés au sein du FOL ont duré huit mois, le temps de la rénovation des installations aéroportuaires. Ensuite, le FOL a uniquement offert des emplois de nettoyage ou de manutention, et les salaires proposés étaient nettement inférieurs à ceux des étasuniens. La croissance tant attendue du tourisme et du commerce a alors profité à une infime minorité. C’est ce que raconte le capitaine en retraite Jacobo Jara, un ancien de 90 ans qui, tout au long de sa vie, a vu les changements que Manta a subis.

« J’ai été très affecté par l’arrivée des américains. Sur l’avenue Flavio Reyes, ma famille avait son petit commerce, avec quelques autres. Avant, nous payions un loyer de 50 dollars par local, ce qui permettait à tous les commerçants de travailler et de vivre décemment. Et puis ils sont arrivés ; je ne dis pas que ce sont eux qui ont imposé les prix, mais ça a joué. Au début, ils versaient des salaires élevés, jusqu’à 1500 dollars ; pour certains, l’or vert coulait à flots. Mais nos loyers sont rapidement passés de 50 à 500 dollars et nous n’avons pas pu tenir. Des businessmen sont arrivés, et nous, humbles petits commerçants, avons fait faillite et avons été dépouillés de nos biens. Tous ceux qui avaient travaillé là pendant des années ont perdu leur commerce et leur travail ».

Selon l’ambassade des Etats-Unis, « le FOL injecte plus de 6,5 millions de dollars chaque année dans l’économie locale de Manta ». Mais pour Miguel Morán, cet argent ne bénéficie pas à la population de la ville : « les militaires étasuniens ne consomment pas de produits locaux, même l’eau ils l’importent. L’argent qu’ils injectent circule au sein d’une élite sociale ultra-minoritaire, entre bars de luxe et autres endroits réservés. La croissance de Manta, si tant est qu’on puisse parler de croissance, est due à d’autres facteurs qu’à la présence de militaires étrangers ».

L’ambassade annonce que l’investissement réalisé à Manta « inclut une part importante des coûts de fonctionnement de l’aéroport, avec plus de 2 millions de dollars pour le département des pompiers du FOL et approximativement 200.000 dollars en coûts de maintenance de l’aéroport ». De son côté, le chef des pompiers de Manta, Sofonías Rezabala, rejette cet argument et assure que le travail des pompiers est totalement autonome, qu’ils n’ont reçu aucun véhicule du FOL, malgré ce qui a été affirmé dans la presse locale. « Quand il y a eu cet incendie dans le centre, tous les habitants des quartiers populaires sont venus donner un coup de main ; les gens du FOL eux sont venus balayer les cendres ».

Les promesses de « bien être » qui accompagnèrent l’installation de la base furent créées de toutes pièces par la presse, les autorités locales et l’ambassade des Etats-Unis. Elles occultaient l’incidence géopolitique de cette base en Équateur. C’est pourquoi des organisations locales et nationales commencèrent à s’organiser et à lutter contre la présence de militaires étrangers et du FOL. Elles n’eurent pas la naïveté de croire qu’il s’agissait d’un simple Poste avancé d’opérations. Elles commencèrent à se poser des questions sur le rôle de cette base au sein des nouvelles politiques de sécurité des États-Unis, et au-delà, sur l’intention des États-Unis d’accéder librement aux ressources énergétiques et à la biodiversité. Elles se demandèrent également quel était le rôle du FOL dans la mise en œuvre du Plan Colombie. À cet égard, l’ex-commandant du FOL, Javier Delucca déclara : « La base de Manta est très importante dans le cadre du Plan Colombie. Nous sommes très bien situés pour pouvoir opérer dans cette zone ».

L’importance de cette base dans la militarisation de la région attira l’attention d’organisations antimilitaristes internationales, et la question du FOL de Manta devint emblématique de la résistance à l’hégémonie militaire étasunienne dans le monde. En 2003, la Coalition pas de bases en Équateur, composée de plus d’une vingtaine d’organisations, commença à mener des actions et à organiser des débats. Cela permit de repositionner la base de Manta dans l’espace public, jusqu’à ce que la question de la non-rénovation du contrat d’utilisation de la base aérienne Eloy Alfaro atteigne les sphères du pouvoir.

