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mardi 3 novembre 2009

La guerre pour l'eau, bien commun


Reprise d'un article du Grand Soir, écrit par Raúl Zibechi qui explique, la lutte des mouvements indigènes contre la nouvelle loi sur l'eau qui ouvre la porte à une possible privatisation de cette ressource considérée comme un bien commun de l'humanité.

À la fin de septembre s’est produit un soulèvement indigène en Équateur, cette fois pour la défense de l’eau, menacée par l’exploitation minière à ciel ouvert. Les organisations amérindiennes font face maintenant à un gouvernement qui se proclame antinéolibéral, partisan du “socialisme du XXIe siècle” et conduisant une“révolution citoyenne”

« Ce qui s’est passé à Cochabamba avec la guerre de l’eau, sera une miniature par rapport à ce qui va arriver en Equateur, car ce qui arrive c’est un soulèvement » déclare sur un ton persuadé Carlos Perez Guartambel, président de l’Union des Systèmes Communautaires de l’Eau d’Azuay [1]. Son point de référence est la Guerre de l’Eau à Cochabamba, en Bolivie, une insurrection sociale qui a obtenu d’inverser la privatisation et a marqué le début, en avril 2000, au cycle de protestations qui amenèrent Evo Morales au gouvernement.

« Mes parents m’ont appris que l’eau et le feu se partagent et ne se vendent pas », dit-il presque indigné pendant qu’il se rend à une assemblée communautaire à la Victoria del Portete, dans une vallée vaste et riche située à une quinzaine de kilomètres de Cuenca (capitale de la province méridionale d’Azuay), jolie ville coloniale pleine de touristes. Lorsqu’il tourne sur la route Panaméricaine vers la droite, il nous montre la maison de ses parents, où il est né il y a un peu plus de 40 ans.

« Enfant, j’allais à la fontaine pour chercher de l’eau avec un pichet d’argile. On le recouvrait avec le pocón, la feuille de maïs qui est biodégradable. Jamais je n’avais imaginé qu’un jour j’irai acheter une bouteille d’eau, jamais. Chaque litre vaut un dollar et 30 cents c’est-à-dire que le litre d’eau coûte plus cher qu’un litre de lait et un litre d’essence. La lutte pour l’eau va être la lutte pour la vie ». La différenciation sociale provoquée par les envois de fonds des émigrés peuvent se voir à l’oeil nu : à côté des modestes maisons aux toits de tôle, se dressent des grandes bâtisses de trois étages à vocation d’habitation, même si leurs propriétaires sont encore des agriculteurs. Carlos Perez est quechua et avocat spécialisé en droit communautaire avec des diplômes obtenus sur les questions environnementales, avec un livre remarquable sur la justice communautaire. Ces dernières années, il a consacré tous ses efforts pour résister à l’installation d’entreprises minières avec des noms éloquents comme IAM Gold, sur les hauteurs de Quimsacocha, où naissent les sources qui irriguent la vallée dans laquelle des milliers de paysans pratiquent l’élevage du bétail. Il appartient à une nouvelle génération de dirigeants indiens, formés dans les universités, qui parlent plusieurs langues, participent à des forums internationaux, maîtrisent les nouvelles technologies mais restent attachés à leurs communautés et continuent de parler leur langue maternelle.

Quand nous arrivons à Victoria del Portete, il est garé au bord de la route où plusieurs centaines de villageois sont entassés sur une vaste esplanade entre le conseil paroissial et l’église. Il monte au balcon de la mairie et déclare ouverte l’assemblée du système local de distribution de l’eau qui devra prendre des décisions importantes. « Si les gouvernements précédents nous menaçaient avec la privatisation de nos réseaux d’approvisionnement en eau, ce fantôme est maintenant parti. Mais nous avons un autre, l’exploitation minière qui est la plus grande menace », dit-il avant l’ouverture de la réunion.

Dans cette région fonctionne le Projet Nero depuis 24 ans, peut-être le plus grand système communautaire de distribution de l’eau car il approvisionne six mille familles, soit quelques trente mille personnes de 45 communautés. « Au départ, les familles s’installaient près de la rivière ou de la source, jamais près de la route parce qu’elles préféraient être près de l’eau. Ensuite, les rivières ont été polluées et les sources sont restées petites et cela a fait que dans les années 60 et 70 sont apparues des organisations comme Caritas qui installèrent des pompes manuelles dans les centres paroissiaux où les gens faisaient la queue pour obtenir de l’eau. Mais d’autres ont commencé à envisager d’installer eux-mêmes tout le réseau, lors de Mingas communautaires [*], et là il n’y avait plus besoin de transporter l’eau à dos d’homme mais pour la première fois avoir le robinet à la maison », dit Perez en rapportant l’histoire de sa communauté.

Au fil des années, les systèmes d’eau communautaires se sont répandus dans tout le pays. Dans la province d’Azuay il existe 450 systèmes, qui fournissent 30% de la population, surtout dans les zones rurales et les périphéries urbaines. Dans tout l’Équateur il y aurait environ 3.500 systèmes d’eau, construits, entretenus et gérés par les communautés elles-mêmes.

Un soulèvement différent

Le 27 septembre, la CONAIE (Confédération des nationalités indigènes d’Equateur) a lancé une nouvellle mobilisation contre la Loi sur l’Eau à laquelle elle n’a pas participé. Le projet de loi du gouvernement est arrivé au Parlement à la mi-août, mais déjà en 2008 le CONAIE avait développé son propre projet qui n’a pas été pris en compte par l’exécutif. La critique portée par les mouvements est que la Loi sur les ressources hydriques permet le développement de projets miniers dans les zones de naissance des cours d’eau, assure la fourniture en eau des exploitations minières, mais pas pour les communautés autochtones et paysannes, et n’aborde pas la question urgente de la pollution des cours. En outre, cette loi vise à englober les systèmes d’eau communautaire dans une autorité centralisée de l’État, de sorte que les communautés perdront le contrôle sur la ressource. Ricardo Buitrón de Acción Ecológista a mené une étude détaillée de la loi et estime qu’elle « contient des éléments de privatisation, comme le transfert de l’usage de l’eau avec celui de la propriété foncière et l’utilisation de l’eau dans l’industrie ou dans les affaires à d’autres endroits. Egalement que les infrastructures hydrauliques deviennent propriété de particuliers, que les eaux de surfaces retenues – dans les zones humides – fassent partie intégrante des prés, de la terre »[2]. De cette manière, les eaux pourront être acquises par ceux qui achètent la terre et en donneront l’usage selon leur convenance.

Il critique également cette loi car elle ne dispose d’aucun élément permettant la déprivatisation, en vue d’inverser la situation où les eaux sont maintenant dans des mains privées. Et que les milliers de conseils locaux des systèmes d’eau potable n’aient pas de participation réelle car leurs membres deviennent des usagers ordinaires assujetties à une Autorité Unique étatique qui contrôlera tout le réseau hydraulique. Humberto Cholango leader de Ecuarunari, l’organisation quechua de la Sierra, a recueilli des données éloquentes lors de la conférence de presse du 24 septembre [3] : 45% de l’eau est légalement cédée (par des concessions), mais 55% est utilisé illégalement, 1% des utilisateurs consomment 64% de l’eau distribuée et 86% des Equatoriens n’accèdent qu’à 13% de ce volume global. « La loi est muette sur ces points, et le Plan National de Développement favorise l’exploitation minière et la floriculture ».

La loi n’envisage pas de sanctions pour la pollution ni le contrôle de la qualité de l’eau. « Le droit humain à l’eau est restreint à l’accès à l’eau potable et à son usage domestique, sans prendre en compte le droit lié à la santé, à la souveraineté alimentaire et à la culture », ajoute Buitrón.

Cholango, quant à lui, a souligné le rôle des communautés amérindiennes dans la construction des réseaux de distribution de l’eau : « Nous avons construit des canaux d’irrigation, des réseaux d’eau potable, et maintenant avec la présente loi du gouvernement, ils veulent nous transformer en simples usagers et que nous ne soyons plus des acteurs. Dans l’article 97, ils en viennent à établir le contrôle et l’administration exclusive des systèmes communautaires à l’Autorité Unique. Il s’agit d’une attaque à nos conseils de l’eau » [4]. Le résultat, à son avis, est que la loi donne la priorité de l’usage de l’eau pour l’exploitation minière.

Quand les protestations ont commencé, avec barrages de routes et manifestations pour forcer le gouvernement à dialoguer et écouter sa propre Loi sur l’Eau, inspirée par le Sumak Kawsay, le Bien Vivre [**] que garantit la Constitution, la réponse du président Rafael Correa a été très dure. « Que croient-ils ces dirigeants ? » dit-il. Il les a accusé d’être des « extrémistes », de « faire le jeu de la droite » et de putchistes, en comparant la situation équatorienne avec le Honduras [5].

Le 30 septembre, la police a tiré sur des amérindiens Shuar dans la province amazonienne de Morona Santiago. Selon un communiqué d’Acción Ecológista, Bosco Wizuma, enseignant bilingue, est mort d’une balle alors qu’il faisait partie d’un groupe de 500 personnes qui avaient bloqué le pont sur la rivière Upano. Apparemment, c’était un "piège" parce que au même moment les dirigeants étaient appelés à un dialogue « pour détourner l’attention de la direction et les médias locaux » [6].

