jeudi 12 novembre 2009
Retour en image sur le festival d'Ozogoche
mercredi 23 septembre 2009
Panorama souvenir
mercredi 2 septembre 2009
Perenco, Main basse sur le sous sol équatorien
Hier soir, à Riobamba, a été projeté le documentaire équatorien "Al cielo abierto". Le festival de film documantaires "Cinema y Patrimonio" avait fait venir ce film qui traite de la lutte populaire contre l'instalation de mines à ciel ouvert à proximité de leurs communautés dans l'est équatorien.
La vidéo de Mediapart, elle revient sur l'exploitation pétrolière: un autre conflit entre multinationales minières et militants écologistes.
jeudi 27 août 2009
Tableaux d'une exposition


Il s'agit d'une représentation de la société et du monde Incas. Je ne vais pas m'aventurer à donner un cours d'histoire de l'art, seulement expliciter tous les symboles.
Tout en haut, trois étoiles qui dominent l'univers et un ovale "Pachayachani": "celui qui connait la terre". Une représentation divine créatrice du monde. Ce dieu est entouré du soleil et de la lune, deux entités vénérées par les incas. Le soleil est accompagné du levé du soleil tandis que le coucher du soleil est situé sous la lune.
En dessous on trouve l'été et l'hiver, puis on se rapproche de la terre mais avec les derniers éléments célestes: l'éclair, l'arc en ciel, les deux terminant leur chemin sur la terre où on voit la Pachamama (terre) et la Pachacocha (mer). Entre ces deux éléments fondateurs de la terre, on a représenté l'homme et la femme en position centrale. De la terre s'échappe une rivière tandis que sur la droite on retrouve un renard ainsi qu'un arbre.
L'agriculture s'incarne dans le sol et les cultures en terrasses (Collcampata). Ce sol c'est aussi la vie après la mort, là où on enterre les morts et où revive les esprits.
credit photo: J.S.N
mardi 25 août 2009
Le bain de sang de l'inquisition

Francisco Pizarro n’a pas seulement envahit le Pérou avec une armée de fusils et de poudre censé mettre bas aux armes blanches des Incas. C’est avec une légion de prêtres et d’architectes qu’il avait, aussi, prévu imposer la domination espagnole.La mort d’Atahualapa et des incas n’est pas seulement passée par le fil de l’épée. L’invasion du Pérou fut aussi le théâtre d’une guerre d’influence féroce à propos des croyances. Très vite l’avantage revint aux colons qui face à un peuple superstitieux ont su jouer des événements et de la situation pour avoir le dessus au niveau psych
ologique.Dans l’église du Triomphe, on rend hommage à saint Jacques de Compostelle, « tueur de Maures » en Espagne suite à l’invasion arabe du Moyen-Âge qui s’est reconverti pour l’occasion en « tueurs d’Incas ». L’histoire raconte que les espagnols étaient assiégés, dans l’une des églises cusqueña, par les Incas en supériorité numérique et prêts à réduire au passé ces envahisseurs. L’orage, colère de la Pachamama, vint au secours des hispaniques qui en profitèrent pour sortir du toit la statue de saint Jacques, et en faire un nouveau dieu appelant au calme des indiens contre ses protégés à la peau blanche.
Différents ordres religieux se sont installés dans les Andes et tous voulurent avoir le leadership de la religion. Jésuites, dominicains et autres franciscains se livrèrent une lutte sans merci, la victoire passant par la hauteur du clocher. Pour cela, ils dépouillèrent de manière méthodique les temples incas. Alliant le recyclage à la domination, ils mettaient bas aux anciens cultes obligeant les indiens à se réfugier dans les églises pour continuer à honorer leurs dieux.
Il s’agissait avant tout de faire disparaître une civilisation. On décapitait les chefs en place publique pour annihiler les références hiérarchiques, on massacrait et terrorisait les peuples pour les rendre serviles et on démontait les temples pour effacer toute référence au passé.