En 2008, la Coalition a proposé à l’Assemblée nationale constituante d’intégrer à la Constitution le texte suivant :

« L’Équateur est un territoire de paix qui exerce pleinement sa souveraineté ; il n’accueillera pas de bases militaires étrangères ni de troupes étrangères et s’abstiendra de signer tout type de convention qui implique d’autres formes de présence militaire étrangère. Le pays ne se mêlera militairement à aucun conflit hors du territoire national, que ce soit unilatéralement ou en coordination avec d’autres États. Les entraînements et les exercices militaires ne se réaliseront avec aucun autre État ».

L’essentiel de cette proposition a été accepté par l’Assemblée nationale constituante ; l’article 5 de la nouvelle Constitution dit : « l’Équateur est un territoire de paix. L’établissement de bases militaires étrangères et d’installations étrangères avec des intentions militaires n’est pas permis. Il est interdit de céder des bases militaires nationales à des forces armées ou de sécurité étrangères ».

Se pliant aux exigences de la Constitution, le président équatorien Rafael Correa a fait de la base de Manta un de ces thèmes de campagne pour les présidentielles d’avril 2009. Il a annoncé qu’il ne renouvellerait pas la convention d’utilisation de la base de Manta avec les Etats-Unis ; ainsi le FOL et ses locataires devront quitter la base aérienne Eloy Alfaro avant novembre 2009. Comme tout locataire, les militaires étasuniens devront rendre des comptes sur les activités qu’ils ont développées pendant ces dix années. C’est pour cette raison que la Coalition pas de bases en Équateur a demandé à la Commission des questions internationales et de la sécurité publique de l’Assemblée nationale de mener des recherches sur les opérations réalisées depuis Manta par des troupes étrangères.

Elle a demandé de vérifier si certains soupçons portant sur le bombardement colombien de Angostura en Équateur, en mars 2008, sont fondés ou non. Ces soupçons s’appuient sur le fait que des avions étasuniens ont décollé de la base de Manta dans la nuit du 28 février, et qu’ils ont peut-être fourni des informations aux militaires colombiens ainsi qu’un appui logistique. Le 21 mai 2009, la Commission de l’Assemblée nationale, accompagnée de la Coalition pas de bases en Équateur et d’organisations de défense des droits humains, est arrivée à Manta pour réaliser une visite préalable à une audience publique.

Dix ans après l’installation de la base étasunienne à Manta, le silence qui a couvert la signature de la convention a été rompu. Des organisations sociales, des collectifs de jeunes, des associations de pêcheurs, des femmes et de simples citoyens ont recouvré la parole et ont pu s’adresser à la commission et au monde sur les conséquences de la présence des militaires étrangers à Manta.

« Les radars ne me rendront pas mon époux »

Tôt le matin, dans une maison en bambous en périphérie de Manta ; il n’y a ni grands édifices, ni succursales de banques internationales, ni restaurants de luxe. On est juste frappé par l’odeur envahissante des rejets d’une usine de conserves de poissons. C’est ici que des femmes, des anciens, des jeunes, tous pêcheurs, se réunissent pour exprimer leur rejet de la base militaire étasunienne, au cours de l’audience publique mise en place par la Commission des questions internationales de l’Assemblée nationale.

Malgré l’exiguïté des lieux, toutes et tous sont là, il n’en manque pas un ; c’est la première fois que des représentants de l’État viennent les voir en dehors d’une période de campagne électorale. La Commission de l’Assemblée nationale, comme s’il s’agissait d’une session normale, constate le quorum et déclare l’audience ouverte.

Milton Ayala Castro est le premier à prendre la parole. Vice-président de l’Association des pêcheurs autonomes artisanaux de Manabí-Miramar, il ne croit toujours pas qu’une commission au complet puisse être là pour l’écouter. Puis María Urgilés prend la parole, les mains abîmées, le regard triste ; sa voix rappelle le grondement des vagues, elle semble forte. María est l’épouse d’un des 18 pêcheurs disparus le 15 juin 2003. Ce jour-là, son époux et 17 autres pêcheurs sortirent en mer sur le Jorge IV, comme chaque semaine, et ne revinrent jamais.