Il y a eu aussi des dizaines de blessés, dont plusieurs policiers. Le Président Correa a vite changé son discours et a appelé au dialogue : « Bienvenue frères. Ce gouvernement est le vôtre, celui des peuples autochtones, le Palais de Carondelet est à vous » [7]. Peut-être que c’était la seule façon de désamorcer un conflit qui menaçait la stabilité de son gouvernement. Même si le soulèvement n’a pas commencé avec la puissance des mobilisations indiennes antérieures, les enseignants et les autres secteurs sociaux s’y sont joints dès le départ. Mais quand il y a un mort, tout est possible.

Dialogue et tension

La direction de la CONAIE a décidé de suspendre les actions pendant la période de négociation que le gouvernement a ouvert. Cependant, dans la plupart du pays, les bases, c’est-à-dire les communautés ont continué de couper les routes et de fermer les marchés. Une division est née entre les organisations membres de la CONAIE, en particulier entre la sierra (Ecuarunari) et la forêt (Confeniae).

Le climat de méfiance n’a pas reculé. Le lundi 6 octobre, un dialogue direct télévisé a débuté au siège du gouvernement, au Palais de Carondelet. Des milliers d’Indiens se sont rassemblés à l’extérieur pendant des jours dans l’attente des résultats. Cent trente dirigeants entrèrent dans le palais et se sont entretenus avec Correa, dans un climat tendu. Le premier jour, six accords ont été conclus et, parmi les plus importants, on peut noter : l’institutionnalisation d’un dialogue permanent entre les deux parties, que le gouvernement examinera le projet de Loi sur l’Eau de la CONAIE et qu’il recevra une proposition de la part du mouvement indigène à propos de la Loi sur l’Exploitation Minière.

Un bon exemple du climat qui a prévalu dans les négociations est le dialogue suivant. « Marlon Santi, président de la CONAIE, a demandé le respect envers les autochtones. Ses paroles étaient liées à des déclarations dans lesquelles ils ont été décrits comme des ‘ fous’ qui n’avaient pas de représentativité. L’exigence était directe. Correa s’est interrompu et a demandé les noms des fonctionnaires pour ‘les virer immédiatement du gouvernement. Quel est cet imbécile ?’ a demandé Correa deux fois. ‘Vous, Président’ a répondu le dirigeant indien » [8].

Les organisations autochtones ont réussi à institutionnaliser le dialogue comme elles le voulaient. Le 14 octobre l’exécutif a promulgué le décret n° 96 qui établit la formation d’une Commission mixte composée de la CONAIE et ses trois filiales (la Côte, la Sierra et l’Amazonie) et pour le gouvernement, le ministère de la Justice, le secrétariat les Peuples, des Mouvements sociaux et de la Participation citoyenne et diverses institutions. La commission va examiner les deux lois sur l’eau (celle de l’Etat et celle des amérindiens) ainsi que des propositions de réforme de la loi minière en vigueur.

Mais l’échange d’accusations s’est poursuivi. Après la retransmission des samedis de Correa [***] la dirigeante amazonienne et ex-députée Monica Chuji a accusé le président d’être raciste : « Je réaffirme que les mots, les gestes et les actions du Président le caractérisent comme un raciste. Traiter les leaders indigènes de ‘culottés’, ‘réacs’ et de ‘ponchos dorés’ sont des expressions racistes. Utiliser le kichwa pour des intentions démagogiques et ensuite nier son officialisation est une attitude raciste. Minimiser la population indigène équatorienne en la réduisant à un vote dans les urnes est une attitude raciste » [9]

Bien qu’il soit important que le conflit ait été désactivé, d’autant que le précédent du massacre de Baguá [10], au Pérou, avait fait craindre le pire, les différences sont encore importantes. Pepe Acacho, président de la Fédération Shuar (de l’Amazonie) n’est pas d’accord avec les résolutions : « Nous avons lutté huit jours et il n’est pas juste que nous n’ayons pas obtenu que Morona Santiago soit déclarée province écologique, libre de toute exploitation minière et pétrolière » [11].

Le modèle de pays comme problème

La nouvelle Constitution équatorienne est l’une des plus avancées au monde en matière d’environnement, au point qu’elle définit la nature comme sujet de droit. La Constitution a été adoptée le 28 septembre 2008 par 64% des Équatoriens lord d’un référendum populaire. « La nature ou Pacha Mama, où la vie se reproduit et se réalise, a le droit que soit respecté pleinement son existence et le maintien et la régénération de ses cycles vitaux, de la structure, des fonctions et des processus d’évolution », dit l’article 71 consacré aux "Droits de la Nature".

Le problème est l’exploitation minière à ciel ouvert sur laquelle le gouvernement Correa a fortement misé. Alberto Acosta, fondateur du mouvement Alianza País qui ont conduit Correa à la présidence, et ancien président de l’Assemblée constituante, brandit un discours très proche des mouvements indiens : « La loi minière adoptée après la Constitution, menace la Carta Magna [****]. C’est le problème de fond. A quoi le devons-nous ? Sans aucun doute aux incohérences d’un gouvernement qui mène encore des politiques manifestement inspirées par la gestion néo-libérale, qui représente encore les intérêts économiques des groupes les plus traditionnels » [12].

Acosta affirme que les gouvernements progressistes d’Amerique du Sud « n’ont pas discuté ou remis en question le modèle "extractiviste" » même « les plus avancés » comme le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur. À son avis, la croyance solide que « grâce à l’extraction des ressources naturelles nous allons trouver le chemin du développement » a empêché jusqu’à présent de dépasser ce modèle et, par conséquent, de rechercher « une nouvelle forme d’intégration dans le marché international ».

Un second problème est Correa lui-même. Acosta indique qu’il est entré recemment dans la vie politique en 2005, quand en Equateur se succèdent les révoltes indiennes depuis 1990. Il a tendance à penser en termes personnels : « Il assume le rôle de porteur de la volonté politique collective, et ne se rend pas compte qu’une grande partie du processus historique antérieur est ce qui explique les résultats positifs de Correa et Alianza País ». L’absence de structure, mouvement ou parti, conduit Correa, selon Acosta, à ne pas comprendre « qu’il est là, à la présidence, grâce à tous les efforts déployés par la société équatorienne. » [13]

L’économiste Pablo Davalos coïncide avec cette approche mais il croit également que le gouvernement de Correa continue d’être néo-libéral. Le capital est aujourd’hui devant la nécessité de « relier les territoires avec le tourbillon de la spéculation financière » comme un moyen de surmonter la crise [14]. Les mouvements ont déclaré les régions amazoniennes et méridionales de Zamora et de Morona comme des territoires libre de toute exploitation minière. La collision avec les compagnies minières multinationales semble inévitable.

Dans le gouvernement Correa, et c’est un point essentiel, il y a des membres éminents de la droite ainsi que dans le parti qui le soutient, Alianza Pais. En conséquence conclut Davalos, au-delà des déclarations sur le socialisme et la révolution, le mouvement de Correa fait partie de la « dérive du post-néolibéralisme, c’est à dire comme une continuation du néolibéralisme, mais sous les modalités de la dépossession territoriale et des ressources et de la déterritorialisation de l’Etat. »

L’alternative la plus sérieuse semble être le projet ITT, visant à laisser le pétrole dans le sol et à chercher un autre modèle de développement [15]. ITT est un sigle formé par le nom de trois puits d’exploration forés dans la zone du parc Yasuni en Amazonie (Ishpingo, Tambococha et Tiputini). Au milieu de l’année 2009, le gouvernement de Correa a repris à son compte le projet élaboré par Acosta quand celui-ci était ministre de l’Énergie et des Mines. La proposition est de ne pas exploiter le pétrole comme contribution de l’Équateur à la lutte contre le réchauffement climatique.

Les réserves ITT représentent 20% des réserves totales de pétrole du pays. L’économie équatorienne est basée sur le pétrole : 22% du PIB, 63% des exportations et 47% du budget de l’Etat dépendent du pétrole. Mais ici réside également la force de la proposition : elle permettrait d’éviter l’émission de 410 millions de tonnes de CO2 freinerait la déforestation et la pollution, et serait une grande contribution au développement d’une économie post-pétrolière.

En contrepartie, le gouvernement de l’Équateur a demandé à la communauté internationale une compensation équivalente à 50% des revenus qui pourraient être obtenus si ce pétrole était exploité. Le parlement et le gouvernement allemand ont répondu favorablement en fournissant 50 millions par an au cours des treize années de dureraient les bénéfices tirés de ces puits. La Norvège et la Communauté de Madrid ont donné des signaux positifs.

