vendredi 8 juin 2007

Hervé morin en Interview exclusive


Réunion publique Hervé Morin, Thiberville, 20h45

Le néo ministre de la défense arrive en terrain conquis dans la salle des mariages de la mairie de Thiberville. Tout le monde l’appelle « Hervé », il faut dire que c’est « le ‘tit gars d’Epaignes » qui rend visite à ses concitoyens à quelques jours du premier tour de l’élection législative. Avant de dire un mot au micro, H.M entame un tour de salle, une poignée de main pour les hommes, la bise pour les dames : tout le monde y a la droit. L’ambiance est bonne enfant et le député s’attend à une soirée des plus tranquilles. Ce n’est ceux qui l’on vu grandir qui vont lui mettre des bâtons dans les roues.

A la porte, trois gorilles, pistolet en poche, assurent la sécurité. (je n’ai pas réussi à savoir qui les rémunérait)

Au micro, H.M laisse les mots des ministères à la porte. Entre amis on peut utiliser la langue des charretiers. Il distille un humour graveleux et s’en prend tour à tour à Guy Paris (maire de Thiberville), Hervé Maurey, et Raymond Fauqueux (maire de Courbépine). La star de la soirée c’est lui et personne ne doit lui faire de l’ombre.

Il commence son allocution en entonnant le refrain « la France a peur ». Roger Gicquel n’est pas loin. Le but n’est pas dissimulé : assommer la salle avec des chiffres impressionnant et une situation catastrophique en faisant référence à de multiples reprises à la seconde guerre mondiale et au général de Gaulle. Les anciens combattants présents dans la salle et ceux qui se souviennent de 45 apprécieront. « Le gouvernement Sarkozy est un gouvernement de rassemblement à l’image de celui constitué en 58 par le général de Gaulle. » « Le constat que VOUS partagez est que la France est dans l’ornière. Nous souhaitons résoudre ce probème par une politique sans idéologie mais avec pragmatisme.» L’heure est à la dramatisation : la salle est asphyxier par la dette. Plus de onze mille milliards d’euros repose, tel un couperet, au dessus de la tête de nos enfants. Sarko va arranger tout ça en reformant la fiscalité, le temps de travail, les universités, et l’administration. H.M se pourfend de quelques citations présidentielles : « Vous avez l’obligation avec votre administration de respecter et d’appliquer mon programme. »

Le public qui n’avait pas l’impression de vivre dans un pays du tiers monde est estomaqué. Y’a t-il des questions ? Votre serviteur se lance.

Question: "Etes vous à ce jour encore membre de l'IRIS(Institut de recherche internationale et stratégique)? si oui, comptez vous démissionner de ce poste (ou celui de ministre de la défense) puisque vous êtes au centre d'un conflit d'intérêt? En effet l'IRIS est l'un des mandataires du ministère de la défense pour des études stratégiques militaires. Des relations commerciales existant entre deux parties au sein des quelles vous prenez part, il ne me semble pas très légal que vous conserviez les deux sièges."

Réponse : " Merci de me rappeler que j'étais membre de l'IRIS. N'ayant assisté qu’à un seul CA en trois ans, je ne m'en souvenais plus. La France ne dispose pas d'un réseau de recherche stratégique et militaire à la hauteur de ses ambitions mondiales. Je souhaite réformer ces instituts de recherche en les mutualisant tous pour n'en faire qu'un seul qui soit performant. Ce sont des organes assez statiques qui engagent tous les anciens ministres de la défense pour noyauter leur fonctionnement. La France doit disposer d'une recherche militaire équivalente voir supérieure à ses confrères européens et mondiaux."

Question: "De quel poste allez vous démissionner?"

Réponse: "Bien sur je vais démissionner de mon poste à l'IRIS."

Question : « Au mois de mars, vous vous êtes prononcé dans l’Eveil de Pont-Audemer, contre « la République des copains ». Ces dernières semaines vous nommez Hervé Maurey à votre cabinet au ministère de la Défense et vous parachutez des membres de votre entourage dans plusieurs circonscriptions françaises. Comment expliquez vous cette antagonisme entre les mots et les faits ? »