Le Jorge IV disparut à un moment où les interdictions de naviguer étaient très nombreuses [2]. Certains indices montrent que le bateau a été embouti par un navire de très grande taille, mais la véracité des faits n’est pas avérée. Les femmes et les enfants des pêcheurs défunts allèguent que le bateau a été embouti par une embarcation étasunienne, d’où les difficultés qu’ils ont rencontrées pour que débutent les recherches.

Deux jours après la disparition du Jorge IV, la Capitainerie du port et le propriétaire du bateau, Jorge Corral, assuraient aux familles qu’il n’y avait aucun problème et qu’ils avaient pu communiquer avec les membres d’équipage. Au final, les radars, les satellites et la technologie de pointe dont disposent les militaires étasuniens de la base de Manta n’ont donné aucun résultat. Le bateau n’a pas été retrouvé et jusqu’à présent il n’existe aucune piste.

Les pêcheurs, les veuves et les mères demandent que l’enquête porte sur les informations en possession du FOL à propos du naufrage et de la disparition du bateau. Ils se demandent comment 18 personnes peuvent-elles disparaître en mer sans laisser de traces ? Comment un Poste avancé d’opérations disposant d’une technologie de pointe peut-il ignorer ce qui est arrivé à une embarcation ? Partant de ces témoignages, les représentants de l’Assemblée nationale ont décidé d’étendre leur enquête auprès la Capitainerie du port et des propriétaires du Jorge IV. Ils veulent vérifier s’ils ont vraiment été en communication avec le bateau et savoir pourquoi les opérations de recherche ne se sont pas déroulées normalement. María veut passer un marché avec le gouvernement des États-Unis : qu’il embarque le FOL, les radars et les avions, et que son époux lui soit rendu.

Pendant que María parle, un ancien écoute ému son témoignage, et sur une feuille de papier aussi ridée que sa peau, il écrit : « Empire nord-américain, Ministre Larriva [3], la Colombie attaque Angostura, souveraineté équatorienne, nobles pêcheurs ». Des mots-clés qui lui permettront de ne rien oublier au moment de prendre la parole. Jacobo Jara est un pêcheur retraité, membre du Comité patrie terre sacrée, il a 90 ans. Quand il prend la parole, tout le monde écoute attentivement. « Pendant ces dix années, quel bénéfice a-t-on tiré de la présence des étasuniens, qu’ont-ils apportés ? Leur présence a causé du tort. D’abord parce que les avions nord-coréens, vietnamiens et iraniens ne peuvent pas atterrir ici. Les ennemis des États-Unis n’ont pas le droit de venir ici. Mais que je sache, ce sont leurs ennemis, pas les nôtres ! Ce sont eux qui choisissent nos amis, ceux qui peuvent venir en Équateur pour y faire du tourisme ou du commerce. Tout ce qui compte, c’est ce qui les intéresse à eux, et cela nous porte un grand préjudice ».

Peu à peu, la peur de parler s’estompe, les femmes, mères et filles, prennent la parole. Elles veulent parler de leur époux, de leur père, de leurs fils disparus. Les pêcheurs eux veulent savoir qui va reconnaître les dommages causés à leurs bateaux, qui va tirer leur embarcation du fond des eaux, qui va leur rendre la liberté de pêcher dans les eaux où ont pêché leurs pères et leurs grands-pères avant eux.

Dans l’après-midi, l’audience publique se déplace à l’université laïque Eloy Alfaro, où d’autres organisations et de nombreuses personnes ont répondu présent à l’appel lancé par la Commission de l’Assemblée. Tout le monde veut prendre la parole ; aujourd’hui, contrairement aux années passées, le silence et la peur n’ont pas été invités à la réunion.

Le capitaine de l’Ochossi a rencontré des militaires étasuniens en pleine mer, et son embarcation en a été affectée : « En 2005, des militaires étrangers nous ont abordés, un avion nous a survolés pendant huit heures. Ils sont parvenus à isoler notre bateau, ils nous ont menacés avec des armes. Ils nous ont ensuite exhibés avec nos noms et prénoms comme si nous étions des narcotrafiquants et nous ont pris en photo. Ils ne nous ont donnés à manger que le lendemain, et ensuite ils ont détruit nos canots de sauvetage. Ils sont montés à bord avec du matériel, mais comme ils n’ont rien trouvé, ils sont partis. Quand nous leur avons demandé qui allait payer les dommages, ils nous ont tendus un formulaire et nous disant de nous présenter à l’ambassade, et ils nous ont laissés à la dérive ».