Alors que beaucoup sont impliqués dans ce projet qui représente une révolution écologique, Acosta fait valoir qu’il « a vu le jour à partir des luttes de résistance des peuples autochtones, en particulier dans le sud-centre de l’Amazonie qui visaient à empêcher que l’activité pétrolière s’étende jusqu’à leurs territoires ainsi que les groupes de colons métis dans le nord de l’Amazonie et les peuples autochtones touchés par l’activité de la compagnie Chevron. »[16]

Notes1 Entretien avec Carlos Pérez.
2 Ricardo Buitrón, El Telégrafo, op. cit.
3 Voir la conférence de presse sur en www.youtube.com/watch?v=tN3x3vE1jfE.
4 Communiqué de Ecuarunari dans Ecuachaski du 17 septembre 2009.
5 Agence AFP, Quito, 25 septembre 2009.
6 "Noticias del Levantamiento en Defensa del Agua-1" à : www.accioecologica.org.
7 El Comercio, Quito, 3 octobre 2009.
8 El Comercio, 6 octobre 2009.
9 Déclarations du 11 octobre sur : http://ukhamawa.blogspot.com.
10 Voir "Masacre en la Amazonia : la guerra por los bienes comunes" sur http:// www.ircamericas.org/esp/6181.
11 El Comercio, 6 octobre 2009.
12 Entretien avec Alberto Acosta, 6 septembre 2009.
13 Idem.
14 Pablo Dávalos, op. cit.
15 Matthieu Le Quang, entretiens avec Alberto Correa ; Alberto Acosta, Eduardo Gudynas, Esperanza Martínez et Joseph H. Vogel, "Dejar el petróleo en tierra para el Buen Vivir : Elementos para una propuesta política, económica y ecológica para la iniciativa de no explotación petrolera en la Amazonia de Ecuador," Programa de las Américas Informe de la política (Washington, DC : Center for International Policy, 7 de julio de 2009) : http://www.ircamericas.org/esp/6238.
16 Idem

NdT[*] La Minga communautaire est le terme indigène pour travail collectif, communautaire, bénévole. Depuis ces dernières années, Minga signifie aussi moment de résistance, de mobilisation collective pour la défense des communautés.
[**] Le préambule de la nouvelle constitution de l’Équateur invoque la Pachamama, Dieu, Simón Bolívar et le général Eloy Alfaro et s’engage à « construire une nouvelle forme de coexistence citoyenne, dans la diversité et en harmonie avec la nature, pour atteindre le bien vivre, le sumak kawsay ». Les droits au « Sumak Kawsay », un concept issu de la culture quechua, sont déclinés dans le chapitre 2 de la constitution : droit à l’eau comme bien commun inaliénable, droit à la souveraineté alimentaire et énergétique, préservation des écosystèmes et de la biodiversité…
[***] Le “Informe semanal de los sabados“ est une émission de télévision hebdomadaire, relayée sur des chaînes de radio, d’une durée de 2h30 environ, dans laquelle Correa fait son “rapport hebdomadaire” aux téléspectateurs sur ce qu’il a fait dans la semaine écoulée.
[***] Carta Magna = Constitution

Raúl Zibechi est analyste international pour l’hebdomadaire Brecha de Montevideo, professeur et chercheur sur les mouvements sociaux à la Multiversidad Franciscana de América Latina et conseiller auprès de plusieurs groupes sociaux. Il écrit le « Rapport mensuel de Zibechi » pour le programme de las Américas (www.ircamericas.org).

photos: crédit perso 2009

lundi 14 septembre 2009

Déménagement sur la côte équatorienne

Reprise d'un article du Grand Soir en prise avec l'actualité équatorienne et sud américaine. Le débat fait rage quant à l'implantation d'une base militaire américaine en Colombie, cete dernière accueille une nouvelle base voulue par les américains en remplacement de celle de Manta dont le gouvernement de Rafael Correa a exigé la fermeture suite aux nouvelles dispositions constitutionnelles. Texte de Ana Maria Acosta

En 1999, un étrange visiteur a débarqué chez Mme Manta avec des avions, des radars et des militaires. Il voulait louer un endroit où installer une base pour contrôler les narcotrafiquants terroristes des pays latino-américains. Mme Manta n’avait jamais vu un terroriste et n’y connaissait rien en stupéfiants, mais comme elle est plutôt sympa, elle accueillit l’étranger chez elle. Le problème, c’est que le propriétaire du lotissement, Jamil Mahuad, ami intime du visiteur, signa une convention sans rien demander à personne, qui permit à l’étranger d’occuper la maison de Mme Manta… Dix ans plus tard, le locataire a été expulsé de la maison de Mme Manta. En quel état a-t-il laissé la maison ? Quelles relations a-t-il eu avec ses voisins ? Qu’a-t-il fait pendant dix ans ? Ce sont les questions que se pose Manta ?

Antécédents

En 1999, peu de voix se s’élevèrent pour mettre en garde la population à propos de l’installation de la base militaire étasunienne en territoire équatorien. Très peu nombreux étaient ceux qui disaient que cette présence impliquait une perte de souveraineté et une complicité de l’Équateur avec le Plan Colombie. Ce Plan Colombie que les États-Unis commençaient à mettre en place dans la région pour contrôler le trafic de drogue et désarticuler les mouvements subversifs colombiens.

Personne en Équateur ne fut informé des conditions figurant dans la convention, pas même les représentants du Congrès ; l’ensemble reposait sur la servilité totale du gouvernement de Jamil Mahuad. Le néolibéralisme était en plein essor dans le pays, les partis de droite occupaient tous les espaces du pouvoir. Le gouvernement s’efforçait de sauver les banquiers, conduisant l’Équateur vers la plus grave crise économique de son histoire. C’est dans ce contexte que le 12 novembre 1999, le gouvernement chancelant de Mahuad, à la recherche d’appui auprès de l’ambassade étasunienne, signait la convention permettant aux États-Unis d’installer un Poste avancé d’opérations (en anglais Forward Operating Location, FOL) sur la base aérienne Eloy Alfaro de Manta. Au gré d’un jargon diplomatique bien rodé, on parlerait désormais officiellement du FOL, acronyme permettant d’éviter de prononcer les mots « base militaire ».

Le nouveau Miami

« Ici à Manta, ils nous ont promis un nouveau Miami. Cela a enthousiasmé les élites de la ville qui ont formé le Groupe pro Manta. Les gouvernements de l’époque ne faisaient rien pour les Régions, c’est pourquoi ces élites ont de suite été très intéressées par l’opportunité qui se présentait à elles. Le dollar est devenu roi, nous nous sommes convertis en véritables occidentaux, même s’il y a eu des résistances dans la région sud de Manabí », déclare Miguel Morán à la Commission des questions Internationales et de la sécurité publique de l’Assemblée nationale, qui s’intéresse maintenant à ce qu’ont fait les gringos à Manta.

Miguel Morán, avocat, syndicaliste et professeur de droit, est un des dirigeants du Mouvement anti-impérialiste Thoallí. Il est un des rares à avoir pris la parole dès 1999 pour s’opposer à l’installation de la base, à une époque où la majorité de la population voyait s’ouvrir, avec son arrivée, des perspectives de croissance économique. Il raconte que des mythes se sont construits autour de l’installation de la base. « Les médias et les autorités locales, aux mains de la droite social-chrétienne, annonçaient l’arrivée du rêve américain à Manta. « Les gringos vont amener des dollars, disaient-ils ».

Mais au fil des ans, le rêve américain a présenté un autre visage à Manta. Des bars, des discothèques et des cabarets se sont construits ou agrandis. Les emplois créés au sein du FOL ont duré huit mois, le temps de la rénovation des installations aéroportuaires. Ensuite, le FOL a uniquement offert des emplois de nettoyage ou de manutention, et les salaires proposés étaient nettement inférieurs à ceux des étasuniens. La croissance tant attendue du tourisme et du commerce a alors profité à une infime minorité. C’est ce que raconte le capitaine en retraite Jacobo Jara, un ancien de 90 ans qui, tout au long de sa vie, a vu les changements que Manta a subis.

« J’ai été très affecté par l’arrivée des américains. Sur l’avenue Flavio Reyes, ma famille avait son petit commerce, avec quelques autres. Avant, nous payions un loyer de 50 dollars par local, ce qui permettait à tous les commerçants de travailler et de vivre décemment. Et puis ils sont arrivés ; je ne dis pas que ce sont eux qui ont imposé les prix, mais ça a joué. Au début, ils versaient des salaires élevés, jusqu’à 1500 dollars ; pour certains, l’or vert coulait à flots. Mais nos loyers sont rapidement passés de 50 à 500 dollars et nous n’avons pas pu tenir. Des businessmen sont arrivés, et nous, humbles petits commerçants, avons fait faillite et avons été dépouillés de nos biens. Tous ceux qui avaient travaillé là pendant des années ont perdu leur commerce et leur travail ».

Selon l’ambassade des Etats-Unis, « le FOL injecte plus de 6,5 millions de dollars chaque année dans l’économie locale de Manta ». Mais pour Miguel Morán, cet argent ne bénéficie pas à la population de la ville : « les militaires étasuniens ne consomment pas de produits locaux, même l’eau ils l’importent. L’argent qu’ils injectent circule au sein d’une élite sociale ultra-minoritaire, entre bars de luxe et autres endroits réservés. La croissance de Manta, si tant est qu’on puisse parler de croissance, est due à d’autres facteurs qu’à la présence de militaires étrangers ».

L’ambassade annonce que l’investissement réalisé à Manta « inclut une part importante des coûts de fonctionnement de l’aéroport, avec plus de 2 millions de dollars pour le département des pompiers du FOL et approximativement 200.000 dollars en coûts de maintenance de l’aéroport ». De son côté, le chef des pompiers de Manta, Sofonías Rezabala, rejette cet argument et assure que le travail des pompiers est totalement autonome, qu’ils n’ont reçu aucun véhicule du FOL, malgré ce qui a été affirmé dans la presse locale. « Quand il y a eu cet incendie dans le centre, tous les habitants des quartiers populaires sont venus donner un coup de main ; les gens du FOL eux sont venus balayer les cendres ».