Le massacre est là devant nous, face à ces églises faites de pierres magistrales et ces retables dorés à la feuille : ce qui reste des fastes de l’incas fondus dans les fours crématoires de l’histoire.
credit photo: J.S.N
samedi 15 août 2009
Mise à nue
En France, et plus particulièrement à Paris (puisqu'elle a été montrée à Lyon et Marseille), l'exposition "Our Body, à corps ouvert" a été interdite par une décision de justice. "Atteinte à la dignité humaine" ont dit les juges après que les promoteurs n'aient pu prouver l'origine des corps ainsi que leur consentement de leur vivant à donner leur corps à la science. Ensemble contre la peine de mort et Solidarité Chine s'étaient alors portés partie civile. Ils argumentaient, que faute de preuve contraire, les corps venaient probablement des couloirs de la mort chinois et l'on sait que la dictature chinoise ne rend jamais les corps des tués (sauf grosse contre partie monétaire de la part de la famille).
Visite de l'exposition Ourbody A corps ouverts
envoyé par rue89
En France l'affaire est close mais l'exposition (les expositions car plusieurs parcourent le monde) poursuit sa tournée mondiale. Rendez-vous donc à Lima.
On ne rentre pas innocemment dans cette exposition, on en a entendu parler et en tant que français, on sait les décisions prises sur sa terre. C'est d'ailleurs sur la pointe des pieds que l'on pénètre dans le sous sol culturel d'un centre commercial liménien pour observés ces corps ouverts.
On voit donc ces corps asiatiques disséqués, étirrés, mis en action sur un vélo. Chaque organe est dissocié du corps, un poumon par ci, un foie par là et entre les deux une vesicule biliaire. Soyons honnètes, le principe scientique est impressionant, voir le réseau sanguin dissocié du reste du corps et exposé face aux seul réseau nerveux, reste une prouesse scientifique qui nous fait comprendre beaucoup en général. On est confronté à des reins tricolores qui nous replongent dans les cours de sciences naturelles du collège. On plonge dans ses propres entrailles en oubliant parfois le parcours de celui qui est en face de nous. Les coupes horizontales et verticales d'un homme sont particulièrement instructives mais on manque cruellement d'explications approfondies. Les panneaux sont laconiques et les étudiants de médecine qui décrivent certains tableaux s'en tiennent à la description sans expliquer comment la machine humaine fonctionne.
D'ailleurs on parle d'hommes, pas de femmes si ce n'est lorsque l'on évoque l'apparail reproducteur.
Mais elle est là la réalité. On ne sait pas d'où viennent ces corps et les doutes sont puissants. A chaque pas c'est le corps d'un homme victime de la peine de mort que les autorités refusent de rendre à sa famille pour être inhumé dans la dignité. Les corps sont étrippés de toutes les manières possible pour rendre l'anatomie plus lisible et on est confrontés à des ouvertures incongrues dans le crane, ou la cage thoracique. Le regard fixe, ils croisent le notre, étrange sensation on se sent au musée Barnum. Voyeurs "pseudo scientifique" face à un "traffic humain" comme l'avait dénoncés les parties civiles françaises. Le malaise est encore plus présent face à un alignement de foetus à différentes étapes de la gestation.
En fin de visite, la petite phrase: " tous les corps vus au cours de cette exposition ont été traité avec dignité" sonne avec ironie. Le visiteur est entré en connaissance de cause mais la peine de mort n'est pas digne!