D’autres prennent la parole, des pêcheurs, des jeunes, des femmes, pour parler des violations des droits humains, des bateaux abordés par les militaires, des contrôles injustifiés, des tortures. Seule une institutrice travaillant dans une « école pour enfants aux capacités spécifiques » dit qu’elle a reçu une aide du FOL. Pour le reste, la Commission de l’Assemblée nationale reçoit des plaintes concernant 14 cas de naufrage, 4 bateaux endommagés et impossibles à réparer, un bateau disparu, 125 migrants soumis à des traitements inhumains et dégradants, 2 personnes détenues et disparues. Une documentation fournie accompagne tous ces témoignages ; dans certains cas, des photos permettent de mettre en évidence des réalités jusqu’alors occultées par les médias, les autorités locales et le pouvoir central.

Ces témoignages, qui confirment que durant sa présence à Manta, le FOL a mis en œuvre des actions qui ne figuraient pas dans la convention, devront faire l’objet d’enquêtes approfondies de la part de la Commission des questions internationales. Manta et l’Équateur attendent des réponses afin que les coupables soient sanctionnés et que les personnes affectées aient droit à des réparations d’ordre physique, économique et moral. À la recherche de réponses…

Après trois jours de présence à Manta, la Commission de l’Assemblée nationale, des organisations de défense des droits humains et la Coalition pas de bases en Équateur visitent la base aérienne Eloy Alfaro. Elles y rencontrent des militaires équatoriens et des fonctionnaires étasuniens, le commandant du FOL, le lieutenant-colonel Jared Curits, ainsi que l’attaché militaire de l’ambassade. Ce qu’elles rencontrent surtout, c’est un discours politique officiel.

Eduardo Cárdenas, commandant de la base aérienne Eloy Alfaro explique que les militaires équatoriens contrôlent la majorité des installations et que les activités conjointes se limitent à de l’échange d’informations, comme l’exige la convention signée entre l’Équateur et les États-Unis : « l’intention unique et exclusive est de mener des opérations de détection, d’investigation et de contrôle des activités illégales concernant le trafic aérien de narcotiques ».

Sur son site internet, l’ambassade des États-Unis affirme que le travail du FOL se limite au champ de la lutte anti-drogue et que les missions aériennes fournissent des informations pour les opérations d’interdiction maritime des gardes côtes étasuniens et des pays amis. Mais les militaires étasuniens n’interviennent pas directement dans les opérations et affirment que « l’information obtenue lors des vols anti-narcotiques qui décollent du FOL est analysée par la Joint Interagency Task Force South (JIATF-South), un organisme international et multilatéral basé à Key West en Floride. Cette force opérationnelle s’organise autour de plusieurs départements du gouvernement des États-Unis et dispose de fonctionnaires coordinateurs dans 12 pays, dont l’Équateur ».

De son côté, le commandant de la base aérienne Eloy Alfaro affirme que « l’information est un élément d’intangible qu’on ne peut manipuler. La valeur de cette information réside dans son traitement et de ce qu’il en fait par la suite. Je peux vous dire que si nous disposions de ces informations ici, elles ne nous serviraient à rien. Chaque information est en lien avec quantité d’autres éléments ».

Mais si l’information circule par les airs jusqu’aux États-Unis et que les militaires équatoriens n’ont pas la formation pour la traiter, puisqu’il s’agit d’une « technologie de pointe que nous ne maîtrisons pas », qu’arrive-t-il alors de l’information obtenue en territoire équatorien ? Dans quel but est elle recueillie ?

D’après l’ambassade des États-Unis, « en se basant sur l’information reçue du FOL et d’autres sources, la JIATF-South peut donner des recommandations aux autorités étasuniennes et latino-américaines afin qu’elles réalisent des opérations d’interception de narcotiques ». Sur la Fiche d’information de contribution du FOL de Manta à la lutte anti-drogues et à la population de la ville, il est stipulé qu’en 2008, « 822 missions anti-drogue ont été effectuées, 229 tonnes de cocaïne ont été saisies, pour une valeur qui aurait atteint 4,5 milliards de dollars à la revente dans les rues ».