Les promesses de « bien être » qui accompagnèrent l’installation de la base furent créées de toutes pièces par la presse, les autorités locales et l’ambassade des Etats-Unis. Elles occultaient l’incidence géopolitique de cette base en Équateur. C’est pourquoi des organisations locales et nationales commencèrent à s’organiser et à lutter contre la présence de militaires étrangers et du FOL. Elles n’eurent pas la naïveté de croire qu’il s’agissait d’un simple Poste avancé d’opérations. Elles commencèrent à se poser des questions sur le rôle de cette base au sein des nouvelles politiques de sécurité des États-Unis, et au-delà, sur l’intention des États-Unis d’accéder librement aux ressources énergétiques et à la biodiversité. Elles se demandèrent également quel était le rôle du FOL dans la mise en œuvre du Plan Colombie. À cet égard, l’ex-commandant du FOL, Javier Delucca déclara : « La base de Manta est très importante dans le cadre du Plan Colombie. Nous sommes très bien situés pour pouvoir opérer dans cette zone ».

L’importance de cette base dans la militarisation de la région attira l’attention d’organisations antimilitaristes internationales, et la question du FOL de Manta devint emblématique de la résistance à l’hégémonie militaire étasunienne dans le monde. En 2003, la Coalition pas de bases en Équateur, composée de plus d’une vingtaine d’organisations, commença à mener des actions et à organiser des débats. Cela permit de repositionner la base de Manta dans l’espace public, jusqu’à ce que la question de la non-rénovation du contrat d’utilisation de la base aérienne Eloy Alfaro atteigne les sphères du pouvoir.

En 2008, la Coalition a proposé à l’Assemblée nationale constituante d’intégrer à la Constitution le texte suivant :

« L’Équateur est un territoire de paix qui exerce pleinement sa souveraineté ; il n’accueillera pas de bases militaires étrangères ni de troupes étrangères et s’abstiendra de signer tout type de convention qui implique d’autres formes de présence militaire étrangère. Le pays ne se mêlera militairement à aucun conflit hors du territoire national, que ce soit unilatéralement ou en coordination avec d’autres États. Les entraînements et les exercices militaires ne se réaliseront avec aucun autre État ».

L’essentiel de cette proposition a été accepté par l’Assemblée nationale constituante ; l’article 5 de la nouvelle Constitution dit : « l’Équateur est un territoire de paix. L’établissement de bases militaires étrangères et d’installations étrangères avec des intentions militaires n’est pas permis. Il est interdit de céder des bases militaires nationales à des forces armées ou de sécurité étrangères ».

Se pliant aux exigences de la Constitution, le président équatorien Rafael Correa a fait de la base de Manta un de ces thèmes de campagne pour les présidentielles d’avril 2009. Il a annoncé qu’il ne renouvellerait pas la convention d’utilisation de la base de Manta avec les Etats-Unis ; ainsi le FOL et ses locataires devront quitter la base aérienne Eloy Alfaro avant novembre 2009. Comme tout locataire, les militaires étasuniens devront rendre des comptes sur les activités qu’ils ont développées pendant ces dix années. C’est pour cette raison que la Coalition pas de bases en Équateur a demandé à la Commission des questions internationales et de la sécurité publique de l’Assemblée nationale de mener des recherches sur les opérations réalisées depuis Manta par des troupes étrangères.

Elle a demandé de vérifier si certains soupçons portant sur le bombardement colombien de Angostura en Équateur, en mars 2008, sont fondés ou non. Ces soupçons s’appuient sur le fait que des avions étasuniens ont décollé de la base de Manta dans la nuit du 28 février, et qu’ils ont peut-être fourni des informations aux militaires colombiens ainsi qu’un appui logistique. Le 21 mai 2009, la Commission de l’Assemblée nationale, accompagnée de la Coalition pas de bases en Équateur et d’organisations de défense des droits humains, est arrivée à Manta pour réaliser une visite préalable à une audience publique.

Dix ans après l’installation de la base étasunienne à Manta, le silence qui a couvert la signature de la convention a été rompu. Des organisations sociales, des collectifs de jeunes, des associations de pêcheurs, des femmes et de simples citoyens ont recouvré la parole et ont pu s’adresser à la commission et au monde sur les conséquences de la présence des militaires étrangers à Manta.

« Les radars ne me rendront pas mon époux »

Tôt le matin, dans une maison en bambous en périphérie de Manta ; il n’y a ni grands édifices, ni succursales de banques internationales, ni restaurants de luxe. On est juste frappé par l’odeur envahissante des rejets d’une usine de conserves de poissons. C’est ici que des femmes, des anciens, des jeunes, tous pêcheurs, se réunissent pour exprimer leur rejet de la base militaire étasunienne, au cours de l’audience publique mise en place par la Commission des questions internationales de l’Assemblée nationale.

Malgré l’exiguïté des lieux, toutes et tous sont là, il n’en manque pas un ; c’est la première fois que des représentants de l’État viennent les voir en dehors d’une période de campagne électorale. La Commission de l’Assemblée nationale, comme s’il s’agissait d’une session normale, constate le quorum et déclare l’audience ouverte.

Milton Ayala Castro est le premier à prendre la parole. Vice-président de l’Association des pêcheurs autonomes artisanaux de Manabí-Miramar, il ne croit toujours pas qu’une commission au complet puisse être là pour l’écouter. Puis María Urgilés prend la parole, les mains abîmées, le regard triste ; sa voix rappelle le grondement des vagues, elle semble forte. María est l’épouse d’un des 18 pêcheurs disparus le 15 juin 2003. Ce jour-là, son époux et 17 autres pêcheurs sortirent en mer sur le Jorge IV, comme chaque semaine, et ne revinrent jamais.

Le Jorge IV disparut à un moment où les interdictions de naviguer étaient très nombreuses [2]. Certains indices montrent que le bateau a été embouti par un navire de très grande taille, mais la véracité des faits n’est pas avérée. Les femmes et les enfants des pêcheurs défunts allèguent que le bateau a été embouti par une embarcation étasunienne, d’où les difficultés qu’ils ont rencontrées pour que débutent les recherches.

Deux jours après la disparition du Jorge IV, la Capitainerie du port et le propriétaire du bateau, Jorge Corral, assuraient aux familles qu’il n’y avait aucun problème et qu’ils avaient pu communiquer avec les membres d’équipage. Au final, les radars, les satellites et la technologie de pointe dont disposent les militaires étasuniens de la base de Manta n’ont donné aucun résultat. Le bateau n’a pas été retrouvé et jusqu’à présent il n’existe aucune piste.

Les pêcheurs, les veuves et les mères demandent que l’enquête porte sur les informations en possession du FOL à propos du naufrage et de la disparition du bateau. Ils se demandent comment 18 personnes peuvent-elles disparaître en mer sans laisser de traces ? Comment un Poste avancé d’opérations disposant d’une technologie de pointe peut-il ignorer ce qui est arrivé à une embarcation ? Partant de ces témoignages, les représentants de l’Assemblée nationale ont décidé d’étendre leur enquête auprès la Capitainerie du port et des propriétaires du Jorge IV. Ils veulent vérifier s’ils ont vraiment été en communication avec le bateau et savoir pourquoi les opérations de recherche ne se sont pas déroulées normalement. María veut passer un marché avec le gouvernement des États-Unis : qu’il embarque le FOL, les radars et les avions, et que son époux lui soit rendu.

Pendant que María parle, un ancien écoute ému son témoignage, et sur une feuille de papier aussi ridée que sa peau, il écrit : « Empire nord-américain, Ministre Larriva [3], la Colombie attaque Angostura, souveraineté équatorienne, nobles pêcheurs ». Des mots-clés qui lui permettront de ne rien oublier au moment de prendre la parole. Jacobo Jara est un pêcheur retraité, membre du Comité patrie terre sacrée, il a 90 ans. Quand il prend la parole, tout le monde écoute attentivement. « Pendant ces dix années, quel bénéfice a-t-on tiré de la présence des étasuniens, qu’ont-ils apportés ? Leur présence a causé du tort. D’abord parce que les avions nord-coréens, vietnamiens et iraniens ne peuvent pas atterrir ici. Les ennemis des États-Unis n’ont pas le droit de venir ici. Mais que je sache, ce sont leurs ennemis, pas les nôtres ! Ce sont eux qui choisissent nos amis, ceux qui peuvent venir en Équateur pour y faire du tourisme ou du commerce. Tout ce qui compte, c’est ce qui les intéresse à eux, et cela nous porte un grand préjudice ».

Peu à peu, la peur de parler s’estompe, les femmes, mères et filles, prennent la parole. Elles veulent parler de leur époux, de leur père, de leurs fils disparus. Les pêcheurs eux veulent savoir qui va reconnaître les dommages causés à leurs bateaux, qui va tirer leur embarcation du fond des eaux, qui va leur rendre la liberté de pêcher dans les eaux où ont pêché leurs pères et leurs grands-pères avant eux.

Dans l’après-midi, l’audience publique se déplace à l’université laïque Eloy Alfaro, où d’autres organisations et de nombreuses personnes ont répondu présent à l’appel lancé par la Commission de l’Assemblée. Tout le monde veut prendre la parole ; aujourd’hui, contrairement aux années passées, le silence et la peur n’ont pas été invités à la réunion.

Le capitaine de l’Ochossi a rencontré des militaires étasuniens en pleine mer, et son embarcation en a été affectée : « En 2005, des militaires étrangers nous ont abordés, un avion nous a survolés pendant huit heures. Ils sont parvenus à isoler notre bateau, ils nous ont menacés avec des armes. Ils nous ont ensuite exhibés avec nos noms et prénoms comme si nous étions des narcotrafiquants et nous ont pris en photo. Ils ne nous ont donnés à manger que le lendemain, et ensuite ils ont détruit nos canots de sauvetage. Ils sont montés à bord avec du matériel, mais comme ils n’ont rien trouvé, ils sont partis. Quand nous leur avons demandé qui allait payer les dommages, ils nous ont tendus un formulaire et nous disant de nous présenter à l’ambassade, et ils nous ont laissés à la dérive ».

