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jeudi 12 novembre 2009

Retour en image sur le festival d'Ozogoche

Au mois de septembre, a eu lieu à Ozogoche, le septième festival des cultures vivantes en l'honneur des oiseaux cuvivis. La Otra Esquina avait filmé un certain nombre de chansons, de danses, de théatre et les met aujourd'hui à disposition sur Internet. Trois vidéos sont reproduitessur Réaction à Show. La première est une chanson bolivienne en l'honneur d'Evo Morales, égérie indigène andine dans la lutte contre l'hégémonie yankee. La seconde est une danse traditionelle péruvienne. La troisième vidéo est une pièce de théatre en quetchua (mais compréensible par tous) sur la colonisation et l'explotation des peuples autochtones par l'homme blanc. Ici vous pouvez retrouver une démonstration de danse colombienne.






mardi 3 novembre 2009

Claude Levi Strauss vu par un lycéen de terminal


En 2003, je présentais mon travail final de TPE (travail personnel encadré) lors des épreuve du Bac. En nous focalisant sur la sociologie et la philosophie, nous abordions la civilisation aborigène australienne. L'une des références bibliographiques majeure de ce travail était Claude Levi Strauss (décédé aujourd'hui). La lecture de Races et Histoire fut un choc pour l'adolescent que j'étais à l'époque. Cette oeuvre reste l'un des piliers de mes références intelectuelles. Je reproduis ici le texte écrit à l'époque, résumé du livre focalisé sur le peuple aborigène. Il faut le lire en comprenant le contexte et l'âge de l'auteur car il est dénué de l'analyse et de la méthologie universitaire.


Claude Lévi-Strauss, universitaire et anthropologue français a écrit de nombreux ouvrages ayant marqué l'évolution de la pensée en sciences sociales, parmi lesquels: Les structures élémentaires de la parenté (1949), Anthropologie structurale I & II (1958 et 1973), La pensée sauvage (1962), Mythologiques (4 vol.,1964, 1967,1968,1971). Il a plus récemment publié Histoire de Lynx (1991) Regarder, écouter, lire (1993) et Saudades do Brasil (1994).Race et Histoire a été écrit en 1952 à la demande de l’UNESCO qui lui avait demandé de se pencher sur la question du racisme .Il fut accompagné en 1971 de Race et Culture, un second ouvrage sur le même thème. L'auteur y décrit à travers une étude ethnologique et philosophique, l'attitude de l'Homme envers l'étranger tout au long de l'histoire.

La diversité culturelle existe depuis toujours mais elle n'est jamais apparue à l'Homme pour ce qu'elle est : un phénomène naturel .Cette diversité a provoqué une attitude ancestrale qui consiste à se considérer comme la seule race «humaine». Si on sait que ce comportement est courant chez les occidentaux, il faut savoir qu'il ne leur est pas exclusif, et qu'il était assez coutumier des civilisations primitives. Ce n'est que bien plus tard, avec les Lumières, qu'est venu l'idée d'une humanité sans distinction de race ou de civilisation.

L'idée qu'une race est supérieure a été confortée par une thèse scientifique détournée de l'évolutionnisme biologique de Darwin ,l'évolutionnisme social. La sélection naturelle et la loi du plus fort ,qui se sont appliquées très probablement dans le monde animal ,ont été transposées dans le monde humain, pour démontrer la supériorité de la civilisation occidentale vis à vis des civilisations indigènes. Elle les assimilait aux Hommes de Néandertales car ils utilisaient encore des outils taillés dans la pierre et exécutaient toujours des peintures rupestres.

L'occidental aime ainsi retrouver son passé dans les différentes cultures. Certains éléments y sont similaires mais pas tous. Considérer que deux civilisations (l'une actuelle et l'autre disparue) sont identiques, relève du racisme car on trouve l'actuelle arriérée, de plus, cela est démenti par les faits. Lévi-Strauss ajoute à ce sujet qu'« il n'y a pas de peuples enfants tous sont adultes, même ceux qui n'ont pas tenu le journal de leur enfance et de leur adolescence ».

Si l’on retrouve des éléments communs entre deux civilisations, c’est que ces indigènes ont contribué au progrès en occident. Les expéditions ont permis aux occidentaux d’enrichir leur mode de vie et leur culture sous différents aspects. Ils ont ainsi ramené de leurs voyages aux Amériques: la pomme de terre, la tomate, le caoutchouc et la coca ( à l’origine de l’anesthésie). D’autres civilisations ont aussi démontré leurs capacités sur le plan scientifique. Les Inuits et les Bédouins ont montré leurs capacités à vivre dans un milieu hostile. L’Islam a formulé une théorie solidaire sous toutes les formes de la vie humaine qui lui a permis de dominer toute la vie culturelle du Moyen-Age .Le Moyen-Orient eut pendant longtemps une avance considérable en médecine. Quant aux Mayas, ils découvrirent et utilisèrent le 0 (zéro) des mathématiques modernes bien avant les Arabes qui nous ont donné leurs chiffres .

En ce qui concerne la famille et l’harmonisation entre groupes familiaux et sociaux, les Aborigènes ont développé, de façon consciente et réfléchie, un système de règles si complexes que l’on est obligé, pour les comprendre, de faire appel aux formes les plus raffinées des mathématiques modernes. Ils ont découvert que les liens du mariage formaient un canevas et que les autres institutions sociales n’étaient que des broderies. Les relations qui se forment grâce aux inter-mariages peuvent conduire à la formation de larges charnières qui maintiennent et assouplissent l’édifice social. Ils ont inventorié les principales méthodes permettant de les réaliser avec, pour chacune, les avantages et les inconvénients. On peut donc saluer en eux, non seulement, les fondateurs de la sociologie générale mais aussi les précurseurs de la mesure dans les sciences sociales.

En regroupant des éléments de chaque civilisation, l’Homme va de l’avant et progresse. Chaque progrès technique est le résultat d’une coalition de culture. L’unique tare qui puisse affliger un peuple, et l’empêcher de se réaliser pleinement, est d’être seul.

Toutes les cultures ont donc, à un moment ou un autre, apporté quelque chose à une civilisation. Mais chacune n’apporte pas la même chose à deux civilisations distinctes. Cela dépend de ses centres d’intérêts. Autant une civilisation peut apporter beaucoup à une civilisation donnée. Dans ce cas, on parle de culture cumulative : c’est à dire que son développement a un sens pour cette autre civilisation. Elle peut aussi lui sembler stationnaire voire régressive, et donc n’avoir aucun intérêt, si elle ne lui apporte rien qui ne l'intéresse . Cela signifie qu’elle peut se développer mais que sa façon d’évoluer n’a aucun sens pour l’autre.