D’après les chiffres du FOL, 1.800 tonnes de cocaïne auraient été saisies en dix ans. Ces données ne concordent pas avec les informations en possession du Conseil national de contrôle des substances stupéfiantes et psychotropes (CONSEP). Quand la Commission de l’Assemblée nationale l’a questionné à ce propos, l’attaché militaire étasunien a dû reconnaître que les quantités annoncées correspondaient aux résultats obtenus dans les trois FOL installés en Amérique latine et à des opérations menées dans onze pays différents.

Les médias nationaux, qui sont fréquemment invités à visiter le FOL, publient sans broncher les données que leur fournissent les militaires étasuniens. Pas un seul journaliste n’a eu l’idée de demander où se trouvait la drogue saisie, ou qu’en était-il des personnes détenues lors des opérations, de leurs jugements.

Or, les 1756 tonnes auxquelles l’ambassade fait référence représentent en moyenne des prises avoisinant les 15 tonnes par pays et par an, sur dix ans. L’efficacité de ces opérations est extrêmement réduite, elle est même ridicule, si on prend en considération le nombre de missions aériennes effectuées, l’importance du personnel affecté et les investissements réalisés. Si les militaires étasuniens sont tellement inefficaces pour ce qui est du contrôle du trafic de drogue, une question essentielle reste alors en suspens : qu’ont-ils fait pendant plus en dix ans de présence à Manta ?

Mais ce n’est pas tout, d’autres questions doivent encore faire l’objet d’enquêtes. Si la mission du FOL se limitait au contrôle aérien du trafic de drogue, pourquoi les militaires étasuniens ont-ils abordés, coulés et contrôlés des bateaux et des pêcheurs au large de Manta ?

Sur ce thème, le commandant du FOL affirme : « nous sommes compétents uniquement en ce qui concerne le contrôle de l’espace aérien, tout ce qui se passe en mer relève de la responsabilité de la Marine équatorienne, comme le stipule la convention ». Par conséquent, quel rôle a joué la Marine équatorienne dans les abordages, l’interception de bateaux de pêches ou d’embarcations transportant des migrants ? Quel a été le rôle des militaires étrangers cantonnés à Manta ? Voilà quelques questions auxquelles il est important d’apporter des réponses le plus rapidement possible.

La Commission des relations internationales et de la sécurité publique de l’Assemblée nationale a recueilli une masse importante d’information. Ce travail a visiblement été convaincant et une audience a été ouverte, pour que les actions des soldats étasuniens ne restent pas impunies, et également pour montrer l’exemple à d’autres pays qu’un peuple digne peut exercer sa souveraineté.

La Commission de l’Assemblée nationale aura la responsabilité de bien comprendre la dimension réelle des actions étasuniennes, et au-delà, elle devra établir des responsabilités politiques et pénales pour les dommages causés tant aux personnes directement affectées qu’à tout un peuple auquel des hommes politiques vendus ont imposé la présence d’une base militaire étrangère. La Commission va aussi devoir appeler à comparaître ceux qui ont rendu possible la signature de la convention. Enfin, quand tout ce travail aura été achevé, elle devra présenter un rapport [4] au président Rafael Correa pour que celui-ci transforme les conclusions en actes. C’est ce qu’attendent toutes les Equatoriennes et les Equatoriens qui défendent la paix, et l’ensemble des organisations qui cherchent à construire un monde sans armes et sans actions militaires.