D’autres prennent la parole, des pêcheurs, des jeunes, des femmes, pour parler des violations des droits humains, des bateaux abordés par les militaires, des contrôles injustifiés, des tortures. Seule une institutrice travaillant dans une « école pour enfants aux capacités spécifiques » dit qu’elle a reçu une aide du FOL. Pour le reste, la Commission de l’Assemblée nationale reçoit des plaintes concernant 14 cas de naufrage, 4 bateaux endommagés et impossibles à réparer, un bateau disparu, 125 migrants soumis à des traitements inhumains et dégradants, 2 personnes détenues et disparues. Une documentation fournie accompagne tous ces témoignages ; dans certains cas, des photos permettent de mettre en évidence des réalités jusqu’alors occultées par les médias, les autorités locales et le pouvoir central.

Ces témoignages, qui confirment que durant sa présence à Manta, le FOL a mis en œuvre des actions qui ne figuraient pas dans la convention, devront faire l’objet d’enquêtes approfondies de la part de la Commission des questions internationales. Manta et l’Équateur attendent des réponses afin que les coupables soient sanctionnés et que les personnes affectées aient droit à des réparations d’ordre physique, économique et moral. À la recherche de réponses…

Après trois jours de présence à Manta, la Commission de l’Assemblée nationale, des organisations de défense des droits humains et la Coalition pas de bases en Équateur visitent la base aérienne Eloy Alfaro. Elles y rencontrent des militaires équatoriens et des fonctionnaires étasuniens, le commandant du FOL, le lieutenant-colonel Jared Curits, ainsi que l’attaché militaire de l’ambassade. Ce qu’elles rencontrent surtout, c’est un discours politique officiel.

Eduardo Cárdenas, commandant de la base aérienne Eloy Alfaro explique que les militaires équatoriens contrôlent la majorité des installations et que les activités conjointes se limitent à de l’échange d’informations, comme l’exige la convention signée entre l’Équateur et les États-Unis : « l’intention unique et exclusive est de mener des opérations de détection, d’investigation et de contrôle des activités illégales concernant le trafic aérien de narcotiques ».

Sur son site internet, l’ambassade des États-Unis affirme que le travail du FOL se limite au champ de la lutte anti-drogue et que les missions aériennes fournissent des informations pour les opérations d’interdiction maritime des gardes côtes étasuniens et des pays amis. Mais les militaires étasuniens n’interviennent pas directement dans les opérations et affirment que « l’information obtenue lors des vols anti-narcotiques qui décollent du FOL est analysée par la Joint Interagency Task Force South (JIATF-South), un organisme international et multilatéral basé à Key West en Floride. Cette force opérationnelle s’organise autour de plusieurs départements du gouvernement des États-Unis et dispose de fonctionnaires coordinateurs dans 12 pays, dont l’Équateur ».

De son côté, le commandant de la base aérienne Eloy Alfaro affirme que « l’information est un élément d’intangible qu’on ne peut manipuler. La valeur de cette information réside dans son traitement et de ce qu’il en fait par la suite. Je peux vous dire que si nous disposions de ces informations ici, elles ne nous serviraient à rien. Chaque information est en lien avec quantité d’autres éléments ».

Mais si l’information circule par les airs jusqu’aux États-Unis et que les militaires équatoriens n’ont pas la formation pour la traiter, puisqu’il s’agit d’une « technologie de pointe que nous ne maîtrisons pas », qu’arrive-t-il alors de l’information obtenue en territoire équatorien ? Dans quel but est elle recueillie ?

D’après l’ambassade des États-Unis, « en se basant sur l’information reçue du FOL et d’autres sources, la JIATF-South peut donner des recommandations aux autorités étasuniennes et latino-américaines afin qu’elles réalisent des opérations d’interception de narcotiques ». Sur la Fiche d’information de contribution du FOL de Manta à la lutte anti-drogues et à la population de la ville, il est stipulé qu’en 2008, « 822 missions anti-drogue ont été effectuées, 229 tonnes de cocaïne ont été saisies, pour une valeur qui aurait atteint 4,5 milliards de dollars à la revente dans les rues ».

D’après les chiffres du FOL, 1.800 tonnes de cocaïne auraient été saisies en dix ans. Ces données ne concordent pas avec les informations en possession du Conseil national de contrôle des substances stupéfiantes et psychotropes (CONSEP). Quand la Commission de l’Assemblée nationale l’a questionné à ce propos, l’attaché militaire étasunien a dû reconnaître que les quantités annoncées correspondaient aux résultats obtenus dans les trois FOL installés en Amérique latine et à des opérations menées dans onze pays différents.

Les médias nationaux, qui sont fréquemment invités à visiter le FOL, publient sans broncher les données que leur fournissent les militaires étasuniens. Pas un seul journaliste n’a eu l’idée de demander où se trouvait la drogue saisie, ou qu’en était-il des personnes détenues lors des opérations, de leurs jugements.

Or, les 1756 tonnes auxquelles l’ambassade fait référence représentent en moyenne des prises avoisinant les 15 tonnes par pays et par an, sur dix ans. L’efficacité de ces opérations est extrêmement réduite, elle est même ridicule, si on prend en considération le nombre de missions aériennes effectuées, l’importance du personnel affecté et les investissements réalisés. Si les militaires étasuniens sont tellement inefficaces pour ce qui est du contrôle du trafic de drogue, une question essentielle reste alors en suspens : qu’ont-ils fait pendant plus en dix ans de présence à Manta ?

Mais ce n’est pas tout, d’autres questions doivent encore faire l’objet d’enquêtes. Si la mission du FOL se limitait au contrôle aérien du trafic de drogue, pourquoi les militaires étasuniens ont-ils abordés, coulés et contrôlés des bateaux et des pêcheurs au large de Manta ?

Sur ce thème, le commandant du FOL affirme : « nous sommes compétents uniquement en ce qui concerne le contrôle de l’espace aérien, tout ce qui se passe en mer relève de la responsabilité de la Marine équatorienne, comme le stipule la convention ». Par conséquent, quel rôle a joué la Marine équatorienne dans les abordages, l’interception de bateaux de pêches ou d’embarcations transportant des migrants ? Quel a été le rôle des militaires étrangers cantonnés à Manta ? Voilà quelques questions auxquelles il est important d’apporter des réponses le plus rapidement possible.

La Commission des relations internationales et de la sécurité publique de l’Assemblée nationale a recueilli une masse importante d’information. Ce travail a visiblement été convaincant et une audience a été ouverte, pour que les actions des soldats étasuniens ne restent pas impunies, et également pour montrer l’exemple à d’autres pays qu’un peuple digne peut exercer sa souveraineté.

La Commission de l’Assemblée nationale aura la responsabilité de bien comprendre la dimension réelle des actions étasuniennes, et au-delà, elle devra établir des responsabilités politiques et pénales pour les dommages causés tant aux personnes directement affectées qu’à tout un peuple auquel des hommes politiques vendus ont imposé la présence d’une base militaire étrangère. La Commission va aussi devoir appeler à comparaître ceux qui ont rendu possible la signature de la convention. Enfin, quand tout ce travail aura été achevé, elle devra présenter un rapport [4] au président Rafael Correa pour que celui-ci transforme les conclusions en actes. C’est ce qu’attendent toutes les Equatoriennes et les Equatoriens qui défendent la paix, et l’ensemble des organisations qui cherchent à construire un monde sans armes et sans actions militaires.


[2] Au début des années 2000, l’Équateur a connu une vague d’émigration massive. Les nombreux migrants qui tentaient de rejoindre les États-Unis de façon illégale l’ont souvent fait dans des embarcations qui partaient de Manta. Les militaires équatoriens et ceux du FOL ont accru les contrôles en mer afin d’empêcher ces départs, et les autorités ont publié des interdictions de sortie en mer pour les bateaux qui se livraient à ce trafic humain. Mais ces contrôles ont aussi donné lieu à des abus, à des réglages de compte et à une importante corruption, qui ont conduit les autorités à interdire la circulation d’embarcations n’ayant jamais participé à ce business mafieux. [NDT]

[3] Le 15 janvier 2007, Guadalupe Larriva était nommée ministre de la défense du premier gouvernement de Rafael Correa. Le 24 janvier, elle décédait lors d’un vol d’entraînement de nuit des militaires équatoriens auquel elle avait voulu participer, depuis la base aérienne Eloy Alfaro de Manta. Les circonstances de l’accident n’ont pas été élucidées. Le 22 janvier, elle avait annoncé que l’Équateur ne renouvellerait pas la convention qui autorisait les militaires étasuniens à stationner et à mener des opérations depuis la base aérienne de Manta. [NDT]

[4] Ce rapport devait être remis le 15 juillet 2009 au président Rafael Correa par la a Commission des relations internationales et de la sécurité publique de l’Assemblée nationale.


credit: RFI, le routard

source: le grand soir

vendredi 24 juillet 2009

[2] Le début de la fin ? Menace de censure

Alors qu’au Venezuela, on « célèbre » le second anniversaire de la fermeture du canal RCTV, et qu’une autre chaîne est menacé à son tour en compagnie de 200 radios, Rafael Correa est en train de prendre exemple sur son collègue vénézuelien en ce qui concerne la politique médiatique.