L’ethnologie aime d’ailleurs voir comment chaque civilisation retient ou exclut les éléments d’une autre civilisation. Elle aime déceler les origines secrètes de chaque option.

Lévi-Strauss pense que la civilisation occidentale est supérieure à toutes les autres car le monde entier lui emprunte ses techniques, son mode de vie, ou ses distractions. Cette adhésion au genre de vie occidentale résulte plus « d’une absence de choix ou une obligation que d’une décision libre comme certains aiment le croire ». Ils ont établi leurs soldats, leurs comptoirs, ou leurs missionnaires. Ils sont intervenus plus ou moins directement dans la vie des indigènes, puis l'ont bouleversée de fond en comble, afin d’instaurer des conditions qui ont engendré l’effondrement des cadres existants sans les remplacer. En l’absence de règles, les peuples se réfugiaient dans les règles occidentales. Cette attitude ne fut pas propre aux occidentaux car toutes les civilisations, depuis la nuit des temps, ont agi de la même façon. Cependant, on peut penser que les occidentaux soient le seul peuple qui ait mis autant d’énergie à s’étendre, ce qui leur a permis de forcer le consentement.

Les institutions internationales ont bien compris que la diversité des cultures, dans un monde menacé par la monotonie, est un phénomène qu’il faut préserver. Il ne suffira pas pour atteindre ce but, de favoriser les traditions locales et d’accorder un répit aux temps révolus. C’est le fait de la diversité qui doit être sauvé, non le contenu historique que chaque époque lui a donné et qu’aucune ne saurait perpétuer au delà d’elle même. Il faut, pour les années à venir, être prêt à accueillir sans surprise, sans répugnance, et sans révolte ce que ces nouvelles formes sociales ne manqueront pas de nous apporter. La tolérance n’est pas une attitude contemplative, mais une attitude dynamique « qui consiste à prévoir, à comprendre, et à promouvoir ce qui veut être ». « La diversité des cultures humaines est derrière nous, autour de nous, et devant nous ». La seule exigence que nous puissions avoir à l’égard de cette diversité est « qu’elle se réalise sous des formes dont [ chaque culture ] soit une contribution à la plus grande générosité des autres ».

lundi 14 septembre 2009

Déménagement sur la côte équatorienne

Reprise d'un article du Grand Soir en prise avec l'actualité équatorienne et sud américaine. Le débat fait rage quant à l'implantation d'une base militaire américaine en Colombie, cete dernière accueille une nouvelle base voulue par les américains en remplacement de celle de Manta dont le gouvernement de Rafael Correa a exigé la fermeture suite aux nouvelles dispositions constitutionnelles. Texte de Ana Maria Acosta

En 1999, un étrange visiteur a débarqué chez Mme Manta avec des avions, des radars et des militaires. Il voulait louer un endroit où installer une base pour contrôler les narcotrafiquants terroristes des pays latino-américains. Mme Manta n’avait jamais vu un terroriste et n’y connaissait rien en stupéfiants, mais comme elle est plutôt sympa, elle accueillit l’étranger chez elle. Le problème, c’est que le propriétaire du lotissement, Jamil Mahuad, ami intime du visiteur, signa une convention sans rien demander à personne, qui permit à l’étranger d’occuper la maison de Mme Manta… Dix ans plus tard, le locataire a été expulsé de la maison de Mme Manta. En quel état a-t-il laissé la maison ? Quelles relations a-t-il eu avec ses voisins ? Qu’a-t-il fait pendant dix ans ? Ce sont les questions que se pose Manta ?

Antécédents

En 1999, peu de voix se s’élevèrent pour mettre en garde la population à propos de l’installation de la base militaire étasunienne en territoire équatorien. Très peu nombreux étaient ceux qui disaient que cette présence impliquait une perte de souveraineté et une complicité de l’Équateur avec le Plan Colombie. Ce Plan Colombie que les États-Unis commençaient à mettre en place dans la région pour contrôler le trafic de drogue et désarticuler les mouvements subversifs colombiens.

Personne en Équateur ne fut informé des conditions figurant dans la convention, pas même les représentants du Congrès ; l’ensemble reposait sur la servilité totale du gouvernement de Jamil Mahuad. Le néolibéralisme était en plein essor dans le pays, les partis de droite occupaient tous les espaces du pouvoir. Le gouvernement s’efforçait de sauver les banquiers, conduisant l’Équateur vers la plus grave crise économique de son histoire. C’est dans ce contexte que le 12 novembre 1999, le gouvernement chancelant de Mahuad, à la recherche d’appui auprès de l’ambassade étasunienne, signait la convention permettant aux États-Unis d’installer un Poste avancé d’opérations (en anglais Forward Operating Location, FOL) sur la base aérienne Eloy Alfaro de Manta. Au gré d’un jargon diplomatique bien rodé, on parlerait désormais officiellement du FOL, acronyme permettant d’éviter de prononcer les mots « base militaire ».

Le nouveau Miami

« Ici à Manta, ils nous ont promis un nouveau Miami. Cela a enthousiasmé les élites de la ville qui ont formé le Groupe pro Manta. Les gouvernements de l’époque ne faisaient rien pour les Régions, c’est pourquoi ces élites ont de suite été très intéressées par l’opportunité qui se présentait à elles. Le dollar est devenu roi, nous nous sommes convertis en véritables occidentaux, même s’il y a eu des résistances dans la région sud de Manabí », déclare Miguel Morán à la Commission des questions Internationales et de la sécurité publique de l’Assemblée nationale, qui s’intéresse maintenant à ce qu’ont fait les gringos à Manta.

Miguel Morán, avocat, syndicaliste et professeur de droit, est un des dirigeants du Mouvement anti-impérialiste Thoallí. Il est un des rares à avoir pris la parole dès 1999 pour s’opposer à l’installation de la base, à une époque où la majorité de la population voyait s’ouvrir, avec son arrivée, des perspectives de croissance économique. Il raconte que des mythes se sont construits autour de l’installation de la base. « Les médias et les autorités locales, aux mains de la droite social-chrétienne, annonçaient l’arrivée du rêve américain à Manta. « Les gringos vont amener des dollars, disaient-ils ».

Mais au fil des ans, le rêve américain a présenté un autre visage à Manta. Des bars, des discothèques et des cabarets se sont construits ou agrandis. Les emplois créés au sein du FOL ont duré huit mois, le temps de la rénovation des installations aéroportuaires. Ensuite, le FOL a uniquement offert des emplois de nettoyage ou de manutention, et les salaires proposés étaient nettement inférieurs à ceux des étasuniens. La croissance tant attendue du tourisme et du commerce a alors profité à une infime minorité. C’est ce que raconte le capitaine en retraite Jacobo Jara, un ancien de 90 ans qui, tout au long de sa vie, a vu les changements que Manta a subis.