[2] Au début des années 2000, l’Équateur a connu une vague d’émigration massive. Les nombreux migrants qui tentaient de rejoindre les États-Unis de façon illégale l’ont souvent fait dans des embarcations qui partaient de Manta. Les militaires équatoriens et ceux du FOL ont accru les contrôles en mer afin d’empêcher ces départs, et les autorités ont publié des interdictions de sortie en mer pour les bateaux qui se livraient à ce trafic humain. Mais ces contrôles ont aussi donné lieu à des abus, à des réglages de compte et à une importante corruption, qui ont conduit les autorités à interdire la circulation d’embarcations n’ayant jamais participé à ce business mafieux. [NDT]

[3] Le 15 janvier 2007, Guadalupe Larriva était nommée ministre de la défense du premier gouvernement de Rafael Correa. Le 24 janvier, elle décédait lors d’un vol d’entraînement de nuit des militaires équatoriens auquel elle avait voulu participer, depuis la base aérienne Eloy Alfaro de Manta. Les circonstances de l’accident n’ont pas été élucidées. Le 22 janvier, elle avait annoncé que l’Équateur ne renouvellerait pas la convention qui autorisait les militaires étasuniens à stationner et à mener des opérations depuis la base aérienne de Manta. [NDT]

[4] Ce rapport devait être remis le 15 juillet 2009 au président Rafael Correa par la a Commission des relations internationales et de la sécurité publique de l’Assemblée nationale.


credit: RFI, le routard

source: le grand soir

vendredi 11 septembre 2009

Interview de Delfin Tenesaca: "Nous luttons contre l'emprise paternaliste"

La Otra Esquina a pu interviewé au mois d'août Delfin Tenesaca, le président du mouvement indigène du Chimborazo. Une interview de 20 minutes en vidéo relate l'histoire du mouvement indigène en Equateur mais un aucun serveur ne semble être en capacité de l'héberger vu sa taille. Cependant une partie a été retranscrite à l'écrit et c'est celle que je propose aujourd'hui.
Précision sémantique: durant tout l'entretien, on utilise le terme "indigène", traduction littérale de l'espagnol qui, parfois a un sens péjoratif en France. Face aux termes "indien" (français), "native" (anglais) et "indigena" (espagnol et portugais), le dernier me semble le plus adapté pour traité de la question des peuples ancestraux sur tous les continents.


L’Equateur est un pays particulièrement touché par les dommages irréparables causés par l’industrie minière et l’exploitation sans concertation des richesses naturelles (mines, forêt, eau…), comment les indigènes se positionnent ils face à cette situation et comment envisagent ils leur relation avec la Pachamama (mère terre) ?
Nous sommes principalement concernés par la pollution due à l’exploitation minière. Elle contamine l’eau et met fin à l’agriculture à cause de la contamination des terres. L’Homme ne peut plus vivre dans un tel environnement pollué.
Nous devons aussi voir à qui profite l’exploitation minière. Dans la majorité des cas, les entreprises multinationales qui extraient ne répartissent pas leurs bénéfices aux peuples dont ils occupent les terres. La nouvelle loi minière ne nous assure ce bénéfice qu’ils puisent du sol. Nous exigeons une réforme qui reconnaît l’occupation ancestrale des terres par les indigènes et qui nous garantisse une redistribution de leurs bénéfices. En Amazonie, les Shuars ont déclarer certains territoires comme leur. Le gouvernement en a profité pour mettre la main sur toutes les terres non déclarées.

Comment votre mouvement est il perçu par la jeunesse ? Existe-t-il une implication de leur part pour la cause indigène ?
Il existe une âme indigène parmi la jeunesse. Elle est consciente d’où elle vient même si elle ne participe pas toujours aux débats. Ils veulent défendre leur identité à l’image de 2006 où ils sont partis en tête de la lutte contre le traité de marché libre que voulaient nous imposer les Etats-Unis. Ils ont manifesté avec le drapeau de Pachakutik, revendiquant leur identité.
Le défi réside, pour les anciens, à transmettre cette identité et notre culture aux générations futures. Beaucoup de gens, en majorité des jeunes, quittent le pays pour aller travailler. Il leur est compliqué de conserver cette identité.
Nous assistons aussi à une réappropriation des vieilles coutumes par la jeunesse. Pendant le carnaval, les jeunes s’impliquent dans les danses, les chants et les défilés et ils valorisent la culture indigène au lieu de s’asperger d’eau et de farine dans la rue. Ils inventent de nouvelles traditions comme le futsala, un sport très populaire dans nos communautés. Des compétitions sont organisées mais on ne gagne pas une coupe. Le vainqueur remporte des animaux ou tout autre chose avec une vraie utilité.