H.M : « A ce que je sache le ministre est encore le seul maître pour les nominations au sein de son ministère. J’ai souhaité nommer une personne qui connaisse le terrain plutôt que quelqu'un débarqué de nul part. En ce qui concerne les législatives, ma femme, mon neveu, mon frère, ma secrétaire ou mon chauffeur sont des citoyens comme les autres et ils ont le droit de se présenter à une élection comme quiconque. Nous avons créé un parti en trois jours et il a fallu faire avec les bouts de ficelle. Cependant je puis vous assurez de leur volonté personnelle de s’engager politiquement. Lorsque j’observe les candidats dans la troisième circonscription, il y en a six à qui il a fallu un GPS pour trouver Bernay. Ce que nous avons fait, à cause du règlement du financement des partis politiques français, tout le monde le fait. Le MoDem, auquel vous semblez appartenir (SIC, SIC, SIC), utilise les mêmes pratiques.(la candidat MoDem, Philippe Raviart habite Bernay depuis 4 ans) Vous allez voir que Mme Zanon (candidate PS, PRG, MRC) qui débarque de Boulogne Billancourt va repartir lundi matin en s’étant pris une branlée. Même Courel (dissident PS) va la battre. »

Pierre Espaldet (président de la communauté de commune de Thiberville) : « Elle finira marchande de bonbons à Boulogne ! »

(on notera qu’il ne répond pas à la question)

La salle pose des questions.

« Allez vous rétablir le service militaire ? » (sic)

Applaudissement nourris dans la salle (SIC)

H.M : « Malheureusement, c’est impossible. Je n’étais pas favorable à sa suppression en 1997 mais il en a été autrement. Il faut reconnaître qu’il avait deux vertus principales : il montrait à ceux issus des beaux quartiers que la France n’étais pas faites que de paillettes, et il remettait les idées en ordre à ceux qui partaient dans tous les sens. Aujourd’hui le rétablissement est impossible puisque la France a cédé de nombreux bâtiments que l’armée possédait. Il y a eu une réorganisation qui ne permet plus d’accueillir les nouvelles recrues. Et puis cela coûterait beaucoup trop d’argent. Par contre Nicolas Sarkozy, tout comme François Bayrou, s’est prononcé en faveur du service civil volontaire. «

« Quels sont les futurs projets militaires français en terme d’armement (Rafale, second porte-avion…) ? »

H.M : « Je dépend d’un homme qui ne s’est pas encore exprimé clairement à ce sujet. Je ne puis en dire plus. Nous allons sûrement entamer la rédaction d’un livre blanc sur l’armée duquel découlera une loi de programmation militaire. »

« Quelle politique allez vous adopter face à l’immigration ? »

H.M : « Il est nécéssaire de ne pas accueillir toute la « misère du monde », je me permet de reprendre une expression de Michel Rocard. Il va falloir modifier le regroupement familial. Vous pourrez installer tous les miradors possibles à vos frontières, cela ne sert à rien si la misère persiste de l’autre coté. Tant que des jeunes n’ont aucun moyen de se projeter dans l’avenir dans leur pays d’origine et qu’ils n’ont rien à manger, le problème ne sera pas résolu. Il faut mettre en place ce que les américains ont fais pour nous à la fin de la seconde guerre mondiale : un plan Marshall qui aide les pays à se relever. Il faut un véritable co-développement avec les pays africains pour qu’il n’y ait plus de perte humaine dans le sable du désert.

« Que comptez vous faire pour la médecine en milieu rural ? »

H.M : « Il faut relever les numerus closus en première année de médecine au niveau régional. On constate que les jeunes s’installent le plus souvent dans la région où ils ont étudié. Et puis il faut repenser la répartition des actes médicaux pour soulager le travail des généralistes. Aujourd’hui, on fait faire aux généralistes des actes que les infirmières réalisent ailleurs en Europe comme le renouvellement d’ordonnances, les vaccins ou les check-up mensuels. »

« Qu’est il prévu pour nos retraites ? »

H.M : « Le pouvoir d’achat des retraités a baissé de 10 à 15% en 10 ans. Nicolas Sarkozy a prévu d’augmenter les petites retraites de 25% (gronde de mécontentement dans la salle). C’est un sujet majeur pour les 20 prochaines années mais on y arrivera plus facilement que l’on croit. S’il y a moins de chômeurs, il y aura plus de cotisations pour les retraites. Il y a aujourd’hui 4 millions de chômeurs (en réalité, il n’y en a plus que 2 millions officiellement répertorié par l’ANPE), notre politique va permettre de résorber ce problème pour faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’état et financer vos retraites. »

« Qu’en est il de la franchise sur les frais de santé ? On prend toujours l’argent chez les même, on en a marre ! »

H.M : « La santé devient une consommation pour certaines personnes quand c’est une nécessité pour d’autres. Le système ne doit pas être identique pour tout le monde. Ca ne me choque pas de payer 40 ou 50 euros par an pour être soigné. On peut bien se priver de restaurant ou de pinard pour rester en bonne santé. Ce plafond doit varier en fonction des ressources. Et puis, nous pouvons réaliser de grandes économies dans la santé notamment avec le dossier personnel informatisé qui pointera les abus de certains. »

Je reprends la parole pour les deux questions suivantes.