« J’ai été très affecté par l’arrivée des américains. Sur l’avenue Flavio Reyes, ma famille avait son petit commerce, avec quelques autres. Avant, nous payions un loyer de 50 dollars par local, ce qui permettait à tous les commerçants de travailler et de vivre décemment. Et puis ils sont arrivés ; je ne dis pas que ce sont eux qui ont imposé les prix, mais ça a joué. Au début, ils versaient des salaires élevés, jusqu’à 1500 dollars ; pour certains, l’or vert coulait à flots. Mais nos loyers sont rapidement passés de 50 à 500 dollars et nous n’avons pas pu tenir. Des businessmen sont arrivés, et nous, humbles petits commerçants, avons fait faillite et avons été dépouillés de nos biens. Tous ceux qui avaient travaillé là pendant des années ont perdu leur commerce et leur travail ».

Selon l’ambassade des Etats-Unis, « le FOL injecte plus de 6,5 millions de dollars chaque année dans l’économie locale de Manta ». Mais pour Miguel Morán, cet argent ne bénéficie pas à la population de la ville : « les militaires étasuniens ne consomment pas de produits locaux, même l’eau ils l’importent. L’argent qu’ils injectent circule au sein d’une élite sociale ultra-minoritaire, entre bars de luxe et autres endroits réservés. La croissance de Manta, si tant est qu’on puisse parler de croissance, est due à d’autres facteurs qu’à la présence de militaires étrangers ».

L’ambassade annonce que l’investissement réalisé à Manta « inclut une part importante des coûts de fonctionnement de l’aéroport, avec plus de 2 millions de dollars pour le département des pompiers du FOL et approximativement 200.000 dollars en coûts de maintenance de l’aéroport ». De son côté, le chef des pompiers de Manta, Sofonías Rezabala, rejette cet argument et assure que le travail des pompiers est totalement autonome, qu’ils n’ont reçu aucun véhicule du FOL, malgré ce qui a été affirmé dans la presse locale. « Quand il y a eu cet incendie dans le centre, tous les habitants des quartiers populaires sont venus donner un coup de main ; les gens du FOL eux sont venus balayer les cendres ».

Les promesses de « bien être » qui accompagnèrent l’installation de la base furent créées de toutes pièces par la presse, les autorités locales et l’ambassade des Etats-Unis. Elles occultaient l’incidence géopolitique de cette base en Équateur. C’est pourquoi des organisations locales et nationales commencèrent à s’organiser et à lutter contre la présence de militaires étrangers et du FOL. Elles n’eurent pas la naïveté de croire qu’il s’agissait d’un simple Poste avancé d’opérations. Elles commencèrent à se poser des questions sur le rôle de cette base au sein des nouvelles politiques de sécurité des États-Unis, et au-delà, sur l’intention des États-Unis d’accéder librement aux ressources énergétiques et à la biodiversité. Elles se demandèrent également quel était le rôle du FOL dans la mise en œuvre du Plan Colombie. À cet égard, l’ex-commandant du FOL, Javier Delucca déclara : « La base de Manta est très importante dans le cadre du Plan Colombie. Nous sommes très bien situés pour pouvoir opérer dans cette zone ».

L’importance de cette base dans la militarisation de la région attira l’attention d’organisations antimilitaristes internationales, et la question du FOL de Manta devint emblématique de la résistance à l’hégémonie militaire étasunienne dans le monde. En 2003, la Coalition pas de bases en Équateur, composée de plus d’une vingtaine d’organisations, commença à mener des actions et à organiser des débats. Cela permit de repositionner la base de Manta dans l’espace public, jusqu’à ce que la question de la non-rénovation du contrat d’utilisation de la base aérienne Eloy Alfaro atteigne les sphères du pouvoir.

En 2008, la Coalition a proposé à l’Assemblée nationale constituante d’intégrer à la Constitution le texte suivant :

« L’Équateur est un territoire de paix qui exerce pleinement sa souveraineté ; il n’accueillera pas de bases militaires étrangères ni de troupes étrangères et s’abstiendra de signer tout type de convention qui implique d’autres formes de présence militaire étrangère. Le pays ne se mêlera militairement à aucun conflit hors du territoire national, que ce soit unilatéralement ou en coordination avec d’autres États. Les entraînements et les exercices militaires ne se réaliseront avec aucun autre État ».

L’essentiel de cette proposition a été accepté par l’Assemblée nationale constituante ; l’article 5 de la nouvelle Constitution dit : « l’Équateur est un territoire de paix. L’établissement de bases militaires étrangères et d’installations étrangères avec des intentions militaires n’est pas permis. Il est interdit de céder des bases militaires nationales à des forces armées ou de sécurité étrangères ».

Se pliant aux exigences de la Constitution, le président équatorien Rafael Correa a fait de la base de Manta un de ces thèmes de campagne pour les présidentielles d’avril 2009. Il a annoncé qu’il ne renouvellerait pas la convention d’utilisation de la base de Manta avec les Etats-Unis ; ainsi le FOL et ses locataires devront quitter la base aérienne Eloy Alfaro avant novembre 2009. Comme tout locataire, les militaires étasuniens devront rendre des comptes sur les activités qu’ils ont développées pendant ces dix années. C’est pour cette raison que la Coalition pas de bases en Équateur a demandé à la Commission des questions internationales et de la sécurité publique de l’Assemblée nationale de mener des recherches sur les opérations réalisées depuis Manta par des troupes étrangères.

Elle a demandé de vérifier si certains soupçons portant sur le bombardement colombien de Angostura en Équateur, en mars 2008, sont fondés ou non. Ces soupçons s’appuient sur le fait que des avions étasuniens ont décollé de la base de Manta dans la nuit du 28 février, et qu’ils ont peut-être fourni des informations aux militaires colombiens ainsi qu’un appui logistique. Le 21 mai 2009, la Commission de l’Assemblée nationale, accompagnée de la Coalition pas de bases en Équateur et d’organisations de défense des droits humains, est arrivée à Manta pour réaliser une visite préalable à une audience publique.

Dix ans après l’installation de la base étasunienne à Manta, le silence qui a couvert la signature de la convention a été rompu. Des organisations sociales, des collectifs de jeunes, des associations de pêcheurs, des femmes et de simples citoyens ont recouvré la parole et ont pu s’adresser à la commission et au monde sur les conséquences de la présence des militaires étrangers à Manta.

« Les radars ne me rendront pas mon époux »

Tôt le matin, dans une maison en bambous en périphérie de Manta ; il n’y a ni grands édifices, ni succursales de banques internationales, ni restaurants de luxe. On est juste frappé par l’odeur envahissante des rejets d’une usine de conserves de poissons. C’est ici que des femmes, des anciens, des jeunes, tous pêcheurs, se réunissent pour exprimer leur rejet de la base militaire étasunienne, au cours de l’audience publique mise en place par la Commission des questions internationales de l’Assemblée nationale.