source et crédit photo: rue89
lundi 10 août 2009
Quand l’Inca s’habille en Quetchua

Le soleil monte lentement dans le ciel. Il ne faut pas perdre de temp
C’est un cortège religieux et polyglotte qui avance silencieux. A bout de souffle, ils marchent à petit pas, le chemin éclairé par la frontale. Une course non déclaré se met en place. Les portes du site ouvrent à 6 heures, il ne faut pas perdre de temps. Tous jeunes et plein de vie, ils ont entendu dire que les 400 premiers entrants obtiennent le sésame pour grimper le Wayna Pichu, montagne qui domine les ruines (pour préserver ce site en péril, on a limité le nombre d’entrée). A peine, le billet contrôlé par la sécurité, ils démarrent un sprint jusqu’à la barrière de la montagne. Sur les terrasses Inca se forme une bousculade pour savoir qui arrivera le premier. Pendant quelques minutes on se croit dans la file d’attente de Space Mountain. La rencontre d’une civilisation ancestrale avec la population moderne est explosive et enlève les illusions de quelques uns qui avaient lu Neruda et Guevara pour se préparer à la visite.
Le Pérou est une mine de merveilles culturelles et naturelles qui en font rêver plus d’un. Le tourisme a un succès fou et on ne peut reprocher aux péruviens d’en profiter quand les occidentaux exploitent les autres richesses (minerai et agriculture) du pays sans soucis de redistribution. Le consumérisme dont est victime le tourisme laisse tout de même un goût amer. En est il d’une autre manière sur le champs de Mars au pied de la Tour Eiffel ?
photos: credits perso
mardi 4 août 2009
El condor pasa
crédit: J.S.N
Route barrée: le Pérou en grève
Elle fait trembler les gringos, l’indifférence des péruviens, et déclenche le mépris de la presse et du gouvernement. La grève. Dans les hôtels pour touristes on annonce le chao, une paralysation sans précédent qui va mettre à mal les itinéraires prévus par les agences de voyage. Dans la rue, on relativise l’importance mais le mouvement impulsé par les chauffeurs de bus et de taxi impulse une réflexion personnelle sur la politique locale. Les journaux qui mentent vilipendent les manifestants avant même qu’ils n’aient sorti le moindre drapeau.
Depuis plusieurs semaines déjà, on proteste au Pérou. La réforme du code de la route va imposer une rigueur dans le trafic jamais vu jusque là. On annonce des amendes pouvant atteindre les 400 soles (100 euros). Les chauffeurs de bus urbain (les compagnies nationales se sont pas touchées par la grève) et les taxis, dont la route est l’outil de travail, se sentent en danger et bloquent les routes du pays de manière régulière pour exiger une révision de la nouvelle loi. Ce mouvement a regroupé d’autres mouvements locaux de protestation contre le gouvernement.
A une cinquantaine de kilomètre de Arequipa, tous les véhicules sont stationnés le long d’une station service. Le chemin est barré depuis le début de la matinée. Une centaine de manifestants occupent la route. Le gouvernement d’Alan Garcia est la cible des slogans qu’ils reprennent. Face à un gringo, une femme explique qu’elle réclame l’eau pour sa maison mais elle ne rentrera pas plus dans les détails lorsque l’on cherchera à approfondir le sujet.
Vers la mi journée, la police décide de dénouer le problème et ouvre un passage alternatif vers Arequipa avec priorité pour les bus nationaux. Les manifestants sont tenus à distance.
Lorsque l’on arrive en ville, on peut se rendre compte que tous les barrages n’ont pas été solutionnés aussi pacifiquement. Des bris de verre sur la route, reste d’un caillassage d’un transporteur jaune. La police est sur les dents et certains accès sont encore fermés par sécurité. Les touristes sont largement mis en garde sur l’instabilité de la situation et sur les précautions qu’ils doivent prendre.
La journée n’a pas été des plus calmes et le mouvement de grève n’est sûrement pas l’échec qu’annoncera, le lendemain, la presse. Ces journalistes qui mentent accusent Hugo Chavez de diriger la grève depuis le Venezuela. Le diable bolivarien se cache dans tous les mouvements sociaux ! Presse de diversion oblige, les rédacteurs se préoccupent plus de l’avancée de la grippe AH1N1 et de l’assassinat de la chanteuse populaire Alicia Delgado (sa concubine aurait payer un tueur à gage pour s’en débarrasser. Le fait divers ira même jusqu’à supplanter la mort de Michael Jackson début juillet alors que la planète entière repassait en boucle le clip de Thriller).