« Le 1er ministre a demandé à ses ministres d’être confirmés dans leur fonctions de député pour recevoir l’approbation du peuple. Que ferez vous si vous n’êtes pas réélu puisque vous serez sur la sellette au ministère de la défense ? »

« Si je ne devais pas être reconduit dans mes fonctions de député. Je serai obligé de quitter le gouvernement. Je continuerai de m’investir dans la vie politique locale en tant que maire de Epaigne et président de la communauté de commune. Depuis le temps que je le dis, j’ouvrirai mon restaurant et je m’occuperai de mes chevaux. Mais il faut que vous sachiez qu’en tant que député, je resterai le chef de la circonscription. Désolé Marc (son suppléent). J’essayerai d’être présent un à deux week-ends par mois lors d’évènements et j’essayerai que mes fonctions servent le territoire. »

« Vous associerez vous au sabotage de l’université et de la recherche comme il a été pratiqué depuis plusieurs années par les gouvernements successifs (LMD, Fillon, reforme de la recherche et CPE par extension) ? »

H.M : « L’université française manque de moyens. Un étudiant français dispose de 2000 € de moins que ses homologues européens. Ensuite, il faut stoppé le gâchis de la première année avec des étudiants qui quitte l’université sans diplôme. Il faut améliorer l’orientation en fin de terminale pour que on n’observe pas des engouffrements vers des sections sans avenir comme psycho ou socio. Nous souhaitons rationaliser le système et injecter 1 milliards d’euros sur 5 ans. Les laboratoires doivent lier des partenariats avec les entreprises pour se financer. Il est inaceptable qu’il y ait une seule université française parmi les 100 meilleures du monde. Nos voisins fonctionnent avec ce système je ne vois pas pourquoi nous devons nous en passer. Il faut sortir du cloisonnement idéologique qui dresse un mur entre privé et public. »

Toutes les questions de la soirées n’ont pas été retrancrites ici par contre les termes sont exactes. La trivialité de certains mots a été conservée pour conserver l’authenticité du discours. En deux heures de réunion, H.M nous a prouvé qu’il s’était glissé parfaitement dans son nouveau costume de sarkoziste à l’exception de la carte scolaire à propos de laquelle il émet des réserves quant à son application en milieu rural. Plusieurs fois il a été mis en difficulté par le public sur les retraites, les droits de successions, et l’ensemble de la politique sociale et de santé du gouvernement. Il fut surpris par les questions de défense, sujet peu aborder par ses électeurs lors des précédentes années. On remarquera que les sujets nationaux ont supplanté les enjeux locaux. Jamais on ne parlera pas de l’hôpital de Bernay ou Pont-Audemer, ni du tribunal d’instance de Bernay, ni de l’usine de bio carburant qui doit être implanté à Thiberville.

Pascal Bonniface, directeur de l'IRIS a été informé des propos tenus au sujet de son institut de formation. Sa réponse dans les commentaires

credit photo: leroiestmort.canalblog.com

2 commentaires:

Marie-Noelle a dit…

Bravo et merci pour cette belle démonstration! Désormais Monsieur Morin devra faire encore plus preuve de vigilance avant de distribuer ses cartes d'invitation...Nul doute que son chef lui donnera tout pouvoir pour faire taire ses opposants.

FanFan a dit…

Voici la réponse de Pascal Boniface lorqu'il a eu vent de la réponse de morin quant à l'IRIS.

monsieur
je partage votre souci de transparence. Je note en tous les cas que vous vous interessez de tres pres a l'iris et espere que votre curiosite est tous azimuth.Je dois cependant rectifier quelques erreurs materielles de votre propos
L'iris benificie de contrats depuis fort longtemps aupres du ministere de la defense et bien avant l'arrivee de mr morin a la tete du ministere,comme d'aillerus comme d'ailleurs les autres centres de recherches.Pendant longtemps les centres de recherches avaient d'une part une subvention de fonctionnement,et de l'autre une convention pour realiser des etudes a la demande du ministere.Cette procedure a ete supprimée et desormais toutes les etudes sont attribuees par la procedure d'appels d'offre, tres etroitement encadrée.
Pour eviter tout soupcon il est peut etre preferable qu'un ministre ne soit pas menbre du conseil d'administration d'une association en relation avec son departement ministeriel.Mais ce qui compte surtout c'est la pertinence de l'action et du travail des centres et le controle des marches.
sachez pour votre information que nous venons d'avoir un controle de la cour des comptes qui va se traduire apr un rapport tres positif sur notre gestion
bien a vous
pascal boniface