Malgré l’exiguïté des lieux, toutes et tous sont là, il n’en manque pas un ; c’est la première fois que des représentants de l’État viennent les voir en dehors d’une période de campagne électorale. La Commission de l’Assemblée nationale, comme s’il s’agissait d’une session normale, constate le quorum et déclare l’audience ouverte.

Milton Ayala Castro est le premier à prendre la parole. Vice-président de l’Association des pêcheurs autonomes artisanaux de Manabí-Miramar, il ne croit toujours pas qu’une commission au complet puisse être là pour l’écouter. Puis María Urgilés prend la parole, les mains abîmées, le regard triste ; sa voix rappelle le grondement des vagues, elle semble forte. María est l’épouse d’un des 18 pêcheurs disparus le 15 juin 2003. Ce jour-là, son époux et 17 autres pêcheurs sortirent en mer sur le Jorge IV, comme chaque semaine, et ne revinrent jamais.

Le Jorge IV disparut à un moment où les interdictions de naviguer étaient très nombreuses [2]. Certains indices montrent que le bateau a été embouti par un navire de très grande taille, mais la véracité des faits n’est pas avérée. Les femmes et les enfants des pêcheurs défunts allèguent que le bateau a été embouti par une embarcation étasunienne, d’où les difficultés qu’ils ont rencontrées pour que débutent les recherches.

Deux jours après la disparition du Jorge IV, la Capitainerie du port et le propriétaire du bateau, Jorge Corral, assuraient aux familles qu’il n’y avait aucun problème et qu’ils avaient pu communiquer avec les membres d’équipage. Au final, les radars, les satellites et la technologie de pointe dont disposent les militaires étasuniens de la base de Manta n’ont donné aucun résultat. Le bateau n’a pas été retrouvé et jusqu’à présent il n’existe aucune piste.

Les pêcheurs, les veuves et les mères demandent que l’enquête porte sur les informations en possession du FOL à propos du naufrage et de la disparition du bateau. Ils se demandent comment 18 personnes peuvent-elles disparaître en mer sans laisser de traces ? Comment un Poste avancé d’opérations disposant d’une technologie de pointe peut-il ignorer ce qui est arrivé à une embarcation ? Partant de ces témoignages, les représentants de l’Assemblée nationale ont décidé d’étendre leur enquête auprès la Capitainerie du port et des propriétaires du Jorge IV. Ils veulent vérifier s’ils ont vraiment été en communication avec le bateau et savoir pourquoi les opérations de recherche ne se sont pas déroulées normalement. María veut passer un marché avec le gouvernement des États-Unis : qu’il embarque le FOL, les radars et les avions, et que son époux lui soit rendu.

Pendant que María parle, un ancien écoute ému son témoignage, et sur une feuille de papier aussi ridée que sa peau, il écrit : « Empire nord-américain, Ministre Larriva [3], la Colombie attaque Angostura, souveraineté équatorienne, nobles pêcheurs ». Des mots-clés qui lui permettront de ne rien oublier au moment de prendre la parole. Jacobo Jara est un pêcheur retraité, membre du Comité patrie terre sacrée, il a 90 ans. Quand il prend la parole, tout le monde écoute attentivement. « Pendant ces dix années, quel bénéfice a-t-on tiré de la présence des étasuniens, qu’ont-ils apportés ? Leur présence a causé du tort. D’abord parce que les avions nord-coréens, vietnamiens et iraniens ne peuvent pas atterrir ici. Les ennemis des États-Unis n’ont pas le droit de venir ici. Mais que je sache, ce sont leurs ennemis, pas les nôtres ! Ce sont eux qui choisissent nos amis, ceux qui peuvent venir en Équateur pour y faire du tourisme ou du commerce. Tout ce qui compte, c’est ce qui les intéresse à eux, et cela nous porte un grand préjudice ».

Peu à peu, la peur de parler s’estompe, les femmes, mères et filles, prennent la parole. Elles veulent parler de leur époux, de leur père, de leurs fils disparus. Les pêcheurs eux veulent savoir qui va reconnaître les dommages causés à leurs bateaux, qui va tirer leur embarcation du fond des eaux, qui va leur rendre la liberté de pêcher dans les eaux où ont pêché leurs pères et leurs grands-pères avant eux.

Dans l’après-midi, l’audience publique se déplace à l’université laïque Eloy Alfaro, où d’autres organisations et de nombreuses personnes ont répondu présent à l’appel lancé par la Commission de l’Assemblée. Tout le monde veut prendre la parole ; aujourd’hui, contrairement aux années passées, le silence et la peur n’ont pas été invités à la réunion.

Le capitaine de l’Ochossi a rencontré des militaires étasuniens en pleine mer, et son embarcation en a été affectée : « En 2005, des militaires étrangers nous ont abordés, un avion nous a survolés pendant huit heures. Ils sont parvenus à isoler notre bateau, ils nous ont menacés avec des armes. Ils nous ont ensuite exhibés avec nos noms et prénoms comme si nous étions des narcotrafiquants et nous ont pris en photo. Ils ne nous ont donnés à manger que le lendemain, et ensuite ils ont détruit nos canots de sauvetage. Ils sont montés à bord avec du matériel, mais comme ils n’ont rien trouvé, ils sont partis. Quand nous leur avons demandé qui allait payer les dommages, ils nous ont tendus un formulaire et nous disant de nous présenter à l’ambassade, et ils nous ont laissés à la dérive ».

D’autres prennent la parole, des pêcheurs, des jeunes, des femmes, pour parler des violations des droits humains, des bateaux abordés par les militaires, des contrôles injustifiés, des tortures. Seule une institutrice travaillant dans une « école pour enfants aux capacités spécifiques » dit qu’elle a reçu une aide du FOL. Pour le reste, la Commission de l’Assemblée nationale reçoit des plaintes concernant 14 cas de naufrage, 4 bateaux endommagés et impossibles à réparer, un bateau disparu, 125 migrants soumis à des traitements inhumains et dégradants, 2 personnes détenues et disparues. Une documentation fournie accompagne tous ces témoignages ; dans certains cas, des photos permettent de mettre en évidence des réalités jusqu’alors occultées par les médias, les autorités locales et le pouvoir central.