Sur la Plaza de Armas d’Arequipa, une quarantaine de citoyen sont regroupés et débattent de l’actualité du jour. La grève réveille de vieux débat sur le développement du pays. On appelle à l’union nationale pour rattraper les nations occidentales. On réclame le retour des recettes industrielles au pays, une redistribution des fruits de leur travail par les multinationales exploitantes des minerais, ainsi qu’une réforme institutionnelle de grande ampleur pour en finir ce système corrompu.
Le gouvernement fait la sourde oreille et empêche le blocage des routes. Une dizaine de jour plus tard du coté de Trujillo, tous les bus urbains sont à l’arrêt le long des ronds-points mais la circulation est libre. La policera bloquera tout de même le trafic dans le centre historique en prévision d’un rassemblement unitaire des manifestants.
credit photo: EFE juin 2009
vendredi 31 juillet 2009
Au milieu du désert
En traversant le Pérou du Nord au Sud, on rencontre le désert. En bord de mer, les vagues viennent s’échouer sur une côte infertile. Puis venu de nulle part, un oasis apparaît, miracle de l’eau douce qui serpente dans cette étendue hostile. Lima est la deuxième plus grande ville au monde construite dans le désert après le Caire, mais avant d’arriver à la capitale péruvienne, il faut parcourir plus de 20 heures de bus depuis la frontière équatorienne en plein milieu d’un sable infertile.
Le sable et des arbustes rachitiques à perte de vue tandis que le bus avale les kilomètres. La route suit le même chemin que les lignes à haute tension, seule preuve d’une présence humaine dans ce désert à perte de vue et cordon ombilicale avec la « civilisation ».
Il y eu des habitations dans le passé. Des murs subsistent aux attaques météorologiques et aux pillages. La propagande politique s’est aussi appropriée ces ruines et en a fait l’apologie de candidats passés ou futurs. L’homme n’est pas un animal discret, là où il passe, il laisse sa trace et ses ordures jonchent le bord de la route. Des sacs éventrés dispersent les résidus d’une consommation imparfaite. Les voyageurs des nombreux bus qui traversent ce territoire laissent aussi leur empreinte puisque tout ce qui ne se mange pas passe par la fenêtre. Le plastique ne se dilue pas dans le sable.

A l’approche d’un virage, le sort, ou peut être l’alcool, plante une sépulture en mémoire d’une vie perdue au volant d’une automobile.
Le bus poursuit sa route, Lima n’est qu’une étape pour personnes en manque de l’oncle Sam. L’itinéraire indique Aréquipa. En rejoignant la « cité blanche », dans la « valle de los Majes », on traverse une oasis. Sans prévenir, le sable laisse pousser quelques brins d’herbes, puis des arbres aux feuilles vertes. Le village n’est plus très loin. La ferme est entourée de sa parcelle de terre. Ce n’est qu’ensuite que l’on découvre cette rivière qui irrigue toute la vallée et rend la terre si productive. Les canaux ancestraux des indiens Nasca servent encore et toujours pour l’agriculture. On cultive le maïs.
Un canal plus moderne longe la route panaméricaine. Il garde les stigmates revendicatives d’un mouvement social qui en 2003 à pousser les ouvriers à se mettre en grève illimitée pour une revalorisation des salaires.
Les grévistes travaillent dans une autre oasis qui apparaît quelques kilomètres plus loin. Aucun cours d’eau pour l’irriguer mais un réseau de tuyaux arroseurs qui dispersent l’eau dans les airs lorsque le soleil monte dans le ciel. Système automatisé mis en place par une multi nationale agro industrielle. Les limites de la propriété privée sont bien gardées par force de barbelé et de haies. On invite l’inconnu à rebrousser chemin sous peine de tir. Les ouvriers cultivent tomates, oignons, paprika, maïs. Le patron fait beaucoup d’argent mais ne connaît pas la répartition des profits.
credit photo: J.S.N
mardi 28 juillet 2009
La ville des ombres
Avril 2009, Pérou, quatrième mois de voyage.
