mercredi 3 février 2010

Rendez-vous en terre inconnue

Ceci est une lettre.

Chère Salima,
Je ne te connais pas. Ou si peu. C’est la radio qui m’a parlé de toi, pour la première fois, il y a une semaine. Les AMG de Mermet m’ont raconté ton histoire.
Fille d’une liaison hors mariage entre deux marocains, tu as vu le jour avec ta jumelle. Puis tu as grandi en France, à Clermont-Ferrant, avec ta grand-mère puis ta tante, ta seule famille car tes parents tu ne les connais pas. Tu as étudié et tu es rentré en CAP cuisine.
Ta jeunesse était ton bouclier contre la main de fer des fachos en chef. On peut garder son âme de jeune mais un jour, on obtient sa majorité. 18 ans et la force répressive s’abat sur toi car les lois ne te protègent plus. Et ils t’ont raflé. Sans titre de séjour, ils te considèrent illégale donc indésirable. Te voila au centre de rétention administrative (CRA) de Clermont depuis une semaine.
J’ai entendu ta sœur sur cette même radio. Elle se terre on ne sait où. Dans la même situation que toi, elle a rencontré un Juste qui l’a dérobée à la renacle. Elle appelait au secours pour libérer sa jumelle. Dépourvue de toute liberté de circulation, elle lâchait son désespoir sur les ondes.
Les associations connaissaient ton cas et elles se sont mobilisées. Le CRA et la préfecture sont assiégées sans résultat. L’ordre d’expulsion tombe. Les roussins t’ont indiqué la procédure. Tu fais tes valises et montera dans le fourgon à 7h demain matin pour ensuite être traînée dans l’avion à 9h pétante.
Résignée, je t’ai entendu cette après-midi. Tu racontais le processus, impuissante. Derrière ces barreaux, tu ne peux que compter les minutes qu’il te reste. Une journaliste te demandait ce qui allait se passer une fois sur place. RIEN, personne ne t’attend. Tu as tout juste de quoi trouver un hôtel puis acheter quelques provisions. Les économies de ton dernier job. Le Maroc est une terre inconnue pour toi comme pour moi. Une langue, une culture, des visages que tu ne connais pas plus que moi. Et moi on ne m’expulse pas car l’état civil est dans la capacité de reconstituer mon arbre généalogique sur trois générations sur cette terre fétide. Toi, ton arbre généalogique tu ne connais même pas l’étage au dessus de ta tête mais tes racines sont ici. Tu as grandi à mes cotés et toute ta vie est ici. Qu’importe le passeport, tu es française. Sûrement plus que moi qui renie ma nationalité à l’étranger dès que c’est possible.
Je sui entre mes quatre murs ce soir mais j’aimerai tant être à Clermont. Faire le pied de grue devant la préfecture, bloquer la porte du CRA, badigeonner la tête du préfet, faire la nique aux cognes pour que tu restes là.
Des gens dans ta situation à Vincennes en 2008, ont mis le feu à leur matelas. Suis cet exemple s’il peut d’apporter le sursis.
Ce soir je suis avec toi et avec tes potes, tes profs et ceux qui se mobilisent. Courage
Mort à Vauban.

1 commentaire:

Marie-Noelle a dit…

merci pour ce texte....si tu peux lis le puissant livre de Marie N'daye dont le Goncourt a tant hérissé la Sarkozie. L'écriture en est ardue pour certains mais le portrait de ces femmes puissantes est à couper le souffle.je vais faire un papier sur le blog VM , tu pourras le prendre sur le tien aussi.
amitiés MN