Ces témoignages, qui confirment que durant sa présence à Manta, le FOL a mis en œuvre des actions qui ne figuraient pas dans la convention, devront faire l’objet d’enquêtes approfondies de la part de la Commission des questions internationales. Manta et l’Équateur attendent des réponses afin que les coupables soient sanctionnés et que les personnes affectées aient droit à des réparations d’ordre physique, économique et moral. À la recherche de réponses…

Après trois jours de présence à Manta, la Commission de l’Assemblée nationale, des organisations de défense des droits humains et la Coalition pas de bases en Équateur visitent la base aérienne Eloy Alfaro. Elles y rencontrent des militaires équatoriens et des fonctionnaires étasuniens, le commandant du FOL, le lieutenant-colonel Jared Curits, ainsi que l’attaché militaire de l’ambassade. Ce qu’elles rencontrent surtout, c’est un discours politique officiel.

Eduardo Cárdenas, commandant de la base aérienne Eloy Alfaro explique que les militaires équatoriens contrôlent la majorité des installations et que les activités conjointes se limitent à de l’échange d’informations, comme l’exige la convention signée entre l’Équateur et les États-Unis : « l’intention unique et exclusive est de mener des opérations de détection, d’investigation et de contrôle des activités illégales concernant le trafic aérien de narcotiques ».

Sur son site internet, l’ambassade des États-Unis affirme que le travail du FOL se limite au champ de la lutte anti-drogue et que les missions aériennes fournissent des informations pour les opérations d’interdiction maritime des gardes côtes étasuniens et des pays amis. Mais les militaires étasuniens n’interviennent pas directement dans les opérations et affirment que « l’information obtenue lors des vols anti-narcotiques qui décollent du FOL est analysée par la Joint Interagency Task Force South (JIATF-South), un organisme international et multilatéral basé à Key West en Floride. Cette force opérationnelle s’organise autour de plusieurs départements du gouvernement des États-Unis et dispose de fonctionnaires coordinateurs dans 12 pays, dont l’Équateur ».

De son côté, le commandant de la base aérienne Eloy Alfaro affirme que « l’information est un élément d’intangible qu’on ne peut manipuler. La valeur de cette information réside dans son traitement et de ce qu’il en fait par la suite. Je peux vous dire que si nous disposions de ces informations ici, elles ne nous serviraient à rien. Chaque information est en lien avec quantité d’autres éléments ».

Mais si l’information circule par les airs jusqu’aux États-Unis et que les militaires équatoriens n’ont pas la formation pour la traiter, puisqu’il s’agit d’une « technologie de pointe que nous ne maîtrisons pas », qu’arrive-t-il alors de l’information obtenue en territoire équatorien ? Dans quel but est elle recueillie ?

D’après l’ambassade des États-Unis, « en se basant sur l’information reçue du FOL et d’autres sources, la JIATF-South peut donner des recommandations aux autorités étasuniennes et latino-américaines afin qu’elles réalisent des opérations d’interception de narcotiques ». Sur la Fiche d’information de contribution du FOL de Manta à la lutte anti-drogues et à la population de la ville, il est stipulé qu’en 2008, « 822 missions anti-drogue ont été effectuées, 229 tonnes de cocaïne ont été saisies, pour une valeur qui aurait atteint 4,5 milliards de dollars à la revente dans les rues ».

D’après les chiffres du FOL, 1.800 tonnes de cocaïne auraient été saisies en dix ans. Ces données ne concordent pas avec les informations en possession du Conseil national de contrôle des substances stupéfiantes et psychotropes (CONSEP). Quand la Commission de l’Assemblée nationale l’a questionné à ce propos, l’attaché militaire étasunien a dû reconnaître que les quantités annoncées correspondaient aux résultats obtenus dans les trois FOL installés en Amérique latine et à des opérations menées dans onze pays différents.

Les médias nationaux, qui sont fréquemment invités à visiter le FOL, publient sans broncher les données que leur fournissent les militaires étasuniens. Pas un seul journaliste n’a eu l’idée de demander où se trouvait la drogue saisie, ou qu’en était-il des personnes détenues lors des opérations, de leurs jugements.

Or, les 1756 tonnes auxquelles l’ambassade fait référence représentent en moyenne des prises avoisinant les 15 tonnes par pays et par an, sur dix ans. L’efficacité de ces opérations est extrêmement réduite, elle est même ridicule, si on prend en considération le nombre de missions aériennes effectuées, l’importance du personnel affecté et les investissements réalisés. Si les militaires étasuniens sont tellement inefficaces pour ce qui est du contrôle du trafic de drogue, une question essentielle reste alors en suspens : qu’ont-ils fait pendant plus en dix ans de présence à Manta ?

Mais ce n’est pas tout, d’autres questions doivent encore faire l’objet d’enquêtes. Si la mission du FOL se limitait au contrôle aérien du trafic de drogue, pourquoi les militaires étasuniens ont-ils abordés, coulés et contrôlés des bateaux et des pêcheurs au large de Manta ?

Sur ce thème, le commandant du FOL affirme : « nous sommes compétents uniquement en ce qui concerne le contrôle de l’espace aérien, tout ce qui se passe en mer relève de la responsabilité de la Marine équatorienne, comme le stipule la convention ». Par conséquent, quel rôle a joué la Marine équatorienne dans les abordages, l’interception de bateaux de pêches ou d’embarcations transportant des migrants ? Quel a été le rôle des militaires étrangers cantonnés à Manta ? Voilà quelques questions auxquelles il est important d’apporter des réponses le plus rapidement possible.

La Commission des relations internationales et de la sécurité publique de l’Assemblée nationale a recueilli une masse importante d’information. Ce travail a visiblement été convaincant et une audience a été ouverte, pour que les actions des soldats étasuniens ne restent pas impunies, et également pour montrer l’exemple à d’autres pays qu’un peuple digne peut exercer sa souveraineté.

La Commission de l’Assemblée nationale aura la responsabilité de bien comprendre la dimension réelle des actions étasuniennes, et au-delà, elle devra établir des responsabilités politiques et pénales pour les dommages causés tant aux personnes directement affectées qu’à tout un peuple auquel des hommes politiques vendus ont imposé la présence d’une base militaire étrangère. La Commission va aussi devoir appeler à comparaître ceux qui ont rendu possible la signature de la convention. Enfin, quand tout ce travail aura été achevé, elle devra présenter un rapport [4] au président Rafael Correa pour que celui-ci transforme les conclusions en actes. C’est ce qu’attendent toutes les Equatoriennes et les Equatoriens qui défendent la paix, et l’ensemble des organisations qui cherchent à construire un monde sans armes et sans actions militaires.