Après 15h de trajet en direction de Pisco, le car me dépose au bord d’une grande route. Le soleil tape, la poussière flotte dans l’air, bienvenue dans la Costa péruvienne, sorte de grand désert traversé par dess courts d’eau. Ici, pas de terminal de bus, seulement un bar, une boutique internet, un petit marché et quelques bâtiment à quoi s’ajoute la multitude de taxi, mototaxi et vieu vans Volkswagen.
J’apprendrai plus tard que je suis sur la Panaméricaine et que le centre de Pisco, ou ce qui l’en reste, est à 5km. Pas de route pour y accéder, seulement un chemin de terre où les voitures défilent et se croisent sans interruption. Aux abords, on peut voir une sorte de camp de réfugiés, des baraquements et des petites cabanes de bois accolées à perte de vue. Bien organisées par bloc, ces habitations sommaires, une pièce de 15m² pour une famille, semblent être ici pour durer.
Des enfants courent au milieu de la poussière soulevée par les véhicules et le vent. Un vieillard tire, à la force de son corps, une petite charrette contenant des bouteilles en plastique. Il se rend à deux kilomètres de là pour les échanger, 1kg pour 0,30 sol soit 0,08€.
Le petit bus volkswagen, bondé, continue son trajet. La chaleur, lourde, est difficilement supportable, et les fenêtres à peine entrouvertes permettent d’éviter que la poussière ne s’immisce/s’invite à l’intérieur.
Pisco. Des bâtiments commencent à apparaître dans mon champ de vision. Ou plutôt des ruines de bâtiment. Les murs sont effondrés, les toits absents, les gravats au sol se mélangent aux poubelles. Mais la rue est animée, il y a de la vie. Les taxis klaxonnent, les piétons circulent, les étales des magasins sont dans la rue, comme sur un marché. Ça crie, ça vend, ça court.
Je descends au niveau de la place centrale. Quelqu’un m’alpague. Information ? English ? Español ? Après m’avoir demandé d’où je venais, le vendeur me propose un tour guidé qui part le lendemain matin à 7h. Le car vous dépose loin, les agences touristiques vous emmènent hors de la ville. Tout semble fait pour que l’on ne reste pas à Pisco.
Pourtant les différents guides touristiques, édition 2009, vous parle de la ville comme d’un lieu où il faut s’arrêter, avec sa cathédrale, son musée et sa plage splendide. Mais où sont ils aller chercher ses informations ?
Lors de l’édition des guides, qui sont bouclés deux ans avant, toutes les informations étaient justes. Mais, en août 2007, le 17, à 18h41, le sol a tremblé. Une première secousse, pas trop importante, puis quelques instants plus tard, cela revient et de manière amplifiée. Et pendant trois minutes, un tremblement de terre, niveau 7,9 sur l’échelle de Richter, va dévaster la ville. L’hôtel de ville, l’église, la prison, les magasins. Au total, environ 80% de la ville sera détruite. La secousse est ressentie en Bolivie, au Chili, en Equateur et en Colombie.
Le lendemain, des médecins de Cuba et du Venezuela débarquent. Dans les jours suivant, ce sont les ONG, associations et autres organisations qui arrivent. La réponse est internationale. Beaucoup de pays envoient de l’argent. Des dizaines de milliers d’euros seront récoltés.