Les Simpsons, danger public ? Du haut de son arbre où il a édifié sa cabane, Bart doit bien rire. C’est pourtant l’une des conclusions du CONARTEL, organisme de régulation des communications et des médias d’Equateur. Après le capitaine Wigum, voila Antonio Garcia, délégué du président à la tête de l’institution qui poursuit la terreur de Springfield. En compagnie de Sangoku, l’un des personnages de Dragon Ball Z, Bart Simpson est accusé de participer à un programme non adapté à la classe d’âge auquel on le destine. Pour cette raison, le CONARTEL envisage de l’expédier en dehors de la plage horaire familiale (6h – 21h) de la télévision équatorienne tout en menaçant ses diffuseurs de sanctions bien plus importantes.
Ces dernières semaines, Rafael Correa est en colère contre les médias. Le président n’a pas supporté la contestation de la part des médias dont il a été victime pendant la campagne électorale (ce qui ne l’a pas empêché d’être réélu au premier tour). Les médias de droite n’ont pas été complaisants envers le président équatorien. El Universo, journal de Guayaquil à diffusion nationale, avait prouvé à l’occasion d’une enquête, comment le président et l’alliance Mi Pais monopolisaient le temps de parole dans les médias publics. Le CSA local avait d’ailleurs dû réprimander le chef de l’Etat lorsqu’il utilisait son émission hebdomadaire pour critiquer ses adversaires.
Le crime de lèse majesté est venu de TeleAmazonas, principal canal indépendant et diffuseur des Simpsons. Une fois les urnes scellée alors que l’heure était au comptage des voix, les journalistes du canal 4 ont annoncé qu’un centre de comptage clandestin avait été découvert dans l’état de Guayas, ce qui laissait planer un doute sur la transparence des élections. L’information a été reprise par tous les médias avant qu’on s’aperçoive que l’info était bidon. Cet élément qui s’ajoutait à la ligne éditoriale clairement anti-Correa de la chaîne a été la goutte d’eau qui fit déborder le vase et le CONARTEL engagea une procédure de suspension d’émission à l’encontre de TeleAmazonas. A l’heure actuelle, la procédure est toujours en cours. Les salariés de la chaîne se mobilisent en compagnie d’une poignée de citoyen pour que l’indépendance vive.
Média menteur parmi la masse, TeleAmazonas mérite sûrement d’être sanctionné pour les bobards qu’elle raconte aux équatoriens, il est à se demander si une suspension est vraiment judicieuse. Automatiquement cela retiendrait l’attention des associations défenseuses des droits de l’homme du monde entier, Rafael Correa aurait tout à perdre d’une médiatisation mondiale similaire à celle que vécut Hugo Chavez lors de la suspension de RCTV. Le caractère « citoyen » de sa révolution recevrait par la même occasion un sacré coup de plomb dans l’aile.

jeudi 23 juillet 2009

Le début de la fin ? Le conflit avec les syndicats de l’éducation

Fin juin des problèmes techniques m'ont empécher de publier tous les articles prévus pour le blog. Le sujet restant d'actualité, je met à jour les publications avant de commencer le récit des déambulations sur la terre de Atahualpa et Francisco Pizarro.


Depuis sa première élection en 2006, Rafael Correa profite d’une vague de consensus qui jusque là l’avait porté dans tous ses projets de réformes. En 2007, la nouvelle constitution fut votée majoritairement par referendum, et sa réélection au premier tour des présidentielles cette année fut une nouvelle preuve de sa popularité. Cette réélection fut aussi les prémices de la contestation.

La révolution bolivarienne comme la conçoivent Chavez, Correa et Morales se construit avec les mouvements sociaux et une base populaire élargie. Evo Morales en Bolivie est arrivé au pouvoir grâce aux mouvements indigènes, aux syndicats et aux associations de producteurs de coca. Correa a fait de même dans son pays en utilisant les luttes ouvrières comme un tremplin.

En Equateur, le mouvement indigène a toujours soutenu le président en revendiquant son indépendance. Pachakutik, le principal parti indien fait partie de l’alliance gouvernementale mais ses représentants ainsi que ses électeurs font toujours valoir leur liberté de parole en distinguant politique nationale et gouvernance locale.

Chez les syndicats, les professeurs sont rentrés en conflit avec le gouvernement peu de temps après le 26 avril. La volonté présidentielle d’évaluer les compétences des maîtres n’est pas bien passée auprès des principaux concernés. Il s’agit d’une évaluation couperet qui implique une expulsion au cas où le professeur n’obtiendrait pas la moyenne. La mesure est radicale. Elle a le mérite de ne pas se montrer complaisante à quelques semaines de la déclaration officielle « Equateur, territoire libre de l’analphabétisme » tout en poursuivant la « révolution » au sein de l’Education Nationale, l’un des principaux objectifs du gouvernement de Correa. L’UNE, principal syndicat de professeur, s’est immédiatement opposé à cette décision qui relevait de « l’arbitraire » selon elle. Dans toutes les capitales provinciales, le syndicat a organisé des manifestations amplement suivies pour encourager l’évaluation de leur travail mais aussi la formation continue en cas d’échec. Le gouvernement a fait la sourde oreille et les premières épreuves ont eu lieu sur la Côte (dans les Andes, elles auront lieu en octobre). Il a aussi déployé une importante campagne médiatique pour faire barrage à la contestation. Sur tous les canaux de télévision et en particulier pendant les matchs de foot (pics d’audience), les spots se sont enchaînés pour rendre compte du travail du gouvernement en matière d’éducation tout en promouvant les actions futures. L’UNE intégrait par la même occasion la « mafia » anti gouvernementale (terme utilisé depuis le début pour caractériser les anciens dirigeants responsables de la dette extérieure, les instances corrompues, et ceux qui s’opposent à la « révolution citoyenne »).

Le bras de fer se poursuit entre les professeurs et le gouvernement mais ce dernier est en passe de gagner une bataille. La mobilisation s’est peu à peu essoufflée au fil du mois de juin face à la pugnacité du ministère qui n’a rien lâché pendant les négociations avec les syndicats.

credit photo: el telegrafo, juin 2009

jeudi 28 mai 2009

Or noir contre or vert

Une nouvelle contribution extérieure, rencontré sur le site du collectif RISAL (réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique Latine), écrit par Daniel Denvir. L'auteur revient sur le conflit qui oppose Rafael Correa et les indigènes à propos de l'exploitation minière et pétrolière en Equateur. L'article d'origine se trouve et a été publié le 3 mai.

En janvier, le pays a été secoué par des manifestations de masse contre l’exploitation minière à grande échelle.

En Équateur, il y a longtemps que les peuples indigènes et les campesinos (les paysans) demandent la nationalisation des ressources naturelles. Ces derniers temps, nombre d’entre eux exigent qu’elles ne soient plus exploitées du tout et bloquent les routes pour se faire entendre.

En réponse, le président Rafael Correa a traité les manifestants de « moins que rien » et d’« extrémistes ». Le gouvernement a fait arrêter certains des meneurs de ces protestations, qu’il accuse de terrorisme. En Amazonie, un leader a même disparu brièvement et est réapparu dans un hôpital de Macas, une ville amazonienne, blessé à la tête par une arme à feu. Des policiers ont également été blessés en tentant de démanteler les barrages.

En septembre, les électeurs équatoriens ont approuvé une nouvelle constitution soutenue par Alianza País, le parti politique de M. Correa. Le texte accorde notamment des droits à la nature et considère l’accès à l’eau comme un droit humain.

Mais Correa fait désormais pression en faveur de l’exploitation minière de métaux à grande échelle et, en janvier, il a obtenu du Congrès l’approbation d’une loi qui permettrait à des entreprises canadiennes, notamment les sociétés Kinross, Iamgold Inc. et Corriente Resources Inc, d’exploiter les ressources minières du pays.

Conjointement avec la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur (CONAIE), les mouvements paysans locaux et régionaux invoquent la nouvelle constitution pour déclarer illégale la loi sur l’exploitation minière. La CONAIE, qui représente en Équateur les peuples indigènes de l’Amazonie, des hauts plateaux et de la côte, est l’un des mouvements sociaux les plus puissants d’Amérique latine.

Dans une interview accordée avant la promulgation de la nouvelle loi, Marlon Santi, le président de la CONAIE, a accusé Rafael Correa d’être sous l’emprise des compagnies minières étrangères. « Nous nous demandons quels sont les intérêts en jeu ici, puisqu’il y a bien d’autres lois importantes sur lesquelles travailler. Nous nous opposons à la loi actuelle sur l’exploitation minière », a déclaré M. Santi.

Du boom pétrolier de la fin des années 1960 aux actuelles propositions d’extraction du cuivre, de l’or et de l’argent, l’exploitation des ressources naturelles est depuis longtemps source de conflits en Équateur.

Dans la province amazonienne de Zamora Chinchipe, au sud de l’Équateur, la compagnie minière EcuaCorriente, une filiale de Corriente Resources Inc., est soupçonnée d’avoir mis sur pied un groupe de pression favorable à l’exploitation minière composé d’indiens Shuar. La société Corriente n’a pas commenté les allégations que le journal canadien Dominion a été le premier à publier.