[2] Au début des années 2000, l’Équateur a connu une vague d’émigration massive. Les nombreux migrants qui tentaient de rejoindre les États-Unis de façon illégale l’ont souvent fait dans des embarcations qui partaient de Manta. Les militaires équatoriens et ceux du FOL ont accru les contrôles en mer afin d’empêcher ces départs, et les autorités ont publié des interdictions de sortie en mer pour les bateaux qui se livraient à ce trafic humain. Mais ces contrôles ont aussi donné lieu à des abus, à des réglages de compte et à une importante corruption, qui ont conduit les autorités à interdire la circulation d’embarcations n’ayant jamais participé à ce business mafieux. [NDT]

[3] Le 15 janvier 2007, Guadalupe Larriva était nommée ministre de la défense du premier gouvernement de Rafael Correa. Le 24 janvier, elle décédait lors d’un vol d’entraînement de nuit des militaires équatoriens auquel elle avait voulu participer, depuis la base aérienne Eloy Alfaro de Manta. Les circonstances de l’accident n’ont pas été élucidées. Le 22 janvier, elle avait annoncé que l’Équateur ne renouvellerait pas la convention qui autorisait les militaires étasuniens à stationner et à mener des opérations depuis la base aérienne de Manta. [NDT]

[4] Ce rapport devait être remis le 15 juillet 2009 au président Rafael Correa par la a Commission des relations internationales et de la sécurité publique de l’Assemblée nationale.


credit: RFI, le routard

source: le grand soir

vendredi 11 septembre 2009

Interview de Delfin Tenesaca: "Nous luttons contre l'emprise paternaliste"

La Otra Esquina a pu interviewé au mois d'août Delfin Tenesaca, le président du mouvement indigène du Chimborazo. Une interview de 20 minutes en vidéo relate l'histoire du mouvement indigène en Equateur mais un aucun serveur ne semble être en capacité de l'héberger vu sa taille. Cependant une partie a été retranscrite à l'écrit et c'est celle que je propose aujourd'hui.
Précision sémantique: durant tout l'entretien, on utilise le terme "indigène", traduction littérale de l'espagnol qui, parfois a un sens péjoratif en France. Face aux termes "indien" (français), "native" (anglais) et "indigena" (espagnol et portugais), le dernier me semble le plus adapté pour traité de la question des peuples ancestraux sur tous les continents.


L’Equateur est un pays particulièrement touché par les dommages irréparables causés par l’industrie minière et l’exploitation sans concertation des richesses naturelles (mines, forêt, eau…), comment les indigènes se positionnent ils face à cette situation et comment envisagent ils leur relation avec la Pachamama (mère terre) ?
Nous sommes principalement concernés par la pollution due à l’exploitation minière. Elle contamine l’eau et met fin à l’agriculture à cause de la contamination des terres. L’Homme ne peut plus vivre dans un tel environnement pollué.
Nous devons aussi voir à qui profite l’exploitation minière. Dans la majorité des cas, les entreprises multinationales qui extraient ne répartissent pas leurs bénéfices aux peuples dont ils occupent les terres. La nouvelle loi minière ne nous assure ce bénéfice qu’ils puisent du sol. Nous exigeons une réforme qui reconnaît l’occupation ancestrale des terres par les indigènes et qui nous garantisse une redistribution de leurs bénéfices. En Amazonie, les Shuars ont déclarer certains territoires comme leur. Le gouvernement en a profité pour mettre la main sur toutes les terres non déclarées.

Comment votre mouvement est il perçu par la jeunesse ? Existe-t-il une implication de leur part pour la cause indigène ?
Il existe une âme indigène parmi la jeunesse. Elle est consciente d’où elle vient même si elle ne participe pas toujours aux débats. Ils veulent défendre leur identité à l’image de 2006 où ils sont partis en tête de la lutte contre le traité de marché libre que voulaient nous imposer les Etats-Unis. Ils ont manifesté avec le drapeau de Pachakutik, revendiquant leur identité.
Le défi réside, pour les anciens, à transmettre cette identité et notre culture aux générations futures. Beaucoup de gens, en majorité des jeunes, quittent le pays pour aller travailler. Il leur est compliqué de conserver cette identité.
Nous assistons aussi à une réappropriation des vieilles coutumes par la jeunesse. Pendant le carnaval, les jeunes s’impliquent dans les danses, les chants et les défilés et ils valorisent la culture indigène au lieu de s’asperger d’eau et de farine dans la rue. Ils inventent de nouvelles traditions comme le futsala, un sport très populaire dans nos communautés. Des compétitions sont organisées mais on ne gagne pas une coupe. Le vainqueur remporte des animaux ou tout autre chose avec une vraie utilité.

Comment renforcer cette identité indigène ?
L’identité indigène souffre d’un grand nombre de discrimination. Pour certains nous sommes des voleurs, des analphabètes, sales car ils sont pauvres -qui nous a marginalisé et nous a volé nos richesses ?-, habillé de manière traditionnelle avec le poncho et le chapeau, et parlant une autre langue que le castillan. Les autorités politiques et policières usent de méthodes paternalistes à notre encontre. Nous luttons contre cette situation et réaffirmant notre identité et en refusant les attitudes supérieures.
Il nous manque une victoire importante. Il n’existe pas encore un recensement des peuples indigènes. Nous ne savons pas exactement combien nous sommes car le gouvernement n’interroge pas l’identité des personnes qu’il recense. Il nous questionne sur notre manière de vivre, notre famille, notre profession mais il ne veut pas savoir quelle est notre culture.

Comment les différentes nations indigènes vivent elles entre elles? Existe-t-il un dialogue entre les différentes cultures pour organiser vos objectifs politiques ?
Pachakutik est le parti de tous et aussi des métisses. Nous avons des débats et des disputes pour réussir l’union nationale et que la voix indigène soit écouter et prise en compte. Les communautés sont organisées au niveau local puis régional. Nous coordonnons nos actions selon les trois territoires de l’Equateur : la côte, les Andes, l’Amazonie, car chaque a ses spécificités. Ensuite, les trois délégations se réunissent pour prendre des décisions nationales. Nous proposons une lutte commune et solidaire. Cela signifie que les communautés de la côte aident de diverses manières les communautés des Andes qui rencontrerait un conflit avec quelque autorité et réciproquement.


credit photo: ukhamawa

jeudi 27 août 2009

Tableaux d'une exposition

Aujourd'hui je vous offre (profitez en!) une oeuvre d'art ainsi que l'explication qui va avec.