J’arrive, presque deux ans plus tard, sur recommandation d’amis péruviens qui m’ont dit que rien n’avait changé, que l’argent était parti dans les poches des personnes corrompues. Alors, j’ai pris mon billet de bus, et avant d’aller à Lima, je suis venu ici pour voir et savoir, pour voir comment la situation évolue, si la population a pu s’organiser, pour rencontrer l’une des seules associations survivantes. Mon premier contact avec la ville est bien pire que ce que je ne m’étais imaginé. Dans le centre ville, on se croirait à Beyrouth après un bombardement et dans le quartier le plus touché – où se trouve MAD voluntarios, association que j’ai contacté – c’est encore pire. Ancien quartier résidentiel, il est aujourd’hui déconseillé de s’y promener seul, car la précarité a entrainé l’insécurité.
L’aide internationale a permis de déblayer les débris ici, de construire un mur d’enceinte par là, ou bien une dalle de béton sur ce terrain. Le problème est que rien n’est terminé. Les murs d’enceinte ont été élevés pour éviter que des voleurs n’entre dans les jardins mais les habitants n’ont pas d’argent pour reconstruire la maison. Heureusement, d’autres organisations ont construit des des abris de 15m² où séjourne toute la famille (photo). Mais comme il y en avait beaucoup à construire, le mur n’est qu’une fine planche de bois, sans isolation, ce qui entraîne une chaleur insupportable à l’intérieur lorsque le soleil tape, c’est à dire tout le temps.
Depuis, le problème a été reconnu et les constructions sont maintenant en PVC avec isolation, pour un coût un peu supérieur. Qu’importe, de toute façon, il n’y a plus d’argent pour aider, et la plupart des organisations sont parties, d’autres parties du monde ayant eu aussi leurs lots de désastres.
Aujourd’hui, il ne reste plus que deux petites associations, et UNICEF qui est repassé pour installer quelques trois cent toilettes individuels pour la population. De mon côté, j’ai rencontré MAD Volutarios, que l’on pourrait décrirecomme une bande de gringos plein de bonnes intentions. Ils aident grandement la population en allant sur les chantiers comme main d’oeuvre, en proposant aux riverains d’acheter eux-mêmes les matériaux nécessaire pour la construction d’une maison en PVC (photo) soit 250 soles (65€) et eux viennent avec leur bétonneuse, pelles... pour couler une dalle en dur sur laquelle ils monteront la maison. Et lorsque la famille est sans ressource, comme c’est le cas de nombreuses mères élevant seules leurs enfants, l’association paye une partie des matériaux. Le problème est que pour le moment ils sont en attente de subvention.
Après tant de louanges, on peut se demander pourquoi j’emploie le terme péjoratif de gringos. La raison est très simple, au sein de l’association tous parlent anglais ou plutôt aucun ne parle l’espagnol... Certains le baragouinent, ou arrivent à échanger avec les habitants grâce aux gestes et autres idées que l’on trouve toujours dans le besoin mais rien de plus. Comment faire un travail de terrain efficace et adapté si l’on ne peut communiquer avec les gens ? Car reconstruire, c’est bien, mais c’est encore mieux lorsque l’on arrive à former la population pour qu’elle le fasse elle même, car viendra un moment où les bénévoles partiront, et alors que restera-t-il ?
Autre point étrange, lorsque nous faisions un tour de la ville avec Dominic, l’un des anciens de l’association, il me montre le fruit de leur travail : un toboggan et des balançoires – très bonne idées – et me dit qu’ils voudraient continuer. Oui, ils envisagent de construire un skate parc s’ils arrivent à avoir une aide. Étonnement de ma part, les rues ne sont pas bitumées, je n’ai vu aucun gamin en skate ou roller dans les rues. Il y a certes quelques vélos mais rien de plus. Les gens n’ont pas d’argent pour construire un toit pour leurs toilettes, vont-ils acheter des rollers ? C’est ici que l’on voit une certaine naïveté ou un manque d’analyse de leur part, peut être un peu rêveurs sur les bords. Quant à l’autre association, il m’a été dit sur Lima, Pisco et Aréquipa que l’argent était très mal géré et que le dirigeant profitait du travail des bénévoles pour améliorer son CV...
