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mercredi 27 mai 2009

Le loup dans la bergerie


Sous des excuses de patriotisme et avec un soupson d'idolatrie bolivarienne l'Ecole équatorienne est prise d'assault régulièrement par l'armée de son pays. Elle vient y faire régner l'ordre et inculquer l'amour du drapeau.

Pour bien comprendre ce qui va suivre, il faut se souvenir que l'Equateur fut en guerre jusqu'en 1995 contre le Pérou. Des véléhités territoriales avec pour décor de supposées nappes de pétroles ont mis en rut des esprits belliqueux en habit militaire et ont encouragé au patriotisme sur tout le territoire. L'épisode anti Farc de l'armée colombienne et l'invasion du territoire équatorien par les petits soldats d'Uribe a remis de l'huile sur le feu. La souveraineté de l'Equateur doit être défendu au prix du sang du peuple et le message doit être inculqué dès la maternelle.

Le 27 février, c'est le jour du civisme et de l'unité nationale. A cette occasion les étudiants de dernière année de primaire et du collège doivent se conformé au jurement au drapeau. Ils clament haut et fort leur amour et leur fidélité à la patrie et au drapeau, puis ils embrassent l'étendart un genou à terre. Les enfants ont 12 et 18 ans. Au garde à vous, ils beuglent tous les hymnes patriotiques qu'on leur a inculqué depuis qu'ils ont 6 ans. Des militaires passent dans les rangs pour vérifier l'ajustement du col des garçons et se frotter aux postérieurs des filles. Au micro, un proviseur aux lunettes de soleil de Pinochet insulte les élèves incapables de se soumettre à la mascarade.
Le patriotisme est une pandémie nationale à l'Equateur qu'aucun médicament ne soigne pour l'heure actuelle. Chaque lundi matin, les élèves se mettent au garde à vous pour chanter l'hymne nationale. Dès l'entrée dans l'Education Nationale à 6 ans, les enfants se soumettent à cette cacophonie. On célèbre Bolivar, Sucre d'autres héros de l'indépendance. On se prétend béni de dieu et la prochaine on la gagnera...
L'école c'est l'armée, tout du moins on s'y approche quand tous les collèges du pays se livrent une compétition à travers des groupes de défilés. Il s'agit d'élèves qui s'entrainent toute l'année pour défiler lorsque l'occasion se présente. Orchestre, majorettes et zouave défilent au pas dans des uniformes étrangement similaires en coupes et en couleurs à ceux de l'armée. Les visages sont fermés, les sourcils froncés et le regard perce l'horizon. De la rigueur et de la discipline, le tout sous l'oeil ambulant d'un administrateur transpirant qui surveille si aucun faux pli n'est apparant. Le public applaudit ravi.

De fil en aiguille, le patriotisme se déplace légèrement vers le nationalisme et un beau jour lors d'une porte ouverte d'un collège évangélique on entend un enfant vous expliquer le rôle de la police. Le gamin sait son texte par coeur: " le groupe d'élite de la police protège notre pays des terroristes, des gens mauvais, des colombiens et des gens de l'étranger".
CQFD

cxrédit photo: nottsantimilitarism. wordpress.com

vendredi 7 mars 2008

La main de Dieu


"There will be blood", le film de Paul Thomas Anderson, récemment oscarisé pour l'interprétation de Daniel Day Lewis, est à l'affiche des cinémas du monde entier. Bien que contant une histoire d'un autre siècle dans un autre pays, il décrit parfaitement certains faits qui se déroulent à l'heure actuelle au Brésil.