Le Front de défense de l’Amazonie [Yasuni depende de ti, NDB], qui représente les indigènes et les paysans, a intenté une poursuite de plusieurs milliards de dollars contre Texaco, accusant ce géant de l’industrie pétrolière d’avoir adopté des pratiques qui ont causé d’énormes dommages à l’environnement et rendu malades les résidents vivant à proximité des lieux d’extraction. Dans un rapport rédigé en 2008, un expert nommé par le tribunal a affirmé que les déversements de pétrole brut et l’abandon en grande quantité de liquides toxiques dans des centaines de puits non bouchés ont causé un grand nombre de cancers parmi la population et entraîné la disparition de tout un peuple indigène : les Tetete.

La pollution et les maladies qui découlent de l’extraction pétrolière sont à l’origine de l’opposition actuelle à l’exploitation minière industrielle. De plus, les expériences vécues par les opposants à l’exploitation minière dans d’autres pays latino-américains, comme au Pérou et au Guatemala, ont incité davantage les Équatoriens à résister.

Gonzalo Esp’n, un leader indigène ayant participé aux blocages des routes du mois de janvier dans la province andine centrale de Cotopaxi, affirme que le gouvernement devrait réguler l’exploitation minière à petite échelle et investir dans l’agriculture paysanne et durable.

Selon lui, « l’exploitation minière à grande échelle consiste simplement à permettre que nos ressources naturelles soient exportées vers d’autres pays qui nous les renverront sous forme de produits manufacturés. »

Les Intag, une communauté andine du nord, et les Sarayaku, une communauté amazonienne, ont montré comment résister. Depuis le début des années 1990, ces deux communautés empêchent les compagnies minières et pétrolières de s’implanter sur leurs territoires respectifs. Elles ont noué des alliances avec des groupes de défenseurs de l’environnement urbains et des groupes de soutien en Europe et en Amérique du Nord pour faire pression sur les entreprises étrangères et le gouvernement équatorien.

Le 24 janvier, dans son discours hebdomadaire radiodiffusé, quelques jours après les manifestations les plus importantes, Rafael Correa s’est engagé à poursuivre l’exploitation minière à grande échelle. « Il est absurde que certains veuillent nous forcer à rester comme des mendiants assis sur un trésor », a-t-il déclaré.

Les leaders indigènes et paysans sont en train d’envisager la possibilité de former une coalition en vue de rivaliser avec Rafael Correa aux élections du mois d’avril. Bien que la réélection du président soit pratiquement assurée [réélection le 26 avril, NDB], les militants espèrent gagner un certain nombre de sièges à l’Assemblée nationale de façon à accroître la visibilité du mouvement.

« La CONAIE continuera de lutter pour les droits territoriaux et contre la pollution de l’environnement », a déclaré récemment la confédération indigène. « Nous allons surveiller de près les concessions minières et dénoncer les cas pour lesquels il n’y aura pas eu de consentement préalable libre et éclairé, par tous les moyens disponibles, y compris les mécanismes internationaux. »

En Équateur, et dans les pays du Sud, ce sont souvent les peuples les plus opprimés qui résistent à l’exploitation minière et expriment une nouvelle manière de concevoir le développement durable.

Pour Susan, une militante Kichwa adolescente, les peuples indigènes de l’Équateur sont en train de s’unir pour continuer d’avoir accès à l’eau propre dont dépend leur survie.

« Nous sommes en train de prouver que nous ne sommes pas des moins que rien », dit-elle. « Nous sommes un peuple entier qui se bat. »

crédit photo: Philippe Revelli Photographe de talent et de lutte. Très vives recomandations pour visiter son site et en particulier son travail sur l'exploitation pétrolière dans l'Oriente équatorien.

mercredi 29 avril 2009

Enquête sur la face noire de Petroecuador

Enquête sur la face noire de Petroecuador (MEDIAPART)
Vidéo envoyée par earthwithoutoil

Alors que la planète commence à réfléchir à l'après-pétrole, les pays qui possèdent des réserves d'or noir continuent de les exploiter à n'importe quel prix. L'Equateur, dont le président Rafael Correa vante par ailleurs son credo écologique, persiste à forer dans la forêt amazonienne, au mépris de l'environnement et des populations locales. Une vidéo de Mediapart.

L'exploitation du pétrole en Equateur reste l'un des sujet clefs que le president de la République doit gérer. La question est de savoir s'il faut ou non utiliser les ressources de matières premières du pays au détriment de l'environnement et de la santé de la population. A l'heure actuelle, le gouvernement est largement en faveur d'une exploitation nationalisé mais les associations se mobilisent pour empécher une utilisation qui a déjà fait ses preuves en terme de conséquences néfastes (un procès contre la Texaco n'a toujours pas pris fin).
Cette vidéo accompagne l'enquète qui se réalise en ce moment même à Guano sur le pollution de la rivière.

lundi 27 avril 2009

Election Equateur 2009: Rafael Correa réélu président de la république

Réaction à show suit en direct les résultats de cette journée multi élection en Equateur. Au fil de la soirée, les résultats des différents scrutins seront diffusés.

17h42: Les bureaux de vote ont fermé à 17h. L'heure est au dépouillement à Guano et en Equateur. Les résultats seront communiqués officiellement entre 22h et 23h.
La télévision annonce une première enquète d'opinion qui donnerait Rafael Correa vainqueur au premier tour avec 55% des voix. Les sondages sont à prendre avec beaucoup de précaution.


17h50: Après une campagne rythmé mais indigente intellectuellement, deux "jours de réflexion" (dénomination officielle) ont été instaurés. Cela consiste à laisser les indécis à réflechir en paix. Plus de campagne et c'est comme si ce qui venait de se passer depuis un mois n'avait pas existé. Respect total, les voitures ne roulent même plus avec leur drapeaux. Et pour que rien ne détourne l'attention des citoyens, on instaure une lois sèche qui interdit à tous les bars de vendre de l'alcool. Riobamba n'est plus que le fantôme d'elle même pendant la soirée. Pas un chat dans les rues.
A Guano, le décès d'un candidat de la liste 40, Mouvement juste et solidaire, a assombrie les dernières heures de la campagne électorale. L'enterrement a eu lieu ce dimanche.

17h57: Le journal El Comercio annonce sur son site que Correa gagnerait avec 56% tandis que Lucio Gutierez serait deuxième avec 29%, Alvaro Noboa troisième avec 9% et Martha Roldos (liste 29, RED) 4%. Les autres candidats n'auraient pas plus de 3% réunis.


18h05: Le journal quiteño annonce aussi l'élection que Augusto Barrera (liste 35, MI PAIS, parti de Correa) à la mairie de Quito et la rélélection du conservateur Jaime Nebot à la mairie de Guayaquil.

18h31: Quelques photos de la journée dans un bureau de vote de Guano





























18h45: Telesur publie la vidéo de la conférence de presse donné par Rafael Correa qui remercie ses électeurs et se félicite qu'enfin l'equateur élise un président au premier tour quand on sait que les sept derniers n'ont pas fini leur mandat. "Aujourd'hui est un jour de joie et de remerciement". Il promet de poursuivre la révolution citoyenne et les ouvrages pour le développement de l'Equateur et promet toute son attention aussi à ceux (plus ou moins 54%) qui n'ont pas voté pour lui. Il termine son discour par une citation du Che "Hasta la victoria siempre".

19h10: L'AFP via Romandie.com nous apprend que Lucio Gutierez ne reconnait pas sa défaite tant que tous les buletin ne seront pas dépouillés. Il dénonce des fraude et "une guerre de l'information".
Reuters publie la dépèche où Correa revendique sa victoire.

19h22: Selon certaines informations, Mi PAIS, parti de Rafael Correa, remporterait la mairie de Riobamba. Le candidat, Juan Salazar l'emporterait sur Fernando Guererro, candidat à la réélection de la liste 65-66, du parti Amauta Yuyay.

19h40: Estimation du journal El Comercio en vue de la future assemblée (120 sièges à pourvoir). En gras la probable future majorité.
MI PAIS: 61 députés et majorité absolue
Sociedad Patriotica, liste 3, 21 sièges
PSC, Liste 6: 6 sièges
PRIAN, liste 7: 4 sièges
Movimiento Patria y democracia, liste 15: 7 sièges
Municipalista, liste 24: 4sièges
Autres: 13 sièges
Reste à déterminé 3

19h45: Le parti du président de la République remporte la région Azuay, où se situe Cuenca, troisième ville du pays.

19h56: Une vidéo trouvée sur YouTube qui explique le fonctionnement électoral équatorien (en espagnol sous titré en anglais). Issue d'une webtv de Vilcabamba créée par une journaliste française: Nathalie Duffau





21h30:
C'est un triomphe pour Correa et son parti. MI PAIS remporte 9 des 24 provinces de l'Equateur. Quatre reviennent à des alliés politiques, soit un total de 13 pour la majorité présidentielle.

21h44:
Il reste de nombreuses urnes à dépouiller et les résultats officiels ne seront connus que tard dans la soirée. Compte rendu complet demain.


28/04: Vidéo de Rafael Correa, datant de dimanche soir, revendicant sa victoire.



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vendredi 24 avril 2009

Election Equateur 2009: Fin de campagne

La campagne électorale en vue du scrutin de dimanche s'est terminé ce jeudi soir.