La pièce que l'on voit sur la première photo est une reproduction en bois d'une plaque perdue dans les abymes de l'inquisition. Depuis il a été reproduit sur divers carnets de voyage avant qu'une copie ne soit réalisée. Cliquez sur les images pour les voir en grand format et distinguer tous les détails. Cette oeuvre ce trouve au monastère de Qorikancha à Cuzco.
Il s'agit d'une représentation de la société et du monde Incas. Je ne vais pas m'aventurer à donner un cours d'histoire de l'art, seulement expliciter tous les symboles.
Tout en haut, trois étoiles qui dominent l'univers et un ovale "Pachayachani": "celui qui connait la terre". Une représentation divine créatrice du monde. Ce dieu est entouré du soleil et de la lune, deux entités vénérées par les incas. Le soleil est accompagné du levé du soleil tandis que le coucher du soleil est situé sous la lune.
En dessous on trouve l'été et l'hiver, puis on se rapproche de la terre mais avec les derniers éléments célestes: l'éclair, l'arc en ciel, les deux terminant leur chemin sur la terre où on voit la Pachamama (terre) et la Pachacocha (mer). Entre ces deux éléments fondateurs de la terre, on a représenté l'homme et la femme en position centrale. De la terre s'échappe une rivière tandis que sur la droite on retrouve un renard ainsi qu'un arbre.
L'agriculture s'incarne dans le sol et les cultures en terrasses (Collcampata). Ce sol c'est aussi la vie après la mort, là où on enterre les morts et où revive les esprits.

credit photo: J.S.N

mardi 25 août 2009

Le bain de sang de l'inquisition

On note tous les jours, en Amérique Latine, les effets destructeurs de la religion (ici ou la). En visitant Cuzco et ses environ, on explore un aspect plus historique où le sang Inca se mêle à l’eau bénite espagnole.



Francisco Pizarro n’a pas seulement envahit le Pérou avec une armée de fusils et de poudre censé mettre bas aux armes blanches des Incas. C’est avec une légion de prêtres et d’architectes qu’il avait, aussi, prévu imposer la domination espagnole.
La mort d’Atahualapa et des incas n’est pas seulement passée par le fil de l’épée. L’invasion du Pérou fut aussi le théâtre d’une guerre d’influence féroce à propos des croyances. Très vite l’avantage revint aux colons qui face à un peuple superstitieux ont su jouer des événements et de la situation pour avoir le dessus au niveau psychologique.
Dans l’église du Triomphe, on rend hommage à saint Jacques de Compostelle, « tueur de Maures » en Espagne suite à l’invasion arabe du Moyen-Âge qui s’est reconverti pour l’occasion en « tueurs d’Incas ». L’histoire raconte que les espagnols étaient assiégés, dans l’une des églises cusqueña, par les Incas en supériorité numérique et prêts à réduire au passé ces envahisseurs. L’orage, colère de la Pachamama, vint au secours des hispaniques qui en profitèrent pour sortir du toit la statue de saint Jacques, et en faire un nouveau dieu appelant au calme des indiens contre ses protégés à la peau blanche.
Différents ordres religieux se sont installés dans les Andes et tous voulurent avoir le leadership de la religion. Jésuites, dominicains et autres franciscains se livrèrent une lutte sans merci, la victoire passant par la hauteur du clocher. Pour cela, ils dépouillèrent de manière méthodique les temples incas. Alliant le recyclage à la domination, ils mettaient bas aux anciens cultes obligeant les indiens à se réfugier dans les églises pour continuer à honorer leurs dieux.
Il s’agissait avant tout de faire disparaître une civilisation. On décapitait les chefs en place publique pour annihiler les références hiérarchiques, on massacrait et terrorisait les peuples pour les rendre serviles et on démontait les temples pour effacer toute référence au passé.
Le massacre est là devant nous, face à ces églises faites de pierres magistrales et ces retables dorés à la feuille : ce qui reste des fastes de l’incas fondus dans les fours crématoires de l’histoire.


credit photo: J.S.N

mardi 28 juillet 2009

La ville des ombres

Le récit péruvien débute par un texte emprunté à Jérémie Wach-Chastel et trouvé sur le site du Grand Soir. L'auteur reviens sur sa visite à Pisco, ville au sud de Lima. J'ai rencontré certains des volontaires dont il parle et confirme leur ignorance totale de la langue.

Avril 2009, Pérou, quatrième mois de voyage.

Après 15h de trajet en direction de Pisco, le car me dépose au bord d’une grande route. Le soleil tape, la poussière flotte dans l’air, bienvenue dans la Costa péruvienne, sorte de grand désert traversé par dess courts d’eau. Ici, pas de terminal de bus, seulement un bar, une boutique internet, un petit marché et quelques bâtiment à quoi s’ajoute la multitude de taxi, mototaxi et vieu vans Volkswagen.

J’apprendrai plus tard que je suis sur la Panaméricaine et que le centre de Pisco, ou ce qui l’en reste, est à 5km. Pas de route pour y accéder, seulement un chemin de terre où les voitures défilent et se croisent sans interruption. Aux abords, on peut voir une sorte de camp de réfugiés, des baraquements et des petites cabanes de bois accolées à perte de vue. Bien organisées par bloc, ces habitations sommaires, une pièce de 15m² pour une famille, semblent être ici pour durer.

Des enfants courent au milieu de la poussière soulevée par les véhicules et le vent. Un vieillard tire, à la force de son corps, une petite charrette contenant des bouteilles en plastique. Il se rend à deux kilomètres de là pour les échanger, 1kg pour 0,30 sol soit 0,08€.

Le petit bus volkswagen, bondé, continue son trajet. La chaleur, lourde, est difficilement supportable, et les fenêtres à peine entrouvertes permettent d’éviter que la poussière ne s’immisce/s’invite à l’intérieur.

Pisco. Des bâtiments commencent à apparaître dans mon champ de vision. Ou plutôt des ruines de bâtiment. Les murs sont effondrés, les toits absents, les gravats au sol se mélangent aux poubelles. Mais la rue est animée, il y a de la vie. Les taxis klaxonnent, les piétons circulent, les étales des magasins sont dans la rue, comme sur un marché. Ça crie, ça vend, ça court.

Je descends au niveau de la place centrale. Quelqu’un m’alpague. Information ? English ? Español ? Après m’avoir demandé d’où je venais, le vendeur me propose un tour guidé qui part le lendemain matin à 7h. Le car vous dépose loin, les agences touristiques vous emmènent hors de la ville. Tout semble fait pour que l’on ne reste pas à Pisco.

Pourtant les différents guides touristiques, édition 2009, vous parle de la ville comme d’un lieu où il faut s’arrêter, avec sa cathédrale, son musée et sa plage splendide. Mais où sont ils aller chercher ses informations ?

Lors de l’édition des guides, qui sont bouclés deux ans avant, toutes les informations étaient justes. Mais, en août 2007, le 17, à 18h41, le sol a tremblé. Une première secousse, pas trop importante, puis quelques instants plus tard, cela revient et de manière amplifiée. Et pendant trois minutes, un tremblement de terre, niveau 7,9 sur l’échelle de Richter, va dévaster la ville. L’hôtel de ville, l’église, la prison, les magasins. Au total, environ 80% de la ville sera détruite. La secousse est ressentie en Bolivie, au Chili, en Equateur et en Colombie.