Alors que faire ? Laisser les gens dans le besoin sous prétexte que certains volent et profitent des failles du système ? Sûrement pas. Par contre, je pense qu’il est erroné de venir en pensant que l’on va sauver ces pauvres gens, leur montrer comment faire, leur apprendre à vivre. Ceci ressemble à la vision de l’occident sur le tiers-monde, une vision colonialiste diraient certains.
Le mode d’organisation qui fonctionne dans les autres lieux où je suis passé est le travail en relation avec la population. Celui qui vient, arrive avec l’argent, le temps et la motivation pour aider. À partir de là, il faut rencontrer la population et définir les problèmes qui existent et ceux sur lesquels va se pencher l’organisation, ainsi que la manière dont elle va les aborder. Il semble que travailler avec la population entraine bien plus souvent la pérennisation du projet mais aussi l’échange et l’entreaide. Par exemple, si un certain nombre de maison doivent être reconstruites, si ce sont uniquement les bénévoles qui le font, le travail ira peut être plus vite, eux ayant tout leur temps pour le faire, mais une fois parti, il n’y aura plus personne pour aider les autres habitants. Tandis que si le travail se fait avec l’aide du voisinage, en plus de renforcer les liens dans le quartier, cela permet à la population d’apprendre et de pouvoir continuer seule. Ceci permet dans le même temps de proposer des formations à la population, sur ses droits par exemple, ou des ateliers pour les enfants, une nouvelle fois dans le but de tisser des liens et d’échanger.
Je repars donc de Pisco et mon bilan est mitigé. C’était la première fois, et probablement la dernière, que je rencontrais une association sans qu’une personne, un bénévole ne soit du pays, ce qui est un signe avant coureur des possibles défauts/des difficultés rencontrées. Surtout cela ne m’enlève pas de la bouche que la ville semble, aujourd’hui, oubliée du pays, les travaux comme la reconstruction de la route, la Panaméricaine, et de la ville n’avançant pas. Alors, je me permets d’écrire cet article, de partager mon expérience, pour transmettre l’appel à l’aide des habitants, plus démunis que jamais. Donc si vous avez des idées, des moyens ou du temps, que vous puissiez envisager Pisco dans vos plans...
source: Jérémie Wach-Chastel
Tout en image (10)
Quelques images du voyage au Pérou et en Bolivie de ces dernières semaines. Les photos se trouvent sur Flickr.
samedi 11 juillet 2009
Tintin et le temple du Soleil
vendredi 12 juin 2009
Dimanche de vote
Les électeurs de zone rurale se rendront aux urnes pour élire leurs représentants dans les "juntas paroquiales", division administrative similaires à nos communes et aux compétences limitées.
L'ensemble des électeurs voteront pour le Parlement andin, parlement de cohésion internationale entre la Colombie, l'Equateur, le Pérou et la Bolivie. Les objectifs n'ont que peu d'effets sur le terrain et personne ne sait vraiment à quoi il sert ni où il est situé. Le site nous apprend qu'il vise entre autre à harmoniser les législations nationales. Quatre parlementaires représentent l'Equateur à Lima.
La vérité sort de la bouche des enfants:
Discussion informelle entre deux heures de classe avec des enfants de six ans.
"- Qui est ce qui t'as donné cette boite d'alumettes (référence à une boite d'allumette avec le visage de l'une des candidate pour la junta paroquial).
- C'est Claudia Fuentes, celle de la liste 12 (Izquierda démocratica, parti du maire nouvellement élu de Guano), elle a aussi donné un drapeau pour qu'on le mette devant notre maison.
- A nous aussi elle nous a donné un drapeau, répond sa camarade, elle nous a aussi dit qu'elle nous donnerait des lapins, des poules et des cuyes (gros cochon d'inde d'élevage, viande typique d'Equateur)"
Sur d'autres terres, on appelle ça de la corruption...
credit photo: lenouveaumag