Lors de ses prospections à la recherche de l'or noir, Daniel Plainview (Daniel Day Lewis) se retrouve confronté à un pasteur en pleine ascension, Eli Sunday (Paul Dano). Le prophète de l'église de la "troisième révélation" s'oppose à l'exploitation des terres de son village sans des compensations conséquentes et une générosité particulière de l'entrepreneur envers la paroisse.
Le pasteur fait preuve d'avidité sans complexe pour que l'Eglise profite au maximum du nouvel essor de la commune. Dans le face à face qui l'oppose au magnat du pétrole, il use de toutes les stratagèmes, tous plus démoniaques les uns par rapport aux autres.
La situation est la même au Brésil, les nombreuses églises évangéliques ont toujours besoin de plus de fonds pour étendre "la bonne parole du Seigneur". On ne compte plus le nombre de congrégation qui acceptent les dons via carte bleue, qui hypnotisent les fidèles à l'aide d'effets de manches.
Tout comme dans le film ici, les prêtres rentrent en transe pour évacuer le démon qui a insidieusement inflitrer l'âme des paroissiens. Les mains en l'air et les yeux fermés, les croyants implorent leur seigneur pour qu'il les libère de leurs malheurs. On culpabilise le plaisir et les pratiques qui pourraient pervertir le corps et l'esprit. On subit les prêches du pasteur en dehors même des murs du temple.
Lorsque l'on prête un regard extérieur sur l'industrie religieuse au Brésil, on remarque la même avidité que celle de Eli Sunday. C'est un véritable buisness qu'organise les différentes églises. Les boutiques et l'autopromotion barrent le chemin des croyants qui rentrent chez eux après l'office. Toutes les occasions sont bonnes pour extorquer quelques reais "le Seigneur vous le rendra".
L'église catholique n'est pas en reste. Il suffit de relire les dernières déclarations du Pape qui sont favorables à l'achat de sa place au Paradis en faisant des dons pour le clergé. La même pratique qui avait provoqué l'ire de Luther au XVI ème siècle et qui s'était conclu par la création de l'Eglise protestante.

lundi 26 novembre 2007

Le seigneur est grand et nous sommes petits


« Vous voyez cet homme là-bas, celui qui boite et qui ramasse les boites de métal : il a une vie bien dure. Je vais aller prier Dieu pour qu’il le soulage… » En attendant le bus, une femme entame un monologue à mon égard. Quelques heures plus tard, un autre bus passe devant la cathédrale métropolitaine de Brasilia, pieusement un passager se signe.

Autre culture, autres mœurs et il faut dire qu’en matière de religion le contraste entre la France et le Brésil est saisissant. Dieu est omniprésent dans ce pays qui compte 73,6% de catholiques et 15,4% de protestants (toutes confessions évangéliques comprises). A Brasilia, chaque quadra a son église évangélique : baptistes, méthodistes et autres confessions aux noms lyrique. Le lieu de culte peut bien sur prendre la forme d’un bâtiment de plein pied au milieu des immeubles. Il peut aussi se dissimuler entre une salle de musculation et un tatoueur en pleine quadra commerciale.

Le Brésil étant un état catholique, il n’est pas étonnant de retrouver la religion à tous les échelons de l’administration. Le plus marquant reste tout de même le crucifie géant qui domine l’hémicycle du Sénat. Dans la pratique quotidienne de la politique, la religion n’est pas seulement un symbole au milieu du Parlement, c’est aussi un nombre impressionnant de groupes de pression qui s’activent pour que la morale chrétienne soit respectée. Ainsi l’avortement est toujours interdit (la morale populaire n’est sûrement pas prête à accepter cet acte médical non plus). La dernière prouesse de la part d’un lobby religieux est à attribuer aux évangéliques qui sont parvenus, il y a quelques années, à fériariser un jour du calendrier du District Fédéral (état de Brasilia) en leur honneur. Mécontent du fait qu’on célébrait en permanence les fêtes catholiques, ils sont parvenus à obtenir un jour férié en leur honneur (Dia dos evangelicos). Le 30 novembre prochain est donc férié dans la capitale pour célébrer la religion d’une partie de la population.

La chrétienté est, bien sur, très importante mais ce qui est marquant c’est la foi en générale des Brésiliens. Edouardo réagit à l’athéisme de ses amis français « c’est pas possible, tu dois bien croire en quelque chose. Chrétien, musulman, juif ou autre chose… tu ne crois en rien ? Mais comment tu fais ? » Les différentes vagues d’immigrations ont réussi à créer de curieux mélanges entre les croyances « indigènes » issues des indiens et des esclaves africains, les religions monothéistes venues d’occident et les religions asiatiques (souvent polythéistes). Edouardo se retrouve donc dans une croyance issue d’un de ces croisements.

Le respect est de mise entre tous les croyants pour peu qu’il soit réciproque. Face à la pitié de certains, les attaques frontales pourraient ressembler à des attentats suicides. On peut tout de même être surpris voir choqué par l’influence des cultes dans la société. Par moments certaines positions ressemblent plus à de l’embrigadement voir de l’aliénation tellement le message est répété avec force et violence par les prêtres, pasteurs et autres guides spirituels.



Photos: Cierges déposés au pied de la cathédrale de Brasilia (crédits perso)