Le lendemain, des médecins de Cuba et du Venezuela débarquent. Dans les jours suivant, ce sont les ONG, associations et autres organisations qui arrivent. La réponse est internationale. Beaucoup de pays envoient de l’argent. Des dizaines de milliers d’euros seront récoltés.

J’arrive, presque deux ans plus tard, sur recommandation d’amis péruviens qui m’ont dit que rien n’avait changé, que l’argent était parti dans les poches des personnes corrompues. Alors, j’ai pris mon billet de bus, et avant d’aller à Lima, je suis venu ici pour voir et savoir, pour voir comment la situation évolue, si la population a pu s’organiser, pour rencontrer l’une des seules associations survivantes. Mon premier contact avec la ville est bien pire que ce que je ne m’étais imaginé. Dans le centre ville, on se croirait à Beyrouth après un bombardement et dans le quartier le plus touché – où se trouve MAD voluntarios, association que j’ai contacté – c’est encore pire. Ancien quartier résidentiel, il est aujourd’hui déconseillé de s’y promener seul, car la précarité a entrainé l’insécurité.

L’aide internationale a permis de déblayer les débris ici, de construire un mur d’enceinte par là, ou bien une dalle de béton sur ce terrain. Le problème est que rien n’est terminé. Les murs d’enceinte ont été élevés pour éviter que des voleurs n’entre dans les jardins mais les habitants n’ont pas d’argent pour reconstruire la maison. Heureusement, d’autres organisations ont construit des des abris de 15m² où séjourne toute la famille (photo). Mais comme il y en avait beaucoup à construire, le mur n’est qu’une fine planche de bois, sans isolation, ce qui entraîne une chaleur insupportable à l’intérieur lorsque le soleil tape, c’est à dire tout le temps.

Depuis, le problème a été reconnu et les constructions sont maintenant en PVC avec isolation, pour un coût un peu supérieur. Qu’importe, de toute façon, il n’y a plus d’argent pour aider, et la plupart des organisations sont parties, d’autres parties du monde ayant eu aussi leurs lots de désastres.

Aujourd’hui, il ne reste plus que deux petites associations, et UNICEF qui est repassé pour installer quelques trois cent toilettes individuels pour la population. De mon côté, j’ai rencontré MAD Volutarios, que l’on pourrait décrirecomme une bande de gringos plein de bonnes intentions. Ils aident grandement la population en allant sur les chantiers comme main d’oeuvre, en proposant aux riverains d’acheter eux-mêmes les matériaux nécessaire pour la construction d’une maison en PVC (photo) soit 250 soles (65€) et eux viennent avec leur bétonneuse, pelles... pour couler une dalle en dur sur laquelle ils monteront la maison. Et lorsque la famille est sans ressource, comme c’est le cas de nombreuses mères élevant seules leurs enfants, l’association paye une partie des matériaux. Le problème est que pour le moment ils sont en attente de subvention.

Après tant de louanges, on peut se demander pourquoi j’emploie le terme péjoratif de gringos. La raison est très simple, au sein de l’association tous parlent anglais ou plutôt aucun ne parle l’espagnol... Certains le baragouinent, ou arrivent à échanger avec les habitants grâce aux gestes et autres idées que l’on trouve toujours dans le besoin mais rien de plus. Comment faire un travail de terrain efficace et adapté si l’on ne peut communiquer avec les gens ? Car reconstruire, c’est bien, mais c’est encore mieux lorsque l’on arrive à former la population pour qu’elle le fasse elle même, car viendra un moment où les bénévoles partiront, et alors que restera-t-il ?

Autre point étrange, lorsque nous faisions un tour de la ville avec Dominic, l’un des anciens de l’association, il me montre le fruit de leur travail : un toboggan et des balançoires – très bonne idées – et me dit qu’ils voudraient continuer. Oui, ils envisagent de construire un skate parc s’ils arrivent à avoir une aide. Étonnement de ma part, les rues ne sont pas bitumées, je n’ai vu aucun gamin en skate ou roller dans les rues. Il y a certes quelques vélos mais rien de plus. Les gens n’ont pas d’argent pour construire un toit pour leurs toilettes, vont-ils acheter des rollers ? C’est ici que l’on voit une certaine naïveté ou un manque d’analyse de leur part, peut être un peu rêveurs sur les bords. Quant à l’autre association, il m’a été dit sur Lima, Pisco et Aréquipa que l’argent était très mal géré et que le dirigeant profitait du travail des bénévoles pour améliorer son CV...

Alors que faire ? Laisser les gens dans le besoin sous prétexte que certains volent et profitent des failles du système ? Sûrement pas. Par contre, je pense qu’il est erroné de venir en pensant que l’on va sauver ces pauvres gens, leur montrer comment faire, leur apprendre à vivre. Ceci ressemble à la vision de l’occident sur le tiers-monde, une vision colonialiste diraient certains.

Le mode d’organisation qui fonctionne dans les autres lieux où je suis passé est le travail en relation avec la population. Celui qui vient, arrive avec l’argent, le temps et la motivation pour aider. À partir de là, il faut rencontrer la population et définir les problèmes qui existent et ceux sur lesquels va se pencher l’organisation, ainsi que la manière dont elle va les aborder. Il semble que travailler avec la population entraine bien plus souvent la pérennisation du projet mais aussi l’échange et l’entreaide. Par exemple, si un certain nombre de maison doivent être reconstruites, si ce sont uniquement les bénévoles qui le font, le travail ira peut être plus vite, eux ayant tout leur temps pour le faire, mais une fois parti, il n’y aura plus personne pour aider les autres habitants. Tandis que si le travail se fait avec l’aide du voisinage, en plus de renforcer les liens dans le quartier, cela permet à la population d’apprendre et de pouvoir continuer seule. Ceci permet dans le même temps de proposer des formations à la population, sur ses droits par exemple, ou des ateliers pour les enfants, une nouvelle fois dans le but de tisser des liens et d’échanger.

Je repars donc de Pisco et mon bilan est mitigé. C’était la première fois, et probablement la dernière, que je rencontrais une association sans qu’une personne, un bénévole ne soit du pays, ce qui est un signe avant coureur des possibles défauts/des difficultés rencontrées. Surtout cela ne m’enlève pas de la bouche que la ville semble, aujourd’hui, oubliée du pays, les travaux comme la reconstruction de la route, la Panaméricaine, et de la ville n’avançant pas. Alors, je me permets d’écrire cet article, de partager mon expérience, pour transmettre l’appel à l’aide des habitants, plus démunis que jamais. Donc si vous avez des idées, des moyens ou du temps, que vous puissiez envisager Pisco dans vos plans...



source: Jérémie Wach-Chastel