Comment renforcer cette identité indigène ?
L’identité indigène souffre d’un grand nombre de discrimination. Pour certains nous sommes des voleurs, des analphabètes, sales car ils sont pauvres -qui nous a marginalisé et nous a volé nos richesses ?-, habillé de manière traditionnelle avec le poncho et le chapeau, et parlant une autre langue que le castillan. Les autorités politiques et policières usent de méthodes paternalistes à notre encontre. Nous luttons contre cette situation et réaffirmant notre identité et en refusant les attitudes supérieures.
Il nous manque une victoire importante. Il n’existe pas encore un recensement des peuples indigènes. Nous ne savons pas exactement combien nous sommes car le gouvernement n’interroge pas l’identité des personnes qu’il recense. Il nous questionne sur notre manière de vivre, notre famille, notre profession mais il ne veut pas savoir quelle est notre culture.

Comment les différentes nations indigènes vivent elles entre elles? Existe-t-il un dialogue entre les différentes cultures pour organiser vos objectifs politiques ?
Pachakutik est le parti de tous et aussi des métisses. Nous avons des débats et des disputes pour réussir l’union nationale et que la voix indigène soit écouter et prise en compte. Les communautés sont organisées au niveau local puis régional. Nous coordonnons nos actions selon les trois territoires de l’Equateur : la côte, les Andes, l’Amazonie, car chaque a ses spécificités. Ensuite, les trois délégations se réunissent pour prendre des décisions nationales. Nous proposons une lutte commune et solidaire. Cela signifie que les communautés de la côte aident de diverses manières les communautés des Andes qui rencontrerait un conflit avec quelque autorité et réciproquement.


credit photo: ukhamawa

mercredi 9 septembre 2009

La grippe est encore parmi nous ...?

Cette semaine, La Otra Esquina présente le film, « la gripe esta aun con nosotros », un clip de prévention à propos de la grippe A réalisé en partenariat avec le centre de santé de Guano. On y répète les mesures de précaution face à cette pandémie.



Dans la présentation de la situation lors d’une conférence au centre de santé de Guano, Mercedes Rea fait le lapsus de définir la grippe AH1N1 comme « la dernière maladie à la mode ». L’empressement des autorités à imposer des régimes spéciaux en cas de pandémie généralisée ne peut lui donner tort.

Les gouvernements de tous les continents dépensent des sommes astronomique pour contrer et prévenir la grippe A. Les campagnes se suivent et se poursuivrent, on est gavé d’information implorant le présentateur de la Tv de changer de sujet. L’Egypte n’a pas connu qu’une seule plaie, le monde a d’autres morts à pleurer.

Cette chanson lancinante et répétitive demandant qu’on se lave les mains aurait elle un effet ? Dans les hôpitaux, le personnel est soumis à une série de règles d’hygiène dont les fondamentaux résident dans le refrain. Le masque est désormais automatique en cas du moindre rhume et un lavage de main entre chaque chambre est minimum. Ces mesures depuis quelques temps, le risque pandémique ayant quintuplé depuis 2003 (allez savoir pourquoi… ?) connaissaient une diffusion au public à la pénétration très faible. Le masque n’avait pas encore été revisité par Chanel.

Aujourd’hui ultime élément à la mode, on en croise dans tous les bus des métropoles. Chaque de nouvelles personnes perdent le réflexe d’éternuer dans leurs mains mais préfèrent l’angle du coude. Un changement sensible de comportement semble avoir lieu. C’est peut être un pas de plus dans l’amélioration de l’hygiène publique mais cela n’empêchera pas les équatoriens de continuer à cracher par terre : habitude glaireuse difficilement surmontable.

mercredi 2 septembre 2009

Perenco, Main basse sur le sous sol équatorien



Hier soir, à Riobamba, a été projeté le documentaire équatorien "Al cielo abierto". Le festival de film documantaires "Cinema y Patrimonio" avait fait venir ce film qui traite de la lutte populaire contre l'instalation de mines à ciel ouvert à proximité de leurs communautés dans l'est équatorien.
La vidéo de Mediapart, elle revient sur l'exploitation pétrolière: un autre conflit entre multinationales minières et militants écologistes.