Les candidats ne peuvent plus désormais faire leur propagande et leur sort est entre les mains des électeurs. Le journal "El Comercio" titrait sa Une hier "une campagne électorale sans idées se termine". En effet il a plus été question de rivalité personelles que de débat de fond.
Le dernier événement de taille dans la province du Chimborazo fut une marche gigantesque (estimation personnelle entre 50 000 et 70 000 personnes) de soutien à Rafael Correa et son parti (Mi País, liste 35) ainsi qu'à son allié le parti indigène Patchakutik (liste 18). Des militants, principalement natifs, sont venus de tous les cantons alentours pour soutenir le président en poste, son poulain, Juan Salazar, candidat à la mairie de Riobamba et Mario Curicama, candidat à la présidence de la région.

Rendez-vous est donné dimanche aux électeurs équatoriens. Réaction à Show suivra aussi les élections et fera partager les résultats au fur et à mesure des annonces.

jeudi 23 avril 2009

Election Equateur 2009: La caravane passe

Alors que la campagne officielle prend fin jeudi soir, tous les candidats se mobilisent dans un sprint final des plus visibles.

La campagne avait été des plus tranquiles. Des mégaphones qui hurlent toute la journée mais des candidats invisibles. Les réunions se faisaient entre simpatisants et pas de publicité n'entourait leur organisation.
A Guano, les hostilités ont réellement commencé samedi dernier avec la tenue d'un meeting par le candidat de la liste 3, représentant de l'ancien président Lucio Gutierez. Sur la place centrale de la commune s'est montée une estrade et la nuit venue le candidat s'est présenté aux sympatisans venus. On a évoqué la forme et non le fond, on n'oublie pas la démagogie électorale en de telles occasion et on promet encore et toujours une éducation plus forte, des infrastructures de qualités, et une revalorisation économique du canton.
Depuis les autres candidats ne font relache. On recrute dans toutes les communautés du canton et d'en dehors. Des cortèges de voitures s'organisent et les militants parcourent le canton dans son intégralité pour prouver aux indécis et aux adversaires leur force numérique. Les routes sont envahis par des caravanes de 30 à 50 voitures tous drapeux sortis et la sono au maximum. On klaxonne à volonté quelaue soit l'heure. Hier soir, 21h passée, Edgar Alarcon et ses supporters de la "Izquierda Democratica", liste 12, ont débuté un défilé pour se rendre dans une commune proche de Guano. Ce mercredi soir, le candidat d'Alvaro Noboa, liste 7, organise un meeting avec orchestre sur la place principale de Guano.
Les 24 heures qui viennent risquent d'être pénibles pour les habitants des environs qui vont devoir supporter la même musique que depuis un mois à des volumes encore jamais atteint. Le discours n'évoluera par contre pas: "Nous travaillerons pour Guano jours et nuits, Nous sommes tous guaneño. Guano, ma commune adorée."


credit photo: perso, l'un des véhicules de la caravane de la liste 7

mercredi 22 avril 2009

Election Equateur 2009: La place du chef

Le premier tour des élections présidentielles, parlementaires, régionales et locales a lieu dimanche prochain. Si la campagne électorale a été évoquée à plusieurs reprises depuis début mars, jamais le nom du président actuel de l’Equateur n’a été cité. Aucun traitement de faveur, seulement un retard comblé maintenant.

Je rêve d’un Equateur sans misère, sans émigration ; un Equateur sans
enfant dans la rue où tous et toutes, sans opulence mais dignement avec un
niveau de vie élémentaire, puissent vivre heureux ; mais ce n’est pas
un homme qui va délivrer l’Equateur, c’est un peuple entier. Si je peux être le
facilitateur pour ce changement, alors je le serai, pour que, ensemble, faire
avancer la patrie. Tu décides entre le passé obscur et cette magnifique
révolution citoyenne.



En 2006, la révolution citoyenne commença par la mise en place de l’assemblée constituante et la rédaction de la nouvelle constitution. L’approbation de cette même constitution déclenche aujourd’hui le renouvellement de l’ensemble du corps électoral équatorien. Fort de l’engouement populaire qui l’a accompagné jusque là, Rafael Correa souhaite poursuivre dans cette voix.
Deux ans plus tard, dans ses tracts politiques, il rappelle les erreurs de ses prédécesseurs : la dollarisation, l’inflation, la corruption, l’aide à l’hégémonie des Etats-Unis, le paiement de la dette extérieur au détriment des programmes de santé ou d’éducation… « La patrie était séquestrée » « Pour eux, le peuple était invisible », « La Révolution citoyenne naquit et la patrie revint pour rester. »
Un Equateur nouveau est né, un Equateur qui n’oublie personne, qui donne les mêmes chances à tout le monde, qui exploite de manière raisonnable et égalitaire les ressources économiques dont il dispose, qui se fait respecter sur la scène internationale. Le tract rappelle qu’il n’est plus nécessaire de payer pour entrer à l’école, que le gouvernement aide les agriculteurs en contrôlant les prix, que les droits à la sécurité sociale ont été élargis, que la justice est aujourd’hui libre, que le gouvernement combat les Farcs et cela malgré « la permanente agression » du gouvernement colombien.

Rafael Correa n’est pas l’homme qui changera l’Equateur, ce n’est qu’un individu que l’on a désigné pour diriger la « Révolution citoyenne » qui s’opère dans le pays. Ce n’est qu’un rouage au service du peuple. « Nos idéaux, notre patrie, notre lutte, nos rêves », « La révolution citoyenne est de tous et rien ne la détient ». Le président est transformé en allégorie travailleuse, combative, et proche du peuple. Son visage est transformé en grafiti qui ressemble étrangement à l’image du Che, tirée du portrait de Korda. Jamais la première personne du singulier n’est utilisée. Le « je » disparaît au profit du « nous ». Ce n’est pas le combat d’un homme qui est exprimé dans sa propagande mais celui d’un peuple et cela malgré la personnalisation maximale de la campagne. Le vice président est totalement effacé et chaque candidat du parti « Mi pais » pose en photo à coté de l’actuel président.
Il est fort probable que Correa soit de nouveau réélu dimanche. Le défi pour son parti sera d’obtenir la majorité des 120 sièges de députés. En 2006, « Mi Pais » avait boycotté ces élections pour donner du crédit à l’idée de l’assemblée constituante. Aujourd’hui, avec entre ses mains une constitution qu’il a écrit, il a besoin d’une majorité législative pour mettre en place la suite de son programme.


credit photo: perso, mars 2009 Riobamba mercado San Francisco, visite de soutien local aux candidats du Chimborazo

vendredi 10 avril 2009

Election Equteur 2009: Le combat des chefs


En Equateur, on ne convaint pas les électeurs de voter pour nous: La politique n'est pas une affaire d'argumentaire mais de présence de générosité et de mise en page.

En France, les élections sont l'occasion des coups bas et des révélations de jeunesse. On parle aussi, parfois de projet de société et des années à venir. En Equateur, tout est beaucoup plus simple, la politique, ce ne sont pas les idées mais le pouvoir et l'argent. On utilise donc des méthodes plus que douteuse pour s'en emparrer.
Le prix de l'originalité revient a Lenin Sanchez, candidat du PRE- liste 10 (parti qui se revendique de centre gauche, comme tout le monde ici mais qui penche plus surement vers l'extrème droite) candidat à un poste de conseiller municipal à Quito. Le jeune homme en appelle à la revolution des pauvres et pour l'éradication de la délinquance. Tout un programme! Sur ses affiches de propagande, le candidat y va fort, le doigt pointé vers le lecteur, son nom s'inscrit dans une chauve souris type Batman. Gotham city tremble et Quito rigole mais cela est révélateur d'une chose: toutes les techniques sont bonnes pour gagner des voix et pour cela on peut faire appel à certains procédés même s'ils relèvent plus du magasin de jouet que de l'arène politique.
Les élections sont aussi une grande braderie. un peu d'arrivisme permet d'économiser sur certaines de dépenses. On trouve de tout dans les rayons des élections: allumettes, t-shirt, on peut se faire inviter à diner lors des réunions électorales toutes accompagnées d'un casse croute et d'un verre de liqueur. Avant le match Equateur/Brésil, les partisans de Antonio Ricaurte (parti municipaliste- liste 24) distribuaient aux supporters des ponchos et des bouteilles d'eau aux couleurs du candidat pour résister aux prochaines heures sous le cagnard et la pluie. Qui a dit que l'on achète pas ses électeurs? Alvaro Noboa a d'ailleurs été pris au piège de la corruption. L'homme le plus riche d'Equateur ne brille pas par son goût de la justice social dans ses plantations de banane par contre il a fait preuve pendant plusieurs années d'un altruisme sans limite lors des élections présidentielles. Avant que la justice ne le condamne, Noboa avait pris l'habitude de silloner le pays en distribuant des colis avec les produits de base de l'alimentation équatorienne. Aujourd'hui, il lui est interdit de faire des cadeaux de la sorte à ses futurs électeurs mais il continue toujours ses dons en échangent d'une somme maudique aux alentours de 10 cents$.
Et puis, il y a Lucio Guteriez, l'ancien président à gallon. Le militaire mise sur une amnesie générale de la population. Rappelons nous qu'il fut responsable de la dollarisation et a entrainé la plus grosse crise inflationiste du pays. A cheval sur son char, l'homme ne se démonte pas et les candidats promettent "Pour que les prix baissent de nouveau", "Avec Lucio, les choses étaient moins cheres".
Pendant encore 15 jours, on va se battre à coup de slogan et de pancarte pour essayer d'obtenir les votes de ses concitoyens. 15 jours encore d'indigence intelectuelle pour gagner enfin le pouvoir et la rente qu'il procure.


credit photo: perso, photo du journal el comercio avec un bus aux couleurs de Lenin Batman Sanchez