lundi 17 décembre 2007

Quand la presse se déchaine


Quel journaliste est capable d’écrire les propos qui suivent ? Quel journal est capable de les publier ?
« L’une des particularités de l’homme occidental chrétien est sa capacité à culpabiliser pour les souffrances que ses ancêtres ont imposé à d’autres peuples. Des romains aux grecs, des huns aux wisigoths, des mayas aux aztèques, des tupis aux ianomamis, aucune civilisation orale ou bien connaisseuse de l’alphabet n’a laissé dans ses écrits ou dans la tradition orale les lamentations de ses conquêtes acquises grâce à l’usage de la violence. Cette conscience est le fait de la modernité.»
Finkelkraut ? Non, un autre exemple .
« Par ses convictions idéologiques, le Che a, avec certitude, sa place dans le même tas d’ordure où l’histoire a déjà entreposé d’autres théoriciens et praticiens du communisme comme Lenine, Staline, Trotsky, Mao et Fidel Castro. »

Régis Debray ? Vous séchez ?

Ces phrases sont extraites de Veja, hebdomadaire le plus diffusé du Brésil avec 1,5 millions d’exemplaires chaque semaine, journal de référence pour une bonne partie de la population et pour les étudiants de la Faculté de communication de l’UnB.

Ce journal, dirigé par Roberto Civita, est l’organe de propagande de la droite conservatrice paulista. Totalement partiaux et violents, ils se battent férocement pour que la minorité, à laquelle ils appartiennent, puisse garder ses privilèges. La gauche, le terrorisme, les musulmans sont des ennemis du système que les rédacteurs se chargent d’assassiner à chaque édition. Ce sont eux qui, en 2006 lors des élections présidentielles, ont imprimé un autocollant avec une main à 4 doigts barré par une croix (référence aux 4 doigts qui restent à l’une des mains de Lula). Ils ne reculent devant rien pour enfoncer leurs adversaires surtout pas la diffamation.

Leur marotte du moment : Hugo Chavez, président du Venezuela (bien entendu !). L’homme est charismatique, radical et de gauche. Trois raisons d’être détesté par la rédaction de Veja. Ces dernières semaines, il a été traité de « stupide », « idiot », « dictateur ». Le lendemain du refus du plébiscite, ils écrivent enthousiates: « Malgré le bourrage des urnes et la fraude électorale, Chavez n’est pas parvenue à remporter son referendum. »

Dans ses conditions leur idole ne peut se nommer que N.S. Pendant les grèves de novembre, l’aplatventrisme fut total. L’homme à la main de fer a mener ce combat là où il devait aller : c'est-à-dire à sa perte : « stratégie extraordinaire », « grévistes privilégiés refusants l’égalité de traitement avec les autres salariés », « étudiants manipulés par des groupuscules d’extrême gauche »… Le ton oscille entre la propagande de l’UMP et celle d’Alternative libérale.

L’agressivité n’est pas limitée à la politique internationale. Le MST (mouvement des sans terre), bouc émissaire de la presse brésilienne en général, est considéré comme une organisation terroriste par Veja. Au début d’un article sur les cours de réforme agraire dans les universités fédérales, la journaliste répand son poison : « les cours commencent par une espèce de mise en scène théâtrale pendant laquelle les sans terre proclament la lutte contre la classe dominante. » Le journal tombe des mains du lecteur. La violence et le mépris transpirent dans chaque virgule. Le Figaro et Valeurs Actuelles paraissent bien pâles, je ne sais même pas si Minute (je ne l’ai jamais lu) leur arrive à la cheville.

Je vous épargnerai le reportage à l’occasion des 40 ans de la mort de Ernesto Guevara intitulé simplement « la farce du héros, les vérités dérangeantes sur le mythe du guérillero altruiste. » Il faut chercher dans les publications les plus obscures des deux extrêmes français pour lire une telle haine de l’autre.

Veja est ce qui se faire de pire dans la presse brésilienne malheureusement le reste n’est pas plus réjouissant. Sans être aussi extrémistes, les autres journaux reproduisent avec dextérité l’idéologie libérale au fil des pages et l’alternative n’est considérée qu’avec mépris. Le pluralisme est inexistant. Le constat est le même quelque soit le pays.





credit photo: montage de candela.blogger.com.br. Traduction: "Veja ment, veja ne respecte pas le lecteur, veja manipule, veja distorce. Ne vous abonnez pas et n'achetez pas Veja". Ce blog publie une lettre de l'ambassadeur du Venezuela au Brésil adressée à Roberto Civita. Le texte est en portugais mais on peut aisément le comprendre. http://www.candela.blogger.com.br/2006_02_01_archive.html

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